“Pour les larrons, je suis protégé par ma pauvreté et celle de mes compagnons. Pour la route, je m’en remets à l’ange des pèlerins.”

“Je dois aller en avant du troupeau. L’enfant ne sait pas encore… Et la route est pleine de chars…”

Et il court en avant pour conduire les brebis en lieu sûr.

“Maître, maintenant c’est un mauvais moment. Il y a un bout de route à parcourir au milieu des gens…” chuchotent les apôtres.

Les voilà sur la route derrière les brebis qui avancent en rang, serrées par la montagne, la houlette du berger et la surveillance du chien. L’enfant se trouve maintenant près de Jésus qui le caresse.

Ils arrivent à une bifurcation. Le berger a arrêté le troupeau en disant:

“Voilà ton chemin, et l’autre, c’est le mien. Mais si tu viens vers le village, tu vas en trouver un troisième plus court pour arriver au village voisin. Regarde: tu vois ce sycomore géant? Va jusque là, et puis tourne à droite. Tu vas voir une petite place avec une fontaine et ensuite une maison noircie par la fumée: c’est le forgeron. Après sa maison, il y a la route. Tu ne peux pas te tromper. Adieu.”

“Adieu! Tu as été bon, et Dieu te consolera.”

Le berger prend son chemin et Jésus le sien. Autour du premier, les brebis, autour du second, les apôtres. Deux bergers au milieu de leur troupeau…

482.8 - Ils sont désormais séparés, cachés par un groupe de maisons qui sépare la route principale que suit le berger, du petit chemin qui pénètre dans un pauvre faubourg du village, le plus pauvre, je crois… silencieux, solitaire… Les pauvres gens sont déjà dans leurs maisons, et les portes entrouvertes permettent de voir les feux dans les cuisines… Le soir descend avec la brume du crépuscule.

“Nous allons nous arrêter au sortir du village, dit Judas. Je vois des maisons dans les champs.”

“Non. Il vaut mieux continuer.”

Les avis sont différents.

Ils arrivent à la fontaine et y accourent pour s’y laver et remplir leurs gourdes. Voici le forgeron, il est en train de fermer son noir atelier. Voici le chemin qui va vers les champs… Ils s’y engagent.

Mais un cri arrive de loin, du village:

“Rabbi! Rabbi! Mon fils! Citoyens (Cittadini)! Venez! Où est le Pèlerin?”

“Mais ils nous cherchent, Seigneur! Qu’as-tu fait?”

“Courez. Si nous arrivons à ce bois, personne ne nous voit plus.”

Ils courent à travers un pré couvert du dernier foin coupé. Ils rejoignent un talus, ils le gravissent, disparaissent, poursuivis par les voix qui maintenant sont nombreuses, et par des gens qui s’éparpillent hors du village, appelant plutôt que regardant, car désormais la pénombre dissimule beaucoup de choses. Ils s’arrêtent au pied du talus.

“C’était le Rabbi qui allait à Sichem "Le Rabbi qui allait à Sichem", et à Sicar qui en était peut-être le faubourg, en EMV 142.4 | EMV 143-146 et EMV 193.3/5. , je vous dis. Ce ne pouvait être que Lui, et il m’a guéri Ruben. Et moi, je ne l’ai pas reconnu. Rabbi! Rabbi! Rabbi! Permets-moi de te vénérer! Dis-moi où tu te caches!”

L’écho seul répond et il semble dire: “Abbi! Abbi! Abbi!”

“Mais il ne peut être loin, dit le forgeron. Il est passé devant moi avant que tu arrives…”

“Et pourtant, il n’est pas là. Tu vois. Personne sur le chemin. Il devait le prendre.”

“Ne serait-il pas dans le bois?”

“Non. Il était pressé…”

Puis il appelle son chien à l’aide, il l’excite:

“Cherche! Cherche!” Et pendant un moment, il semble que le chien puisse découvrir la cachette, car il se dirige vers le bois après avoir flairé le pré. Mais ensuite l’animal s’arrête, interdit, une patte levée, le museau en l’air… puis, trompé par je ne sais quoi, il part en aboyant dans la direction opposée avec les gens qui courent derrière lui…

482.9 - “Oh! que le Seigneur soit loué!” s’exclament les apôtres en poussant un soupir de soulagement, et ils ne peuvent se retenir de dire au Maître:

“Mais, qu’as-tu fait, Seigneur!”

Ils le réprimandent presque de l’avoir fait.

“Tu sais qu’il est bien que l’on ne te signale pas, et Toi…”

“Et ne devais-je pas récompenser une foi? Et n’est-ce pas bien qu’ils me croient sur la route qui va de Dothaïn à Pella? Ne voulez-vous pas peut-être qu’ils ne comprennent plus rien?”

“C’est vrai. Tu as raison! Mais si la bête t’avait découvert?”

“Oh! Simon! Et tu ne penses pas que Celui qui impose sa volonté, même à distance, aux maladies et aux éléments, et qui chasse les démons, ne puisse pas l’imposer à un animal? Maintenant cherchons à rejoindre la route au-delà de la courbe qu’elle fait. Ils ne nous verront plus. Allons.”

Et presque à tâtons ils avancent dans le petit bois de la colline, jusqu’à ce qu’ils reviennent sur la petite route, éclairée par la lune qui se lève, loin du village que la colline cache entièrement…