“Je dirais: “J’avais une épouse bonne comme une eau de montagne pour un assoiffé, et le Très-Haut me l’a prise. J’avais une fille bonne comme sa mère, mais un romain la vit et la voulut pour femme et l’emmena au loin. J’avais un garçon, mon aîné, qui était tout pour moi… il a glissé sur la montagne un jour qu’il pleuvait, et il s’est rompu la colonne vertébrale et il est immobile et maintenant il est malade, car l’intérieur est tombé malade et les médecins disent qu’il va mourir. Moi, je ne te demande pas pourquoi l’Éternel m’a puni, mais je te prie de guérir mon fils”.
“Et crois-tu qu’il pourrait te le guérir?”
“Oui, certainement que je le crois! Mais je ne le verrai jamais…”
“Pourquoi en es-tu certain? Lui n’est pas samaritain.”
“C’est un juste, et c’est le Fils de Dieu, dit-on.”
“Vous, en vos pères, avez offensé Dieu.”
“C’est vrai. Mais il est dit aussi que Dieu pardonnera la Faute de l’homme en envoyant le Rédempteur, Dans le Pentateuque, à côté de la condamnation pour Adam et Ève, on lit cette promesse Promesse qui se trouve en Genèse 3, 15. Comme elle annonce d'avance le salut, l'Église l'appelle "le Protévangile". La promesse du Rédempteur (mise en évidence ici) implique celle de sa Mère (comme relevé en EMV 74.7 | EMV 207.10 | EMV 420.11 | EMV 511.3 | EMV 525.8 | EMV 596.19). . Et le Livre la porte en plusieurs endroits. S’il pardonne cette faute, peut-Il ne pas avoir de la miséricorde pour moi qui ne suis pas coupable d’être né samaritain? Je crois que si le Messie connaissait ma souffrance, il en aurait pitié.”
Jésus sourit, mais ne dit rien. Les apôtres aussi ont un sourire entendu, que pourtant le berger ne remarque pas.
482.6 - “Cet enfant, alors, n’est pas ton fils?” demande Jésus.
“Non. C’est le fils d’une veuve qui a huit garçons et qui souffre de la faim. Je l’ai pris comme aide… et comme fils… pour n’être pas seul, ensuite… quand Ruben sera au tombeau…”
Et il soupire.
“Mais si ton fils guérissait, que ferais-tu de celui-ci?”
“Je le garderais. Il est bon et j’en ai pitié…” et il baisse la voix pour dire: “Lui ne sait pas… mais son père est mort aux galères.”
“Qu’avait-il fait pour le mériter?”
“Rien de volontaire. Mais son char avait renversé un soldat ivre et il fut accusé d’avoir voulu le faire…”
“Comment savez-vous qu’il est mort?”
“Oh! on ne survit pas beaucoup à la rame! Mais on en a eu la certitude par l’intermédiaire d’un marchand de Samarie qui le vit enlever mort des fers, et jeter à la mer au-delà des Colonnes.”
“Et vraiment le garderais-tu avec toi?”
“Je suis prêt à le jurer. Lui est malheureux, moi malheureux. Et je ne suis pas seul. D’autres ont pris les fils de la veuve et elle est restée avec ses trois filles. C’est toujours trop, mais il vaut mieux être à quatre qu’à douze… Mais il n’est pas nécessaire que je le jure!… Ruben va mourir…”
482.7 - Déjà on voit la route et elle est très fréquentée par des pèlerins qui se hâtent vers un lieu de halte. Le soir est proche.
“As-tu où dormir?” demande le berger.
“Non, en vérité.”
“Je te dirais bien: “Viens”, mais la maison est petite pour tous. Pourtant le parc à moutons est grand.”
“Que Dieu t’en récompense comme si tu m’avais logé, mais je continue encore jusqu’au coucher de la lune”
“Comme tu veux. Mais ne crains-tu pas de t’égarer et de faire de mauvaises rencontres?”