“Je le sais. Certes que celui-ci est jeune et qu’il doit encore avoir beaucoup à apprendre des grands docteurs de votre Temple”
Il y a une pointe de mépris évidente dans l’adjectif possessif, mais Judas toujours si prompt à répliquer, est d’un à propos merveilleux.
Les autres ne parlent pas. Jésus est comme absorbé, et ainsi la flèche ne provoque pas de réplique. Au contraire Judas dit en souriant:
“Il est très jeune, en effet, mais c’est le plus sage d’entre nous”
482.4 - Et, pour mettre fin à la conversation qui pourrait devenir dangereuse, il dit:
“Tu as à rester longtemps encore ici? Car nous voudrions être en bas à la nuit.”
“Non. J’arrive. Je rassemble les brebis et je viens.”
“C’est bien. Nous allons en avant pendant ce temps…” et il se lève avec les autres pour prendre tout de suite le sentier.
Et quand un bosquet touffu se trouve entre lui et le berger, il rit, il rit, en disant:
“Mais comme il est facile de se moquer des gens! Et êtes-vous persuadés maintenant que je ne mentais pas et que je n’étais pas un imbécile?”
“Non. Tu ne mentais pas… Mais tu viens de mentir maintenant.”
“J’ai menti? Non. Comment peux-tu le dire, Philippe? J’ai su dire la vérité sans entraîner de dommage. Est-ce peut-être nous ne venons pas de la haute Galilée? Ne sommes-nous pas peut-être de tous les endroits? Ne sommes-nous pas peut-être allés un jour nous faire lapider pour vénérer les tombeaux des docteurs? Et n’y sommes-nous pas passés tout près, même dans le dernier voyage vers Giscala? Ai-je nié, peut-être, que Jésus est un rabbi? Ai-je dit, peut-être, qu’il n’est pas le plus sage de nous tous?… En le disant je pensais, et je riais intérieurement, qu’en disant “nous” j’offensais les rabbis, tous inférieurs au Maître, bien qu’ils croient ne pas l’être et je me moquais du berger… Ha! Ha! Ha! Les choses, il faut savoir les dire… et on dit tout sans péché et sans dommage.”
Jude d’Alphée fait une grimace de dégoût et dit:
“Pour moi c’est toujours mentir.”
“Eh bien, je l’ai fait, moi! Mais tu as entendu, hein? Ils ont laissé tomber leurs préventions, leurs dégoûts, leur suffisance pour dire à des samaritains de signaler le passage du Maître pour Lui faire fête aux frontières! Ha! Ha! Quelle fête!”
“La fête! Eux aussi ont su parler et penser, en parlant mensongèrement, à une vérité… Judas de Kériot a raison” dit Thomas.
Jésus se tourne et il dit:
“Oui. Leurs paroles: une tromperie, et odieuse. Mais dire une chose pour une autre, dans une bonne intention, c’est toujours répréhensible. Crois-tu que le Seigneur ait besoin de cela pour protéger son Messie? Ne mens plus, même pour une bonne fin. L’âme s’habitue à imaginer le mensonge et les lèvres à le proférer. Non, Judas. Évite le manque de sincérité.”
“Je le ferai, Maître.
482.5 - Mais taisons-nous à présent. Le berger nous rejoint en courant.”
En effet, poussant en avant les brebis qui, sentant la proximité du bercail, se mettent à courir dans leur course sautillante, en bêlant, en se heurtant entre elles, passant de force entre les apôtres, et les bousculant presque, voilà le berger suivi d’un pastoureau et d’un chien, et il ne s’arrête qu’après avoir réussi avec l’aide de l’enfant et du chien à ralentir les brebis et à les réunir pour les empêcher de s’éparpiller ou de descendre seules dans la vallée.
“Ce sont les bêtes les plus stupides qui existent sur la Terre. Mais elles sont si utiles!” dit-il en essuyant la sueur, et il soupire: “Ah! s’il y avait encore Ruben! Mais avec cet enfant seulement!…”
Il secoue la tête, en descendant derrière ses brebis que le chien et l’enfant, en tête du troupeau, tiennent groupées. Et il monologue:
“Si j’arrivais à le trouver ce prophète, samaritain comme je suis, je Lui parlerais…”
“Et que lui dirais-tu?” demande Jésus.