Aser gémit à chaque affirmation:
“C’est vrai, c’est vrai!”
“Comme tu vois, Dieu aurait pu te réduire en cendres sans recourir aux châtiments des hommes. Il t’a épargné pour que Moi, je puisse en sauver un de plus. Mais l’œil de Dieu te surveille et son Intelligence se souvient. Allez”
Et il se tourne pour revenir dans le bois près d’Abel et de Jean qui s’étaient mis à l’abri sous les arbres de la pente.
476.9 - Et les deux, encore défigurés, souriants peut-être - mais qui peut dire quand sourit un lépreux? - avec la voix particulière des lépreux, stridente, métallique, discontinue, avec de brusques changements de ton, pendant que Lui descend la montagne par le sentier effrayant, entonnent le psaume 114°… Psaume 114 (Hébreu 116) : J'aime le Seigneur parce qu'il entend le cri de ma prière …
“Ils sont heureux!” dit Jean.
“Moi aussi” dit Abel.
“Je croyais que tu allais les guérir tout de suite” dit encore Jean.
“Moi aussi, comme tu fais toujours.”
“C’étaient de grands pécheurs. Cette attente est juste pour qui a tant péché. Maintenant écoute, Ananias…”
“Je m’appelle Abel, Seigneur” dit le jeune homme étonné et il regarde Jésus comme pour se demander: “Pourquoi se trompe-t-il?”
Jésus sourit:
“Pour Moi, tu es Ananias, car vraiment tu semblés né de la bonté du Seigneur Hananya (Ananie) signifie en effet : Dieu est Grâce. Selon la tradition orientale, Hananya (Ananie) était l'un des soixante-douze disciples. Il devint évêque de Damas qu'il évangélisa. C'est justement à Damas, qu'au temps des premières persécutions, il accueille probablement Saul (Paul) et qu'il le baptise (cf. Actes 9, 17-19). . Sois-le de plus en plus et écoute.
Au retour des Tabernacles, tu iras dans ta ville pour dire à la mère d’Aser de faire ce que veut son fils, et le plus rapidement possible, en donnant pour réparer tout sauf un dixième. Et cela par pitié pour la vieille mère qui avec toi quittera Bethléem de Galilée et ira à Ptolémaïs rejoindre son fils qui, avec toi, la rejoindra avec son compagnon. Toi, après avoir installé la femme chez une disciple de la ville, tu iras prendre ce qu’il faut pour la purification des lépreux et tu ne les quitteras pas avant que tout soit fait. Que le prêtre ne soit pas de ceux qui connaissent le passé, mais quelqu’un d’autres endroits.”
“Et ensuite?”
“Ensuite, tu reviens chez toi ou bien tu te réunis aux disciples. Et eux, une fois guéris, prendront le chemin de l’expiation. Moi, je dis l’indispensable et je laisse ensuite l’homme libre d’agir…”
476.10 - Et ils descendent, descendent, infatigables malgré les difficultés du chemin et la chaleur du soleil… Infatigables, mais silencieux pendant un long moment.
Puis Abel rompt le silence pour dire:
“Seigneur, puis-je te demander une grâce?”
“Laquelle?”
“De me laisser aller dans ma ville. Je regrette de te quitter. Mais cette mère…”
“Va, mais ne t’attarde pas. Tu auras à peine le temps de rejoindre Jérusalem.”
“Merci, Seigneur! Je n’irai trouver qu’elle, la pauvre vieille, qui a honte de tout, depuis qu’Aser a péché. Mais elle va encore sourire. Que dois-je lui dire, en ton nom?”
“Que ses larmes et ses prières ont obtenu grâce et que Dieu l’engage à espérer de plus en plus et la bénit. Mais avant de nous quitter, faisons la pause pendant une heure, pas plus. Ce n’est pas le moment de s’arrêter. Et puis tu iras de ton côté, Jean et Moi du nôtre, et par des raccourcis. Et toi, Jean, tu iras en avant, chez ma Mère. Tu lui porteras ce sac avec les vêtements de lin et tu viendras avec ceux de laine. Tu iras lui dire que je veux la voir et que je l’attends dans le bois de Mathatias, celui de l’épouse Mathatias d'Esdrelon. Son domicile est semble-t-il une halte habituelle de Jésus. Cf. EMV 262. . Tu le connais. Ne parle qu’avec elle et reviens vite.”
“Je sais où est le bois. Et Toi? Seul? Tu restes seul?”
“Je reste avec mon Père. Ne crains pas” dit Jésus en levant la main et en la mettant sur la tête du disciple préféré, assis sur l’herbe à coté de Lui. Et lui sourit en disant: “Mais nous devrons y être au soir…”
“Maître, quand je dois te faire plaisir, je ne sens pas la fatigue, tu le sais. Et aller chez la Mère!… C’est comme si les anges me portaient. Et puis, ce n’est pas très loin.”
“Ce n’est jamais loin ce que l’on fait avec joie… Mais tu passeras la nuit à Nazareth.”
“Et Toi?”
“Et Moi… Je resterai avec mon Père, après avoir été avec ma Mère un peu. Et puis je me mettrai en route à l’aube, pour prendre la route du Thabor sans entrer à Nazareth. Tu sais que je dois être à Jezréel à l’aurore d’après-demain.”
“Tu seras très fatigué, Maître. Tu l’es déjà.”
“Nous aurons le temps de nous reposer pendant l’hiver. Ne crains pas, et n’espère pas pouvoir, en toute paix comme ici, évangéliser toujours. Nous connaîtrons beaucoup d’arrêts…”
Jésus baisse la tête, pensif, en grignotant son pain, pour tenir compagnie aux deux qui, jeunes et heureux d’être avec le Maître, mangent de bon appétit, plutôt que par désir de manger. C’est au point qu’il oublie de le faire et s’absorbe dans un de ses silences que les deux respectent en se taisant, en reposant à l’ombre de la montagne, les pieds nus pour chercher la fraîcheur sur l’herbe qui a poussé aux pieds des troncs puissants, et ils somnoleraient même, mais Jésus lève la tête et dit:
“Allons. Au carrefour, nous nous quitterons.”
Et après avoir lacé de nouveau leurs sandales, ils se mettent en route. L’ombre du bois et le vent qui vient du nord les aident à supporter la lourdeur de l’heure encore chaude, bien qu’elle ne soit plus torride comme dans les mois de plein été.