“Trop, tu l’as dit.”
“Trop!… C’est vrai… Mais Toi… Oh! ce jour-là, il y avait ta Mère… Où est ta Mère maintenant? Elle avait pitié de la mère d’Abel. Je l’ai vu. Et si maintenant elle entendait, elle aurait pitié de la mienne. Jésus, Fils de Dieu, pitié au nom de ta Mère!…”
“Et que feriez-vous après?”
“Après?”
Ils se regardent effrayés. “Après” c’est la condamnation des hommes, c’est le mépris ou la fuite, l’exil. Devant la perspective de la guérison, ils tremblent comme s’ils perdaient le salut.
Comme l’homme tient à la vie! Les deux, pris dans le dilemme de guérir et d’être condamnés par la loi humaine, ou de vivre lépreux, préfèrent presque vivre lépreux. Ils le disent, ils l’avouent par ces paroles:
“Le supplice est horrible!”
Il le dit surtout celui que je comprends qu’il est Aser, l’un des deux homicides…
“C’est horrible. Mais, au moins ce n’est que justice. Vous, vous le donniez à cet innocent, toi, pour quelle fin louche, toi, pour une poignée d’argent.”
“C’est vrai! Ô mon Dieu! Mais lui nous a pardonné. Pardonne Toi aussi. Eh bien, nous mourrons, mais notre âme sera sauvée.”
“La femme de Joël fut lapidée comme adultère. Les quatre enfants vivent dans la gêne avec sa mère, car les frères de Joël les ont chassés comme bâtards, pour s’emparer des biens de leur frère. Vous le savez?”
“Abel nous l’a dit…”
“Et qui remédie à leur malheur?”
La voix de Jésus est un tonnerre, c’est vraiment la voix du Dieu Juge, et elle est effrayante. Seul, dans le soleil, debout et raide, c’est vraiment une figure d’épouvante. Les deux le regardent effrayés. Bien que le soleil doive exacerber leurs plaies, ils ne bougent pas, comme ne bouge pas Jésus qui en est tout enveloppé. Les éléments perdent leur puissance dans ces heures des âmes…
Aser dit après un moment:
“Si Abel veut m’aimer tout à fait, qu’il aille trouver ma mère et qu’il lui dise que Dieu m’a pardonné et…”
“Moi, je ne t’ai pas pardonné encore.”
“Mais tu vas le faire parce que tu vois mon cœur… Et il lui dira que tout ce qui m’appartient aille aux enfants de Joël, de par ma volonté. Que je meure ou que je vive, je renonce à la richesse qui m’a rendu vicieux.”
476.8 - Jésus sourit. Il se transfigure en son sourire qui le fait passer d’un visage sévère à un visage plein de pitié, et c’est d’une voix toute changée qu’il dit:
“Je vois votre cœur. Levez-vous, et élevez votre esprit vers Dieu pour le bénir. Séparés comme vous l’êtes du monde, vous pouvez vous en aller, sans que le monde s’enquière de vous. Et le monde vous attend pour vous donner la possibilité de souffrir et d’expier.”
“Tu nous sauves, Seigneur?! Tu nous pardonnes?! Tu nous guéris?!”
“Oui. Je vous laisse la vie car la vie est une souffrance surtout pour qui a des souvenirs comme les vôtres. Mais maintenant vous ne pouvez sortir d’ici. Abel doit venir avec Moi, il doit aller comme tous les hébreux à Jérusalem. Attendez son retour: il coïncidera avec votre guérison. Il s’occupera de vous amener au prêtre et de prévenir ta mère. Je dirai à Abel ce qu’il doit faire et comment il doit le faire. Pouvez-vous croire à mes paroles, même si je m’en vais sans vous guérir?”
“Oui, Seigneur. Cependant, répète-nous que tu pardonnes à notre esprit. Cela, oui. Ensuite, tout viendra quand tu voudras.”
“Je vous pardonne. Renaissez avec un esprit nouveau et ayez la volonté de ne plus pécher. Souvenez-vous qu’en plus de vous abstenir du péché, vous devez accomplir des actes de justice destinés à annuler complètement votre dette aux yeux de Dieu, et que par conséquent votre pénitence doit être continue parce que grande, bien grande, est votre dette!
Les tiennes en particulier concernent tous les commandements du Seigneur. Penses-y et tu verras qu’il n’en faut exclure aucun. Tu as oublié Dieu, tu as fait de tes sens ton idole, tu as fait des jours de fête des délires d’oisiveté, tu as offensé et déshonoré ta mère, tu as contribué au meurtre et à la volonté du meurtre, tu as volé l’existence et as voulu voler un fils à sa mère, et tu as privé quatre enfants de père et de mère, tu as été luxurieux, tu as fait de faux témoignages, tu as désiré impudiquement la femme qui était fidèle à son époux défunt, tu as désiré ce qui appartenait à Abel, au point de vouloir supprimer Abel pour t’emparer de ses biens.”