Mais s’il cède, une seule fois, et en sent de nouveau le goût… il lui vient une soif… une soif de cette boisson… telle qu’il n’y résiste plus… et il boit et il boit… et il est de nouveau malade… malade pour toujours… fou… possédé… possédé par son démon… par son démon… Oh! Jésus, Jésus, Jésus!… N’en parle pas aux autres… Ne le dis pas… J’ai honte devant tous…”
“Mais pas devant Moi.”
Judas comprend mal.
“C’est vrai! Pardon! Je devrais être plus honteux devant Toi que devant tout autre, car tu es parfait…”
“Non, fils. Ce n’est pas cela que je disais. Que ta douleur, ton angoisse, ton humiliation ne te cachent pas la vérité. J’ai dit que tu peux être honteux devant tous, mais pas devant Moi. Un fils n’a pas de peur ni de honte devant un bon père, ni un malade devant un médecin compétent. Et à l’un comme à l’autre, il fait son aveu sans crainte puisque l’un aime et pardonne, l’autre comprend et guérit. Moi, je t’aime et te comprends, aussi je te pardonne et te guéris. Mais dis-moi. Judas. Qu’est-ce qui te livre à ton démon? Moi? Tes frères? Les femmes débauchées? Non. C’est ta volonté. Maintenant je te pardonne et te guéris…
Quelle joie tu m’as donnée, ô mon Judas! Déjà je jouissais tant de cette nuit sereine, parfumée, que les chants rendaient joyeuse, et j’en louais le Seigneur. Mais maintenant la joie que tu me donnes surpasse ce clair de lune, ces parfums, cette paix, ces chants. Entends-tu? Le rossignol semble s’y unir pour te dire avec Moi qu’il est heureux de ton bon vouloir, lui, le petit chanteur, si plein de bonne volonté pour faire ce pourquoi il a été créé. Et aussi ce premier vent du matin, qui passe sur les fleurs et les éveille, en faisant glisser dans le creux de leur calice un diamant de rosée pour que la trouvent bientôt le papillon et le rayon de soleil, et que l’un s’en désaltère et que l’autre s’en fasse un miroir minuscule pour son grand éclat. Regarde: la lune va se coucher. L’aube s’annonce, avec ce chant lointain du coq. Les ténèbres nocturnes et les fantômes de la nuit disparaissent: Vois comme il est passé rapide et doux le temps qui, si tu n’étais pas venu à Moi, serait passé dans le dégoût et le remords? Viens toujours quand tu as peur de toi. Le propre moi!!! Grand ami, grand tentateur, grand ennemi, et grand juge, Judas! Et, vois-tu?
Alors qu’il est un ami sincère et fidèle si tu as été bon, il sait être un ami sans sincérité si tu n’es pas bon et, après avoir été pour toi un complice, il s’élève à être un juge inexorable et te torture par ses reproches… Lui est féroce dans ses reproches… pas Moi!
468.6 – Eh bien, allons, la nuit est passée…”
“Maître, je ne t’ai pas laissé reposer… et aujourd’hui, tu devras tant parler…”
“J’ai reposé dans la joie que tu m’as donnée. Je n’ai pas de leur repos que celui de dire: “Aujourd’hui j’ai sauvé quelqu’un qui périssait”. Viens, viens… Descendons à Chorazeïn! Oh! si cette ville savait t’imiter, Judas!”
“Maître… que diras-tu à mes compagnons?”
“Rien s’ils ne demandent pas… S’ils m’interrogent, je dirai que nous avons parlé des miséricordes de Dieu… C’est un vrai sujet, et tellement illimité que la plus longue vie ne suffit pas à le développer. Allons…”
Et ils descendent, grands, d’une beauté différente mais également jeunes, l’un près de l’autre, et ils disparaissent derrière un bouquet d’arbres…
468.7 – Jésus dit:
“C’est un épisode de miséricorde comme ceux de Marie-Madeleine. Mais si vous faites un livre, il vaudra mieux mettre les événements à la file dans l’ordre chronologique plutôt que par catégories, en vous limitant a dire au début ou dans un renvoi, à quelle catégorie appartient chaque épisode.
Pourquoi je mets en lumière la figure de Judas? Plusieurs se le demanderont.
Je réponds. La figure de Judas a été trop déformée au cours des siècles. Et, ces derniers temps, elle a été complètement dénaturée. Dans certaines écoles, on en a fait presque son apothéose comme s’il était l’artisan secondaire et indispensable de la Rédemption.
Beaucoup, ensuite, pensent qu’il a succombé à un assaut imprévu, féroce, du Tentateur. Non.
Toute chute a sa préparation dans le temps. Plus la chute est grave, et plus elle est préparée. Les antécédents expliquent le fait. On ne se précipite pas à l’improviste et on ne monte pas de même, ni dans le Bien, ni dans le Mal. Il y a des causes longues et insidieuses pour les descentes, et patientes et saintes pour les montées.
Le drame malheureux de Judas peut vous donner tant d’enseignements pour vous sauver, et connaître la méthode de Dieu et ses miséricordes pour sauver et pardonner ceux qui descendent vers l’Abîme.
On n’arrive pas au délire satanique, où tu as vu Judas se débattre après son Crime, si on n’est pas totalement corrompu par des habitudes d’Enfer recherchées pendant des années avec volupté. Quand quelqu’un accomplit même un crime, mais entraîné par un événement imprévu qui trouble sa raison, il souffre mais il sait expier, car il y a encore des parties de son cœur qui sont indemnes du poison infernal. Au monde qui nie Satan, parce qu’il l’a tellement en lui-même qu’il n’en a plus conscience, qu’il l’a aspiré et qu’il fait partie de son moi, je montre que
Satan existe, éternel et immuable dans la méthode qu’il met en œuvre pour faire de vous ses victimes.
Cela suffit pour l’instant. Toi, reste avec ma paix.»