“Non, Maître. Aucunement, J’ai eu le désir de venir te trouver.”
“Viens alors. Il y a de la place pour tous les deux sur ce rocher.”
Ils s’assoient tout près l’un de l’autre. Silence. Judas ne parle pas. Il regarde Jésus. Il lutte.
Jésus veut l’aider. Il le regarde avec douceur, mais avec pénétration.
“Quelle belle nuit, Judas! Regarde comme tout est pur! Je crois que ne fut pas plus pure la première nuit qui a ri sur la Terre et sur le sommeil d’Adam dans le Paradis terrestre. Sens le parfum de ces fleurs, respire, mais ne les cueille pas. Elles sont si belles et si pures! Je m’en suis abstenu, Moi aussi, parce que les cueillir, c’est les profaner.
Il est toujours mal d’user de violence, pour la plante comme pour l’animal, pour l’animal comme pour l’homme. Pourquoi enlever la vie? Elle est si belle la vie quand elle est bien employée!…
Et ces fleurs l’emploient bien car elles exhalent leur parfum, réjouissent par leur vue et leur odeur, donnent du miel aux abeilles et aux papillons et leur cédait l’or de leur pistil pour mettre des petites gouttes de topaze sur la perle de leurs ailes, et servent de lit aux nids… Si tu avais été là, il y a un moment, tu aurais entendu un rossignol chanter si doucement la joie de vivre et de louer le Seigneur.
Chers oiseaux! Comme ils sont un exemple pour les hommes! Ils se contentent de peu, et seulement de ce qui est permis et saint: un grain et un petit ver car c’est le Père Créateur qui le leur à donne. Et s’ils n’en ont pas, ils n’éprouvent pas de colère ou de dépit, mais ils trompent la faim de leur chair par le trop plein de leur cœur qui leur fait chanter les louanges du Seigneur et les joies de l’espérance. Ils sont heureux d’être las pour avoir voleté de l’aube jusqu’au soir pour se faire un nid tiède, douillet, sûr, non par égoïsme, mais par amour de leurs petits. Et ils chantent de la joie de s’aimer honnêtement, le rossignol pour sa compagne et tous les deux pour leurs oisillons. Les animaux sont toujours heureux car ils n’éprouvent pas de remords dans leurs cœurs qui ne leur reprochent rien. C’est nous qui les rendons malheureux parce que l’homme est méchant, sans respect, dominateur, cruel. Et il ne lui suffit pas de l’être avec ses semblables, sa méchanceté se déverse sur les êtres inférieurs.
Plus il a en lui de remords, plus sa conscience le pique, et plus il exerce sa méchanceté sur les autres. Je suis certain que le cavalier qui aujourd’hui éperonnait jusqu’au sang son cheval tout en sueur et tellement fatigué, et le cravachait jusqu’à lui faire dresser le poil sur le cou et sur les flancs et jusque sur ses naseaux et sur ses sombres paupières qui se fermaient douloureusement sur ses yeux si résignés et si doux, que ce cavalier n’avait pas l’âme tranquille: ou bien il allait commettre un crime contre l’honnêteté, ou il en venait.” Jésus se tait et pense.
468.4 – Judas se tait. Il pense lui aussi, puis il dit:
“Comme c’est beau, Maître, de t’entendre parler ainsi! Tout dévient clair aux yeux, à l’esprit, au cœur… et tout redevient facile, même de dire: “Je veux être bon!” Même de te dire… même de te dire… de te dire: “Maître, moi aussi j’ai l’âme troublée! N’aie pas de dégoût pour moi, Maître, Toi qui aimes celui qui est pur!”
“Oh! mon Judas! Moi, du dégoût? Ami, fils, qu’as-tu qui te trouble?”
“Garde-moi avec Toi, Maître. Tiens-moi étroitement… J’ai juré d’être bon depuis que tu m’as parlé si doucement. J’ai juré de redevenir le Judas des premiers jours, je te suivais et je t’aimais comme un époux aime son épouse, et je ne rêvais qu’à Toi, trouvant en Toi toute satisfaction. C’est ainsi que je t’aimais Jésus…”
“Je le sais… et c’est pour cela que je t’ai aimé… Mais je t’aime encore, mon pauvre ami blessé…”
“Comment sais-tu que je le suis? Sais-tu de quoi?…”
Silence. Jésus regarde Judas d’un œil si doux… Il semble qu’une larme le rende plus large et plus doux en tempérant son éclat: un œil d’enfant innocent et désarmé, qui se donne tout entier dans l’amour.
Judas glisse à ses pieds, le visage sur ses genoux, les bras serrés à ses côtés et il gémit:
“Garde-moi avec Toi, Maître… garde-moi… Ma chair crie comme un démon… et, si je cède, voilà que vient tout le mal… Je sais que tu sais et que pourtant tu attends que je le dise… Mais il est difficile de dire, Maître: “J’ai péché”
“Je le sais, ami. C’est pour cela qu’il faudrait bien agir, pour ne pas s’avilir en disant: “J’ai péché ”. Mais pourtant, Judas, il y a en cela un grand remède, de devoir faire effort en disant la faute retient de la faire et si elle est accomplie, la peine de s’accuser est déjà une pénitence qui rachète. Si ensuite quelqu’un souffre, non pas tant par orgueil ni par peur du châtiment, mais parce qu’il sait qu’en manquant il a causé de la douleur, alors, c’est Moi qui le dis, la faute disparaît. C’est l’amour qui sauve.”
“Moi, je t’aime, Maître, mais je suis si faible… Oh! Tu ne peux pas m’aimer! Tu es pur et tu aimes les purs… Tu ne peux pas m’aimer parce que je suis… je suis…
468.5 – Oh! Jésus, enlève-moi la faim des sens! Tu sais quel démon il est?”
“Je le sais. Je ne l’ai pas exaucée, mais je sais quelle voix elle a.”
“Le vois-tu? Le vois-tu? Tu en as un tel dégoût que seulement à le dire, ton visage est bouleversé… Oh! Tu ne peux pas me pardonner!”
“Judas. Et tu ne te rappelles pas Marie? Matthieu? Ce publicain devenu lépreux Peut-être le jeune homme lépreux atteint d'une maladie sexuellement transmissible à la suite d'une vie dissolue. 2.95. ? Cette femme, courtisane romaine Aglaé , à laquelle j’ai prophétisé une place dans le Ciel parce que, après mon pardon, elle aura la force de vivre saintement?”
“Maître… Maître… Maître… Oh! quel mal j’ai dans le cœur!… Ce soir j’ai fui… j’ai fui Chorazeïn… car si j’étais resté… si j’étais resté… j’étais perdu. Tu sais… c’est comme celui qui boit et en devient malade… Le médecin lui enlève le vin et toute boisson enivrante, et il guérit et reste sain tant qu’il ne ressent pas ce goût…