“Ne doutez pas qu’elle puisse vous manquer, mais je ne vous demande pas un si grand sacrifice. Écoutez. Je vais en Judée, et l’hiver arrive. À Corozaïn, il y a une veuve avec de nombreux enfants, et l’aîné est un peu plus qu’enfant. Son père était menuisier…”

“Ah! Le menuisier! oh! tout le monde a parlé de ce que tu as fait… Jésus a travaillé comme menuisier pour terminer les commandes et éviter la faillite. Cf. EMV 267. Mais Corozaïn ne s’est pas convertie, bien que plus que ta parole ce que tu as fait aurait dû l’obtenir. La mère a travaillé au grain… Mais elle a peu de santé… Nous savons, nous savons.”

“Eh bien, je ne vous demande pas d’en faire des oisifs, mais de les aider. Vous trouverez l’occasion de les occuper à ceci ou cela. Pensez à Joseph, et que la juste rétribution soit complétée par votre affectueuse pitié.”

“Oh! Maître! Si peu? Moi, je dirais, qu’en dis-tu, ma femme? Moi, je dirais de prendre les deux fillettes qui glaneront chez nous. La maison est grande et toi, tu es vieille et vieilles sont Marie et Noémi… Pour les petites choses…”

“C’est ce que nous ferons, Jude, en souvenir de notre petite… De l’unique fille, Seigneur… Elle a fleuri trois printemps… et puis… Tant les années passées, mais la douleur est toujours là… Si tu avais été parmi nous elle ne serait pas morte… Je ne l’aurais pas perdue… Une fille c’est toujours un sourire…”

La petite vieille est émue et le vieillard soupire.

“Elle n’est pas perdue… Elle vous attend… C’est un esprit innocent et vous soyez certains de le retrouver. Il faut craindre davantage pour les fils qui sont adultes et qui ne sont pas complètement sur les chemins du Seigneur…”

“C’est vrai! C’est vrai!… Tu sais, Seigneur… Tu sais tout. Dans cette maison si tranquille, il y a cette douleur… Maître, le sacrifice peut obtenir grâce, parfois?”

“Non pas parfois. Toujours.”

“Ah! c’est doux de t’entendre le dire. Va en paix, Maître. La veuve de Corozaïn sera aidée et tu les trouveras contents au printemps, car si tu les recommandes pour l’hiver, c’est signe que tu ne reviens pas avant le printemps.”

“Je ne reviens pas… Je descends en Judée et je ne reviens pas.”

466.5 – “Et il vient aussi en Judée le petit disciple?”

“Oui, Marziam vient en Judée…”

“Long voyage, Maître. Il est très hâve…”

“Il a perdu son dernier parent. Vous connaissez son histoire… et cette nouvelle douleur l’a affaibli.”

“C’est aussi l’âge et la croissance… Mais nous savons… et nous savons aussi le bien qu’il fait. Un petit maître, vraiment un petit maître… Son parent était dans la plaine d’Esdrelon, n’est-ce pas? Et il est mort là? Et lui a beaucoup souffert en cet endroit?”

“Oui, femme. Pourquoi le demandes-tu?”

“Parce que… Maître, je ne devrais pas le dire à Toi qui es Maître, mais moi, je suis femme et mère, et j’ai pleuré… Je te dis: pourquoi veux-tu l’emmener vers ces lieux? Laisse-le-moi jusqu’à Jérusalem… Il me semblera descendre encore à la Cité sainte avec nos jeunes enfants… et lui ne se fatiguera pas et ne souffrira pas davantage. Les autres disciples viennent aussi…”

Jésus réfléchit. Il objecte:

“Marziam est heureux d’être avec Moi, et Moi avec lui.”

“Oui, mais si tu le lui dis, il obéira avec plaisir. Ce ne seront que quelques jours de séparation. Qu’est-ce qu’un peu plus de deux semaines pour qui est si jeune? Il a le temps de jouir de Toi…” Jésus la regarde, regarde son mari. Tous les deux ignorent qu’il n’est pas long le temps qui reste pour jouir du Sauveur. Mais il ne dit rien. Il ouvre les bras comme pour dire: “Qu’il soit comme vous voulez” et il dit seulement:

“Alors, appelez Marziam et Simon.”

Le vieil homme sort et revient avec les deux. Simon a le regard inquisiteur. Il semble soupçonner je ne sais quoi. Mais quand il entend le motif, il se calme et dit: “Que Dieu vous récompense! Le fils est très fatigué et, à dire vrai, il me paraissait imprudent de le faire tant marcher…”

“Mais je venais volontiers! J’étais avec le Maître, et si le Maître m’emmenait avec Lui, c’était signe que je pouvais aller… Lui fait tout très bien…” et il y a presque des larmes dans la voix de Marziam.

“C’est vrai, Marziam. Mais aussi il faut être condescendant. Ce sont deux bons amis, pour Moi, et pour tous mes amis. Pour Moi, je consens à leur désir et toi…”

“Comme tu veux, mon Maître. Mais à Jérusalem, pourtant…”

“À Jérusalem, tu viens avec Moi” promet Jésus.

Et le brave Marziam ne réplique rien.

466.6 – Ils sortent de la pièce, et Jésus va trouver les disciples qui sont heureux ce cette rencontre inespérée.

Le vieux maître tourne autour du groupe. Jésus le remarque et l’interroge.

“Voilà, je voudrais ta parole. Tu es fatigué, je le vois. Mais avant le repas qui précède le repos, parce que tu vas te reposer au moins jusqu’au soir, ne diras-tu rien?”

“Je parlerai avant de partir. Ainsi même les serviteurs de la maison et ceux des champs pourront m’entendre. Maintenant ta femme nous appelle, tu le vois?…”

Et Jésus se lève pour entrer dans la pièce où on a préparé les tables pour les hôtes bénis.