Ils se pressent hors de la salle. Ils cherchent, ils interrogent les serviteurs: “Le Maître? Où est-il?”
Le Maître? Personne ne l’a vu, pas même ceux qui étaient aux deux portes de l’atrium. Pas de Maître… Avec des torches et des lanternes, ils le cherchent dans l’obscurité du jardin, dans la pièce où il avait reposé. Personne! Et il n’y a plus son manteau laissé sur le lit, son sac laissé dans l’atrium…
“Il nous a échappé! C’est un Satan!… Non. Il est Dieu. Il fait ce qu’il veut. Il va nous trahir! Non. Il nous connaîtra pour ce que nous sommes.”
Une clameur d’opinions et d’insultes mutuelles. Les bons crient:
“Vous nous avez séduits. Traîtres! Nous devions l’imaginer!”
Les mauvais, c’est-à-dire le plus grand nombre, menacent, et après avoir perdu le bouc émissaire contre lequel ils ne peuvent se tourner, les deux partis se tournent contre eux-mêmes…
464.13 – Et Jésus où est-il? Moi, je le vois, parce qu’il le veut, très loin, vers le pont à l’embouchure du Jourdain. Il va rapidement comme si le vent le portait, ses cheveux flottent autour de son visage pâle, son vêtement bat comme une voile dans la rapidité de la marche. Puis, quand il est sûr de se trouver à bonne distance, il s’enfonce dans les joncs et il prend la rive orientale. Dès qu’il a trouvé les premiers récifs de la haute falaise, il y monte sans se soucier du manque de lumière qui rend dangereuse l’escalade de la côte escarpée. Il monte, il monte jusqu’à un rocher qui surplombe le lac et où veille un chêne séculaire. Il s’assoit là, un coude sur le genou, il appuie le menton sur la paume de la main, le regard fixé sur l’immensité qui s’embrume, à peine visible par la blancheur de son vêtement et la pâleur de son visage, il reste immobile…
464.14 – Mais quelqu’un l’a suivi. C’est Jean. Un Jean à peine vêtu, avec seulement son court vêtement de pêcheur, les cheveux raides de quelqu’un qui a été dans l’eau, haletant et pourtant pâle. Il approche doucement de son Jésus. Il semble une ombre qui glisse sur la falaise raboteuse. Il s’arrête à quelque distance, il surveille Jésus… Il ne bouge pas, il semble faire partie du rocher. Sa tunique de couleur sombre le dissimule encore plus, seul le visage, les jambes et les bras nus se voient à peine dans l’ombre de la nuit.
Mais quand, plutôt qu’il ne le voit, il entend pleurer Jésus, alors il ne résiste plus et il s’approche et puis l’appelle: “Maître!”
Jésus l’entend murmurer et lève la tête; prêt à fuir il relève son vêtement.
Mais Jean crie: “Que t’ont-ils fait, Maître, que tu ne reconnais plus Jean?”
Et Jésus reconnaît son Préféré. Il lui tend les bras et Jean s’y élance et les deux pleurent pour deux douleurs différentes et un unique amour.
Mais ensuite les pleurs se calment et Jésus, le premier, revient à la vision nette des choses. Il se rend compte que Jean est à peine vêtu, avec sa tunique humide, déchaussé, glacé. “Comment donc es-tu ici, dans cet état! Pourquoi n’es-tu pas avec les autres?”
“Oh! ne me gronde pas, Maître. Je ne pouvais rester… Je ne pouvais te laisser aller… J’ai quitté mon vêtement, tout sauf cela, et je me suis jeté à la nage pour revenir à Tarichée et de là par la rive, puis j’ai franchi le pont et puis je t’ai suivi et je suis resté caché dans le fossé près de la maison, prêt à venir à ton aide, au moins pour savoir s’ils t’enlevaient, s’ils te faisaient du mal, et j’ai entendu que l’on se disputait et puis je t’ai vu passer rapidement devant moi. Tu paraissais un ange. Pour te suivre sans te perdre de vue, je suis tombé dans des fossés et des marécages et je suis tout couvert de boue. Je dois avoir taché ton vêtement… Je te regarde depuis que tu es ici… Tu pleurais?…
464.15 – Que t’ont-ils fait, mon Seigneur? T’ont-ils insulté? Frappé?”
“Non. Ils voulaient me faire roi. Un pauvre roi, Jean! Et plusieurs voulaient le faire de bonne foi, par un amour vrai, dans une bonne intention… Le plus grand nombre… pour pouvoir me dénoncer et se débarrasser de Moi…”
“Qui sont-ils?”
“Ne le demande pas.”
“Et les autres?”
“Ne demande pas non plus leurs noms. Tu ne dois pas haïr et tu ne dois pas critiquer… Moi, je pardonne…”
“Maître… Il y avait-il des disciples?… Dis-moi cela seulement.”
“Oui.”
“Et des apôtres?”
“Non, Jean, aucun apôtre.”
“Vraiment, Seigneur?”