Jésus le regarde sévèrement et répond:

“En effet tu dois craindre la mort car tu t’es tué toi-même.”

Et il lui tourne le dos. L’autre cherche à le reprendre par son vêtement pendant que ricanent ceux qui sont là, mais Jésus se libère et s’éloigne.

“Pouce retourné, Appius Fabius! Pouce retourné! Celui que l’on appelle le roi des hébreux, ne t’a pas fait grâce. Donne-nous ta bourse, ton pari est perdu.”

Grecs et romains font du vacarme en entourant l’homme déçu. Ce dernier les écarte en les bousculant et se met à courir, aussi vite qu’il le peut, obèse comme il l’est, en relevant son vêtement, titubant avec toute sa masse graisseuse. Mais il trébuche et tombe dans la poussière au milieu des éclats de rire de ses amis qui le traînent près d’un arbre, contre le tronc duquel l’homme ivre se serre en pleurant du pleur stupide des ivrognes.

462.5 - Les sources sont certainement proches car la foule est de plus en plus nombreuse, affluant de routes nombreuses vers un seul endroit. Il stagne dans l’air une odeur d’eaux sulfureuses.

“Descendons-nous vers la rive pour éviter ces gens immondes?” demande Pierre.

“Ils ne sont pas tous immondes. Il y a parmi eux beaucoup d’Israélites” dit Jésus.

On est arrivé aux Thermes: une série d’édifices de marbres blancs, en face du lac, séparés par des avenues, et séparés du lac par une vaste place plantée d’arbres sous lesquels circulent ceux qui sont arrivés, en attendant le bain, ou pour réagir après le bain. Des têtes de méduses en bronze, qui font saillie dans le mur d’un édifice, jettent des eaux fumantes dans un bassin de marbre, qui blanc à l’extérieur, est rougeâtre à l’intérieur, comme s’il était recouvert de fer rouillé. De nombreux Israélites vont aux sources, et boivent l’eau minérale avec des coupes. Je ne vois que des hébreux qui le fassent, et à ce pavillon. Je crois deviner que les Israélites fidèles ont voulu avoir un endroit particulier pour éviter les contacts avec les gentils.

De nombreux malades sont sur des brancards en attendant les soins, et voyant Jésus, plusieurs crient:

“Jésus, Fils de David, aie pitié de moi.”

Jésus se dirige vers eux. Paralytiques, arthritiques, ankylosés, atteints de fractures, dont les os ne se ressoudent pas, malades d’anémie, d’affections glandulaires, femmes flétries avant l’âge, enfants prématurément vieillis Réflexion pertinente de Maria Valtorta : Les termes de Tibériade soignaient ces maladies. Voir les connaissances topographiques remarquables . Et puis, sous les arbres, des mendiants qui se plaignent et demandent l’aumône.

Jésus s’arrête près des malades. Le bruit se répand que le Rabbi va parler et guérir. Les gens, même ceux d’autres races, s’approchent pour voir.

Jésus regarde tout autour de Lui. Il sourit en voyant sortir, avec les cheveux encore humides de la douche qu’il a prise, le grec envoyé par Syntica. Il élève tout à coup la voix pour se faire entendre:

“La miséricorde ouvre les portes à la grâce. Soyez miséricordieux pour obtenir miséricorde.

Tous les hommes sont pauvres en quelque chose: les uns manquent d’argent, pour d’autres ce sont les affections, la liberté, la santé, et tous les hommes ont besoin de l’aide de Dieu qui a créé l’univers et qui peut, Lui, le Père unique, secourir ses enfants.”

Il fait une pause comme pour donner aux gens le temps de choisir entre l’écouter ou se rendre aux bains. Mais la plupart délaissent les bains. Israélites et gentils se pressent pour l’entendre. Des romains sceptiques dissimulent leur curiosité sous des plaisanteries:

“Aujourd’hui il ne manque pas le rhéteur pour que ce lieu ressemble aux Thermes romains” disent-ils.

Le grec Zénon fend la foule en criant:

“Par Zeus! J’allais me rendre à Tarichée, et c’est ici que je te trouve!”

462.6 - Jésus continue:

“Hier, on m’a dit: “C’est difficile de suivre ce que tu fais”. Non, ce n’est pas difficile. Ma doctrine se base sur l’amour, et il n’est jamais difficile de suivre l’amour. Que prêche ma doctrine? Le culte d’un Dieu vrai, l’amour pour notre prochain. L’homme, éternel enfant, a peur des ombres, et il suit des chimères parce qu’il ne connaît pas l’amour. L’amour est sagesse et lumière. Il est sagesse parce qu’il s’abaisse pour instruire, il est lumière parce qu’il vient pour éclairer. Là où se trouve la lumière, les ombres disparaissent, et là où est la sagesse, les chimères périssent. Parmi ceux qui m’écoutent, il y a des gentils. Ils disent: “Où est Dieu?” Ils disent: “Qui nous prouve que ton Dieu soit le vrai?”

Ils disent: “De quelle façon nous assures-tu que tu es véridique dans tes paroles?” Il n’y a pas que les gentils qui le disent. D’autres aussi me demandent: “Par quel pouvoir fais-tu ces choses?” Par le pouvoir qui me vient du Père, du Père qui a mis toutes choses au service de l’homme, sa créature préférée, et qui m’envoie pour instruire les hommes mes frères. Le Père peut-Il, Lui qui a donné le pouvoir aux entrailles du sol de rendre médicamenteuses les eaux des sources, peut-Il avoir limité la puissance de son Christ? Et qui, quel Dieu, sinon le Dieu vrai, peut accorder au Fils de l’homme de faire les prodiges qui recréent les membres détruits? En quel temple d’idoles voit-on que les aveugles recouvrent la vue et les paralytiques le mouvement? En quel temple les mourants, sur le “je le veux” d’un homme, se redressent-ils plus sains que les gens bien portants? Eh bien, Moi, pour louer le Dieu vrai, et pour faire qu’il soit connu et loué par vous, je dis à tous ceux qui sont rassemblés ici, quelles que soient leur race et leur religion, qu’ils auront la santé qu’ils demandent aux eaux et qu’ils l’auront par Moi.

Je suis l’Eau vive qui donne la vie du corps et celle de l’esprit à celui qui croit en Moi, et qui d’un cœur droit opère la miséricorde. Je ne demande pas des choses difficiles. Je demande un mouvement de foi et un mouvement d’amour. Ouvrez votre cœur à la foi. Ouvrez votre cœur à l’amour. Donnez pour posséder. Donnez les pauvres pièces de monnaie pour avoir l’aide de Dieu. Commencez par aimer vos frères. Sachez avoir de la miséricorde. Les deux tiers d’entre vous sont malades à cause de leur égoïsme et de leur concupiscence. Abattez l’égoïsme, freinez vos passions. Vous y gagnerez en santé physique et en sagesse. Abattez votre orgueil, et vous recevrez les bienfaits du vrai Dieu. Je vous demande l’obole pour les pauvres et ensuite je vous ferai le cadeau de la santé.”

462.7 - Jésus lève un pan de son manteau et le tend pour recevoir les pièces. Nombreuses sont les pièces que païens et Israélites s’empressent d’y jeter, et ce ne sont pas seulement les pièces qui y arrivent mais aussi des bagues et d’autres bijoux qu’y jettent avec insouciance des dames romaines qui, lorsqu’elles s’approchent de Jésus, le regardent, et il en est qui Lui murmurent quelque parole et Jésus acquiesce ou répond brièvement.

L’offrande est terminée. Jésus appelle les apôtres pour qu’ils Lui amènent les mendiants, et avec la même rapidité avec laquelle le trésor s’était constitué, le voilà qu’il se disperse jusqu’à la dernière pièce.

Il reste des bijoux que Jésus rend aux donatrices car il n’y a personne susceptible de les échanger contre de l’argent. Pour consoler les donatrices, il leur dit:

“Le désir vaut l’acte. L’offrande est aussi précieuse que si elle avait été distribuée, car Dieu regarde à l’intention de l’homme.”

Puis il se redresse et crie:

“De qui me vient la puissance? Du vrai Dieu. Père, fais que Tu resplendisses en ton Fils. C’est en ton nom que je commande aux malades: allez!”

C’est maintenant le spectacle si souvent vu: les malades qui se lèvent, les estropiés qui se redressent, les paralytiques qui se meuvent, les visages qui se colorent, les yeux qui s’illuminent, le cri des hosannas, les félicitations des romains parmi lesquels il y a deux femmes et un homme guéris et qui, voulant imiter les israélites mais n’arrivant pas à s’humilier comme eux pour baiser les pieds du Christ, s’inclinent, prennent un pan de son vêtement et le baisent.

Et puis Jésus s’éloigne pour échapper à la foule, mais il n’y parvient pas. Sauf quelque gentil obstiné ou quelque hébreu encore plus coupable dans son obstination, tout le monde le suit sur la route qui va à Tarichée.