“Tu le décourages… Il est comme notre père, tu le sais. C’est le vieil Israélite…” murmure Simon.

“Quand il comprendra, il verra que ma conduite, qui maintenant le déconcerte, était sainte…”

460.9 - Ils sont au seuil de la maison. Ils entrent. Jésus commande à Pierre:

“Fais en sorte que la barque soit prête au coucher du soleil. Nous accompagnerons les deux Marie à Tibériade et Simon les accompagnera à la maison. Mathieu viendra avec toi, en plus de tes compagnons pêcheurs. Les autres resteront ici à nous attendre.”

Pierre tire Jésus à part:

“Et s’il vient celui d’Antioche? C’est à cause de Judas de Kérioth que je le dis…”

“Ton Maître te dit que nous le trouverons sur le môle de Tibériade.”

“Ah! Alors!” et à haute voix: “La barque sera prête.”

460.10 - “Mère, monte avec Moi. Nous serons ensemble pendant ces heures.”

Marie le suit sans parler. Ils entrent dans la chambre du haut, fraîche et ombragée par la vigne qui la couvre et par des rideaux installés pour faire de l’ombre.

“Tu t’en vas, mon Jésus?!”

Marie est très pâle.

“Oui, il est temps.”

“Et moi, je ne dois pas venir pour les Tabernacles? Mon Fils…!”

Marie sanglote.

“Maman! Pourquoi? Ce n’est pas la première fois que nous nous quittons!”

“Non. C’est vrai. Mais… Oh! je me rappelle ce que tu m’as dit dans le bois près de Gamla L'annonce que le sacrifice de Marie a déjà été préparé. Cf. EMV 455.4/5. … Mon Fils! Pardonne à une pauvre femme. Je t’obéirai… Moi, avec l’aide de Dieu, je serai forte… Mais je veux une promesse de Toi…”

“Laquelle, ma Mère?”

“Que tu ne me cacheras pas l’heure redoutable. Non pas par pitié, non pas par défiance de moi… Ce serait trop de douleur… et trop de torture… De douleur parce que… j’apprendrais tout à l’improviste et par quelqu’un qui ne m’aime pas comme Toi tu aimes cette pauvre maman… Et ce serait une torture si je pensais que peut-être au moment où je file, où je tisse, où je soigne les colombes, Toi, mon Enfant, tu es mis à mort…”

“Ne crains pas, Mère. Tu sauras… Mais ce n’est pas le dernier adieu. Nous nous verrons encore…”

“Vraiment?”

“Oui. Nous nous verrons encore.”

“Et tu me diras: “Je vais accomplir le Sacrifice”? Oh…”

“Je ne dirai pas cela, mais tu comprendras… Et puis ce sera la paix. Une telle paix… Pense: avoir fait tout ce que Dieu veut de nous, ses fils, pour le bien de tous les autres fils. Une paix si grande… La paix du parfait amour…”

Il l’a serrée sur son cœur et il la tient étroitement dans son embrassement filial, Lui tellement plus grand et plus fort, elle plus menue, jeune de la jeunesse intacte de sa chair et de ce qu’elle exprime, qui couvre l’éternelle jeunesse de son esprit immaculé. Et elle répète héroïque, combien héroïque:

“Oui, oui. Ce que Dieu veut…”

Il n’y a pas d’autre parole. Les deux Parfaits consomment déjà le sacrifice de leur plus dure obéissance. Il n’y a même plus de larmes, ni non plus de baisers. Il n’y a que les Deux qui aiment parfaitement et déposent aux pieds de Dieu leur amour.