“Tu m’as honoré de vouloir partager avec moi le pain et le sel, et le Très-Haut tiendra compte de cet honneur donné aux descendants de David. Tu t’es montré juste pour moi. Mon Frère est accusé par les pharisiens. Hier, ils m’ont dit à moi, chef de la maison, que leur unique douleur était que Jésus délaisse la Judée car, étant le Messie d’Israël, il avait le devoir d’aimer et d’évangéliser également tout Israël. J’ai trouvé juste leur raisonnement et je l’aurais dit à mon Frère. Mais alors, pourquoi parlent-ils ainsi aujourd’hui? Qu’ils disent au moins pourquoi il ne doit pas parler. Il ne me semble pas qu’il dise des choses contraires à la Loi et aux Livres. Donnez la raison et je persuaderai Jésus de parler autrement.”
“Ton discours est juste. Répondez à l’homme…, dit Simon le pharisien. A-t-il dit des choses… sacrilèges?”
“Non. Mais le Sanhédrin l’accuse de diviser, d’essayer de diviser la Nation. Le Roi doit appartenir à Israël, pas seulement à la Galilée.”
“Chère est toute la Patrie, très chère, dans la Patrie, la région natale. Ce n’est pas une raison assez grave pour mériter une punition, c’est l’amour qu’il a pour la Galilée. Du reste, nous venons de David, et par conséquent…”
“Qu’il vienne alors en Judée, qu’il ne nous méprise pas.”
“Tu les entends? C’est un honneur pour Toi et pour la famille!” dit Joseph, un peu goguenard.
“J’entends.”
“Je te conseille de céder à leur désir. Il est bon et tout à fait honorable. Tu dis que tu veux la paix. Mets donc fin, puisque on t’aime dans les deux régions, au dissentiment qui les oppose. Tu le feras certainement. Oh! bien sûr il le fera. Moi, je m’en porte garant pour Lui qui obéit aux aînés.”
“Il est dit: “Il n’y a personne de plus grand que Moi. Il n’y a pas d’autre dieu qui passe avant Moi Exode 20, 1-3 - Deutéronome 5, 6-7. ”. Moi, j’obéirai toujours à ce que Dieu veut.”
“Vous l’entendez? Allez donc en paix.”
“Nous l’entendons. Mais, ô Joseph, avant de partir nous voulons savoir ce que c’est pour Lui ce que Dieu veut.”
“Ce que Dieu veut, c’est que je fasse sa Volonté.”
“Et ce serait? Dis-le.”
“Que je rassemble les brebis d’Israël et que je les réunisse en un seul troupeau. Et je le ferai.”
“Nous prenons note de tes paroles.”
“Ce sera bien. Dieu soit avec vous.”
Et Jésus tourne le dos au groupe de pharisiens et va à la maison.
460.8 - Joseph, son cousin, se met à côté de Lui, à moitié satisfait et, d’un air protecteur, Lui fait remarquer qu’en sachant s’y prendre (comme lui), et en s’appuyant sur les parents (comme heureusement aujourd’hui), en rappelant qu’il a droit au trône (comme descendant de David) et cætera, les pharisiens eux-mêmes deviennent de bons amis.
Jésus l’interrompt en disant:
“Et tu les crois? Tu crois à leurs paroles? En vérité l’orgueil et la louange menteuse suffisent pour couvrir d’un bandeau la vue la plus perçante.”
“Moi, pourtant… je les contenterais. Tu ne peux prétendre qu’ils te portent en triomphe au milieu des hosannas, d’un seul coup… Tu dois les conquérir. Un peu d’humilité, Jésus, un peu de patience. L’honneur mérite tous les sacrifices…”
“Il suffit! Ce sont des paroles humaines et pis encore. Que Dieu te pardonne et qu’il te donne la lumière, frère. Mais écarte-toi car tu me peines. Et tais à ta mère, à tes frères, à ma Mère ces sots conseils.”
“Tu veux te perdre! Tu es la cause de notre ruine et de la tienne!”
“Pourquoi es-tu venu si tu es toujours le même? Je n’ai pas encore souffert pour toi. Mais je le ferai, et alors…”
Joseph s’en est allé, fâché.