“Je suis la Miséricorde. Mon nom d’homme ne te dirait rien. Mais mon attribut te rappelle d’être miséricordieux. Tu as dit: “Celui qui se sert de l’ennemi pour construire contre l’ennemi sert l’ennemi”. Tu as dit une vérité douloureuse. Mais Moi, je t’en dis une lumineuse: “Celui qui n’use pas de miséricorde ne trouvera pas la miséricorde”

“Tu es un rhéteur?”

“Je suis la Miséricorde. Je te l’ai dit.”

Des gens de Gamla, ou qui s’y rendent, disent:

“C’est le Rabbi de Galilée. Celui qui commande aux maladies, aux vents, aux eaux et aux démons et change les pierres en pain, et rien ne Lui résiste. Courons le dire à la ville. Que viennent les malades! Que l’on ait sa Parole! Nous sommes d’Israël, nous aussi!”

Et pendant qu’une partie d’entre eux s’en vont en courant, les autres se serrent autour du Maître.

Le surveillant de tout à l’heure dit:

“Est-ce vrai ce que ces gens disent de Toi?”

“C’est vrai.”

“Fais un miracle et je croirai.”

“On ne demande pas des miracles pour croire. On demande la foi pour croire et obtenir ainsi le miracle. La foi et la pitié pour le prochain.”

“Je suis païen, moi…”

“Ce n’est pas une raison valable. Tu vis en Israël qui te paie…”

“Parce que je travaille.”

“Non. Parce que tu fais travailler.”

“Moi, je sais faire travailler.”

“Oui, sans pitié. Mais tu n’as jamais réfléchi que si, au lieu d’être romain, tu avais appartenu à Israël, tu aurais pu être à la place de l’un d’eux?”

“Hé!… Certainement… Mais je ne le suis pas, grâce à la protection des dieux.”

“Elles ne pourraient te défendre, tes vaines idoles, si le vrai Dieu voulait te frapper. Tu n’es pas mort encore. Sois donc miséricordieux pour obtenir miséricorde…”

L’homme voudrait répliquer, discuter, mais ensuite il hausse les épaules, méprisant, tourne le dos et s’en va frapper quelqu’un qui a cessé de travailler au pic un filon tenace de roche.

Jésus regarde le malheureux qui a été frappé et celui qui l’a frappé. Deux regards d’une même mais différente pitié. Et d’une tristesse si profonde qu’elle me rappelle certains regards du Christ pendant la Passion. Mais que peut-il faire? Impuissant à intervenir, il reprend son chemin avec le poids des malheurs qu’il a vus, pour Lui alourdir le cœur.

455.10 – Mais de Gamla descendent vivement des habitants, des notables certainement, et ils rejoignent Jésus qu’ils saluent profondément en l’invitant à entrer dans la ville pour parler aux habitants qui pour leur compte sont en train d’arriver par bandes.

“Vous, vous pouvez aller où vous voulez. Eux (et il indique les travailleurs) ne le peuvent pas. L’heure est encore fraîche et la position nous garantit du soleil. Allons près de ces malheureux pour qu’eux aussi ils aient la Parole de Vie” répond Jésus.

Et il s’y dirige le premier en revenant sur ses pas, et puis il prend un sentier accidenté qui va exactement en dessous de la montagne, là où le travail est le plus pénible. Il se tourne alors vers les notables et il leur dit:

“S’il est en votre pouvoir de le faire, commandez que le travail soit suspendu.”