“Restons ici en attendant la lune. Ensuite nous partirons de façon à entrer à l’aube dans la ville de Gamla.”

“Mais, Seigneur! Tu ne te souviens pas comment ils t’ont chassé de là? Ils t’ont supplié de t’en aller…” Après l'expulsion des démons "légion" dans le troupeau de porcs précipités dans le lac. Cf. EMV 186.7.

“Eh bien? Je suis parti, maintenant je reviens. Dieu est patient et prudent. À ce moment-là, dans leur agitation, ils n’étaient pas capables d’accueillir la Parole que l’on doit écouter avec une âme paisible pour qu’elle soit fructueuse. Souvenez-vous d’Élie et de sa rencontre avec le Seigneur sur l’Horeb. Pensez qu’Élie était déjà une âme aimée du Seigneur et habituée à l’entendre. Ce fut seulement dans la paix d’une brise légère, quand son âme reposait, après les agitations, dans la paix de la création et de son moi honnête, que le Seigneur parla 1Rois 19,13-18. . Et le Seigneur a attendu que l’agitation, laissée dans cette région, en souvenir de leur passage par la légion des démons - car si le passage de Dieu est paix, le passage de Satan est perturbation - et le Seigneur a attendu que l’agitation tombe et que se refassent limpide le cœur et l’intelligence, pour retourner vers ceux de Gamla qui sont encore ses fils. Ne craignez pas. Ils ne nous feront pas de mal!”

454.6 – La veuve d’Aphéqa s’avance et se prosterne:

“Et chez moi, tu n’y viendras pas, Seigneur? Aphéqa aussi est pleine de fils de Dieu…”

“La route est difficile, et le temps est court. Nous avons les femmes et nous devons revenir pour le sabbat à Capharnaüm. N’insiste pas, femme” dit l’Iscariote d’un air tranchant, comme pour la repousser.

“C’est que… Je voulais qu’il se persuade que je pourrais bien m’occuper de l’enfant.”

“Mais il a sa mère, tu comprends?” dit encore l’Iscariote, et il le dit impoliment.

“Connais-tu des chemins courts entre Gamla et Aphéqa?” demande Jésus à la femme humiliée.

“Oh! oui! Le chemin est montagneux, mais bon; il est frais parce qu’il passe au milieu des bois. Et puis, pour les femmes, moi je paie, on peut prendre des ânes…”

“Je viendrai chez toi pour te consoler, même si je ne peux te donner l’enfant parce qu’il a sa mère. Mais je te promets que si Dieu juge bon que l’innocent mal aimé retrouve de l’amour, je penserai à toi.”

“Merci, Maître. Tu es bon” dit la veuve et elle jette sur Judas un coup d’œil qui veut dire: “Et toi, tu es mauvais.”

L’enfant qui a écouté et compris, au moins en partie, et qui est attaché aussi à la veuve qui l’a conquis par des caresses et par de bons morceaux, un peu par un mouvement naturel de réflexion et un peu par cet esprit d’imitation propre aux enfants, répète exactement ce qu’a fait la veuve, mais au lieu de se prosterner aux pieds de Jésus, il s’attache à ses genoux, en levant sa petite figure que blanchit la clarté de la lune et il dit:

“Merci, Maître, tu es bon.”

Et il ne se borne pas à cela, il veut dire clairement ce qu’il pense, et il termine en disant:

“Et toi, tu es méchant.”

Et il donne un coup de pied à l’Iscariote pour qu’il n’y ait aucune erreur possible sur la personne.

454.7 – Thomas éclate de rire et entraîne les autres, lorsqu’il dit:

“Pauvre Judas! Mais il est dit, vraiment, que les enfants ne t’aiment pas! Chaque fois que l’un d’eux te juge, c’est toujours aussi mal…!” JUDAS JUGÉ PAR LES ENFANTS : Voir notamment l'épisode de Benjamin de Magdala en EMV 184.7 et en EMV 490.6) et de Yabeç-Marziam en EMV 196.6 (et en EMV 365.3/4). En EMV 309.4, on peut lire : "à Judas de Simon… à qui on dirait que le Seigneur parle par la bouche des enfants". De même, le petit-fils de Nahum, un enfant difforme guéri par Jésus, comptera Judas parmi les méchants (EMV 584.6).

Judas a si peu d’esprit qu’il montre sa colère, une colère injuste, sans proportion avec la cause et l’objet qui la provoque, et qui se défoule en arrachant vilainement l’enfant des genoux de Jésus et en le rejetant en arrière pendant qu’il crie:

“Voilà ce qui arrive quand dans les choses sérieuses on joue la comédie. Il n’est pas beau ni utile d’amener après soi une suite de femmes et de bâtards…”

“Cela, non. Son père, tu l’as connu toi aussi, c’était un époux légitime et un juste Jacob de Capharnaüm, père du jeune Alphée. ” fait remarquer sévèrement Barthélemy.

“Eh bien? N’est-il pas maintenant un vagabond, un futur voleur? N’a-t-il pas causé des conversations peu avantageuses sur nous? On l’a cru fils de ta Mère… Et où est l’époux de ta Mère pour justifier un fils de cet âge? Ou bien on le croit fils de l’un de nous, et…”

“Il suffit. Tu parles le langage du monde. Mais le monde parle dans la boue, aux grenouilles, aux couleuvres, aux lézards, à toutes les bêtes immondes…

454.8 – Viens, Alphée, ne pleure pas. Viens à Moi. Moi, je te porterai dans mes bras.”

Grande est la peine de l’enfant. Toute sa douleur d’orphelin, d’enfant repoussé par sa mère, endormie pendant ces jours de paix, revient à la surface, bout, déborde. Plus que les égratignures qu’il s’est faites au front et aux mains, en tombant sur un terrain pierreux, égratignures que les femmes nettoient et baisent pour le consoler, lui pleure sa douleur d’enfant qui n’est pas aimé. Des pleurs longs, déchirants, avec des appels vers le père mort, vers sa mère… Oh! pauvre petit!

Je pleure avec lui, moi que les hommes n’ont jamais sue aimer, et comme lui, je me réfugie dans les bras de Dieu, aujourd’hui, anniversaire des funérailles de mon père; aujourd’hui où une décision injuste me prive de la Communion fréquente…

Jésus le prend, l’embrasse, le berce et le console tout en marchant en avant de tous, avec l’innocent dans ses bras, au clair de lune… Les pleurs tombent lentement et s’espacent, et on peut entendre dans le silence de la nuit la voix de Jésus qui lui dit:

“Je suis ici, Alphée. J’y suis pour tous, pour te tenir lieu de père et de mère. Ne pleure pas. Ton père est près de Moi, et il t’embrasse avec Moi. Les anges ont soin de toi, comme s’ils étaient des mères. Tout l’amour, tout l’amour, si tu es bon et innocent, est avec toi…”

454.9 – C’est maintenant la voix de l’un des trois venus d’Hippos, qui dit:

“Le Maître est bon, et il attire. Mais ses disciples, non. Moi, je m’en vais…”

Puis la voix sévère du Zélote qui dit à l’Iscariote:

“Tu vois ce que tu fais?”

Et ensuite seule la veuve d’Aphéqa reste parmi les femmes disciples et soupire avec elles. On n’entend que le bruit des pas qui peu à peu s’amortit. En effet les trois d’Hippos s’en sont allés. Puis la troupe apostolique s’arrête près d’une vaste grotte qui est peut-être un abri pour les bergers, car le sol est jonché d’une couche de bruyères et de fougères coupées depuis peu qui isolent du sol humide.

“Arrêtons-nous ici. Rassemblons pour les femmes ce lit de la Providence. Nous nous pouvons nous étendre ici dehors, sur l’herbe” dit Jésus.

C’est ce qu’ils font pendant que la pleine lune parcourt le firmament.