Et avec les autres, il y a aussi Jude et Jacques d’Alphée avec leur mère et les disciples de Nazareth: Aser, Ismaël et Simon d’Alphée et aussi, chose rare, Joseph d’Alphée.

Ils se déchargent de leurs sacs: Nathanaël a apporté du miel et Philippe un panier de raisin blond comme les cheveux d’Aurea. Pierre, du poisson mariné, et de même les fils de Zébédée. Matthieu, qui n’a pas de maison tenue par des femmes et par conséquent n’a rien de bon, a apporté une jarre pleine de terre et dedans un mince tronc que je dirais d’après le feuillage, un citronnier ou un oranger ou quelque autre agrume.

Il explique:

“Il donne des primeurs… il faut être allé à Cyrène Ville de l'est de la Lybie (Tripolitaine). D'après les indices fournis par Thomas, la plante pourrait être un bergamotier. De la variété des agrumes, il est réputé pour son parfum : la bergamote. Plante très répandue aujourd'hui en Calabre, son origine est incertaine. Il serait issu du croisement entre l'orange amère et un limettier. pour en avoir. Moi, je connais quelqu’un qui y est allé, un du fisc comme moi autrefois. Maintenant il est en retraite à Hippos.

J’y suis allé pour qu’il me donne le plant parce qu’il faut le mettre en place à la nouvelle lune. Il donnera de bons et beaux fruits. La fleur a un parfum suave et ressemble à une étoile de cire, une étoile comme ton nom… Voici.”

Et il offre la plante à Marie.

“Mais quelle fatigue tu as eue de porter ce poids, Matthieu” Je te suis reconnaissante. Mon jardin se fait de plus en plus beau grâce à vous. Le camphrier de Porphyrée, les roses de Jeanne, ta plante rare, Matthieu, les autres plantes à fleurs apportées par Judas de Kérioth… Que de belles choses, comme vous êtes tous bons pour la Mère de Jésus!”

Les apôtres sont tous émus, pourtant ils se regardent entre eux quand Marie nomme Judas.

440.7 - “Oui. Ils t’aiment bien, mais nous aussi t’aimons bien” dit avec sérieux et fierté Joseph d’Alphée.

“Certainement! Vous êtes les chers fils d’Alphée, mon parent, et de Marie si bonne. Et vous m’aimez bien. Mais cela est naturel, nous sommes parents… Eux, par contre, ne sont pas de notre sang et pourtant ils sont pour moi comme des fils, comme des frères pour Jésus, tant ils l’aiment et le suivent…”

Joseph saisit l’allusion et il s’éclaircit la voix en cherchant ses mots… Il les trouve… Il dit:

“Bien sûr! Mais si moi je ne suis pas encore avec eux, c’est parce que je pense aux conséquences pour Lui, pour toi… et… et… En somme, c’est de l’amour, le mien aussi, spécialement pour toi, pauvre femme, qui restes seule trop longtemps… Et je suis venu dire à Jésus que je suis content qu’il se soit souvenu aussi des besoins de Sa Mère et qu’il ait fait ce qui était utile ici…”

Et, content d’être le chef de la parenté, et de pouvoir louer et réprimander, il se plaît à louanger Jésus pour tous les travaux de menuiserie, de peinture et autres, faits pendant ce mois:

“C’est ce qu’il faut faire! Maintenant on voit que cette femme a un fils! Mais je suis heureux de pouvoir dire que je retrouve mon sage, Jésus de Joseph. Bravo! Bravo!”

Et le sage Jésus de Joseph, le très sage Verbe divin, humilie dans une chair, doux et humble, accueille les louanges mêlées aux… conseils autoritaires du cousin Joseph avec un sourire si doux qu’il sert à freiner toute réaction apostolique intempestive en faveur de Jésus.

Et Joseph, ayant pris le vent, et voyant qu’on l’écoute ainsi ne se borne pas à cela, mais il continue:

“Je veux espérer que désormais Nazareth n’aura plus l’occasion de voir une pauvre mère abandonnée et son fils qui, imprudent, sort des sentiers battus pour suivre des chemins qui ne présentent pas de sécurité dans leurs buts et leurs conséquences. J’en parlerai avec mes amis, avec le chef de la synagogue… Nous te pardonnerons… Oh! Nazareth sera bien heureuse de te rouvrir ses bras comme à un fils qui revient. Et qui revient exemple de vertu pour tous les habitants. Dès demain, moi-même, je t’accompagnerai à la synagogue et…”

440.8 - Jésus lève la main pour imposer silence et calme, mais très résolument, il dit:

“Dans la synagogue, comme fidèle, certainement j’y irai comme j’y suis allé aux autres sabbats. Mais il ne faut pas que tu plaides en ma faveur car une heure après le coucher du soleil, je partirai pour retourner évangéliser comme c’est mon devoir d’obéissance envers le Très-Haut.”

Une grande humiliation pour Joseph!… Très grande!… Toute sa bonhomie vole en éclats, et c’est son intransigeance hostile qui de nouveau affleure:

“C’est bien! Mais ne viens pas me chercher à l’heure du besoin. J’ai fait mon devoir et tes malheurs inévitables ne retombent pas sur moi. Adieu. Ici, je suis de trop car je ne puis vous comprendre et vous ne pouvez me comprendre. Je me retire sans rancœur, mais très affligé… Que le Seigneur te protège, comme Il protège tous ceux qui… sont un peu simples d’esprit, à qui il manque quelque chose… Adieu, Marie! Courage, pauvre Mère!”

“Adieu, Joseph. Mais ce n’est pas pour Lui, c’est pour toi que je dois avoir courage, car tu es celui qui se trouve hors du chemin de Dieu et tu me donnes de la douleur” dit Marie, calme, mais sûre d’elle.

“Tu es un sot, voilà! et si tu n’étais pas maintenant chef de famille, je te frapperais, enfant qui es de mon sang mais pas de mon esprit…” crie Marie d’Alphée.

Et elle continuerait, mais Marie la supplie:

“Tais-toi! Par amour pour moi.”

“Je me tais. Oui. Mais… Mais regardez si je dois voir parmi mes fils un pareil bâtard…!”

Le bâtard, pendant ce temps, s’en est allé alors que la bonne Marie d’Alphée décharge tout ce qu’elle avait sur le cœur pour ce fils têtu Marie d'Alphée a quatre fils, dont deux sont apôtres (Jude et Jacques). Simon est plus indifférent qu'hostile et deviendra un disciple tardif. Mais l'aîné, Joseph, se croit investi d'une autorité mal placée sur Jésus qu'il contrecarre. Ce n'est que tardivement qu'il se convertira comme le prophétise Jésus. .

Et son chagrin se fond en une crise de larmes et, en sanglotant, elle dit ce qui la peine par-dessus tout:

“Et je ne l’aurai pas avec moi dans le Ciel, lui, je ne l’aurai pas! Je le verrai dans les tourments! Oh! Jésus! Fais un miracle!”

“Mais oui, Marie, mais oui! Ne pleure pas! Elle viendra l’heure pour lui aussi. La onzième, peut-être. Mais elle viendra, je te l’assure. Ne pleure pas…” dit Jésus pour la réconforter…

Et une fois les pleurs finis, il dit aux apôtres et aux disciples:

“Venez à l’oliveraie pendant que les femmes préparent leurs affaires. Nous parlerons entre nous.”