440.3 - Alors, tu as une sœur? Traite-la bien, sais-tu? C’est comme une petite colombe de nid, je te le dis, moi qui, par mon métier, suis habitué à traiter avec les femmes. Une petite colombe ingénue, qui a eu grand peur de l’épervier, et qui cherche pour se défendre des ailes maternelles et fraternelles. Si ta mère n’avait pas voulu l’avoir, moi, je l’aurais demandée pour ma sœur jumelle. Un enfant de plus, un de moins! Elle est si bonne, ma sœur, tu sais?”
“Ma mère aussi. Elle a perdu une petite quand elle est restée veuve. Peut-être son lait avait tourné dans la douleur de la mort de son époux… Je m’en souviens à peine de cette petite sœur… et peut-être je ne m’en souviendrais plus si ma mère ne la pleurait souvent et si toute petite pauvre de Bethléem n’avait pas eu droit à la nourriture et aux vêtements de notre maison en souvenir de la petite morte… Mais ayant grandi auprès de ma mère seulement, j’ai fini par avoir un grand amour pour les petites… Elle, je vois qu’elle n’est plus une toute petite… mais je la verrai comme telle, pour son cœur, si elle est comme ma mère et Noémie et toi, vous dites…”
“Sois-en certain. Allons à côté…”
440.4 - Dans l’autre pièce, c’est-à-dire dans la petite salle à manger, se trouvent les femmes, Jésus et le Zélote. Et Myrta, qui est venue avec déjà une grande espérance, est en train de conquérir Aurea en lui essayant un vêtement de lin qu’elle a cousu pour la fillette.
“Elle lui va vraiment bien” dit-elle en le lui enlevant et en la caressant pendant qu’elle lui rajuste le vêtement qui s’était chiffonné quand on mettait le neuf.
“Il va très bien. Mais tout ira bien. Tu verras, ma fille… Oh! voilà mon Abel. Avance, fils. Voici Aurea. Maintenant elle va être à nous, tu le sais?”
“Je le sais, mère, et je me réjouis avec toi.”
Il regarde la fillette… il l’étudie… ses yeux sombres se fixent et se perdent dans les larges iris couleur de ciel pâle. L’examen le satisfait. Il lui sourit et lui dit:
“Nous nous aimerons dans le Seigneur qui nous a sauvés, et nous l’aimerons et nous le ferons aimer. Je serai pour toi un frère spirituel et affectueux. Je le promets devant le Maître et devant ma mère.”
Et avec un beau sourire limpide de jeune homme pur, en route déjà vers une haute spiritualité, il lui tend sa main forte et brune.
Aurea reste hésitante et puis, en rougissant, met sa main gauche dans la main droite qu’on lui présente et elle dit:
“C’est ainsi que nous agirons, dans le Seigneur.”
Les adultes sourient entre eux…
440.5 - “Ici, on peut entrer sans frapper aux portes…”
“Voici Simon de Jonas! Cette fois il n’a pas résisté à la tentation…” dit en riant Thomas tout en courant dehors.
“Oui, je n’ai pas résisté… Paix à Toi, Maître!”
Il embrasse Jésus qui lui rend son baiser.
“Qui peut résister?”
Il voit Marie et il s’incline pour la saluer, puis il reprend:
“Cependant, par scrupule, nous sommes passés par Tibériade et nous avons cherché Judas, pour que… nous soyons tous, hein? Les autres sont en train de venir, Marziam aussi… Je disais donc que nous sommes passés par Tibériade. Hum! oui! pour chercher Judas, pour le cas où… il aurait pensé, au moins au quatrième sabbat, venir à Capharnaüm… Il aurait été ennuyeux que nous fussions tous partis… Et nous l’avons trouvé… oui! Ou plutôt c’est Isaac qui l’a trouvé en allant saluer Jonathas… En effet, Isaac a fini par venir à Capharnaüm pour t’attendre avec je ne sais combien de disciples restés là pour devenir plus sages sous la conduite d’Hermas et d’Etienne, de ton fils, Noémie, et du prêtre Jean… Mais Isaac est venu avec nous, parce que lui aussi meurt de l’envie de te voir… Et, pauvre Isaac! il n’a pas été très bien accueilli par Judas, Mais Isaac doit avoir détruit toute impatience, tout ressentiment, tout emportement pendant sa longue maladie… Il ne réagit jamais! Même si on le gifle, il sourit… Quel homme paisible! Bien. Il nous a dit:
“Judas, moi, je l’ai vu. Il ne vient pas. N’insistez pas”.
J’ai compris. J’ai dit:
“Il t’a mal répondu! Dis-le. Je suis le chef et je dois savoir…”
“Oh! non” a-t-il répondu. “Il ne m’a pas mal répondu, lui, mais son mal. Il faut le plaindre…”…
440.6 - Et plaignons-le… Nous voici, en somme. Et bienheureux de… Voici les autres…”