438.6 - “Toutes les romaines sont-elles pareilles?”
“Oh! à peu près!… Même si elles ne se font pas voir, elles font le mal”
“Quelles sont celles qui ne se font pas voir?”
“Celles qui sont venues chez Lazare à Pâque. Elles sont plus à l’écart… je veux dire qu’elles ne vont pas toujours aux banquets. Mais elles y vont pourtant toujours suffisamment pour que l’on puisse dire qu’elles sont impures.”
“Mais parles-tu ainsi parce que tu en es sûr, ou parce que tes préventions d’hébreux te font parler? Examine-toi, vraiment…”
“Voilà… à vrai dire… je ne sais pas… Je ne les ai plus vues dans les barques de ces dégoûtants… Mais elles vont en barque, la nuit, sur le lac.”
“Tu y vas, toi aussi.”
“Certainement! Quand je veux pêcher!”
“Il fait tellement chaud. Il n’y a que sur le lac, la nuit, qu’il fait frais, Ce sont tes paroles pendant le souper.”
“C’est vrai.”
“Et alors pourquoi ne pas penser que c’est pour ce motif qu’elles aussi y vont?”
L’homme se tait… Puis il dit:
“Il est tard. Les étoiles disent que c’est la seconde veille. Je me retire, Femme. Ne viens-tu pas?”
“Non, je reste ici en prière. Je sortirai de bonne heure. Ne t’étonne pas, si tu ne me trouves pas à l’aube.”
“Tu peux faire ce que tu veux. Anne! Allons! Au lit!”
Il secoue sa femme qui dort à poings fermés. Ils s’en vont.
438.7 - Marie reste seule… Elle s’agenouille et elle prie, elle prie… mais elle ne perd pas de vue les barques qui voguent, les barques des riches, celles qui s’en vont toutes illuminées au milieu des fleurs et des chants et des fumées de l’encens… En grand nombre, elles s’en vont, s’en vont, s’en vont vers l’orient. La distance les rend toutes petites, le bruit des chants n’arrive plus. Il reste une barque solitaire qui resplendit au large dans le miroir d’eau qu’éclaire la lune à son coucher devant Tibériade. Elle va et vient lentement… Marie l’observe jusqu’au moment où elle voit que sa proue se tourne vers le rivage.
Alors Marie se lève en disant:
“Seigneur, aide-moi! Fais que ce soit…”
Puis elle descend, légère, le petit escalier, entre doucement dans une pièce dont la porte est entrouverte… À la blanche clarté de la lune, il est possible de distinguer un petit lit. Marie se penche sur lui et elle appelle:
“Marie! Marie! Réveille-toi! Nous partons!”
Marie d’Alphée s’éveille, et étourdie par le sommeil, elle demande en se frottant les yeux:
“C’est déjà l’heure de partir! Comme le jour s’est levé tôt!”
Elle est tellement abasourdie qu’elle ne se rend pas compte que ce n’est pas la clarté de l’aube mais la faible phosphorescence de la lune qui entre par la porte ouverte, Elle s’en aperçoit pourtant quand elle est dehors sur le coin de terre cultivée qui est devant la maison du batelier.
“Mais, il fait nuit!” s’écrie-t-elle.