“Pardonne-moi! Pardonne-moi! Ne me dis pas que je te donne de la douleur et que je ne sers pas mon Jésus! Oui, oui! Je suis très imparfaite, je mérite le reproche, mais je ne le ferai plus… Je viens, je viens! Même en l’Enfer, si tu y vas arracher une âme pour la donner à Jésus… Donne-moi un baiser, Marie, pour dire que tu me pardonnes…”
Marie l’embrasse et elles reprennent la route, agiles, réanimées par l’amour…
438.3 - Les voilà à Tibériade, du côté du petit port des pêcheurs. Elles cherchent la maisonnette de Joseph, le batelier disciple… Elles la trouvent, elles frappent…
“La Mère de mon Maître! Entre, ô Femme! Et que Dieu soit avec toi et avec moi qui te donne l’hospitalité. Entre toi aussi, et que la paix soit avec toi, mère des apôtres.”
Elles entrent alors que la femme et la toute jeune fille du batelier accourent pour les saluer, suivies d’une nichée d’enfants plus petits…
La nourriture frugale est vite prise, et Marie de Cléophas Marie, femme d'Alphée, comme indiqué en début du chapitre, est aussi la fille de Cléophas. Elle est alternativement appelée ainsi car à Nazareth il y avait plusieurs Marie d'Alphée qu'il fallait distinguer. , fatiguée, se retire avec les enfants de la maison. Restent sur la terrasse élevée, de laquelle on voit le lac - on l’entend plutôt qu’on ne le voit car il n’y a pas encore de lune - qui bat le rivage, restent donc Marie très Sainte, le batelier et sa femme, qui s’efforce de tenir compagnie mais qui somnole en réalité en dodelinant de la tête.
“Elle est fatiguée…!” dit Joseph pour l’excuser.
“La malheureuse!
438.4 - Les maîtresses de maison sont toujours lasses le soir.”
“Oui, elles travaillent. Elles ne sont pas comme celles qui se prennent du bon temps!” dit avec mépris le batelier en montrant des barques illuminées qui se détachent de la rive au milieu des chants et de la musique. “C’est maintenant qu’elles sortent, elles! C’est maintenant que commence pour elles la fatigue! Quand dorment les personnes comme il faut. Et elles font tort aux travailleurs car elles vont soi-disant pêcher dans les meilleurs endroits, en nous obligeant à fuir, nous qui tirons du lac le pain pour la famille…”
“Qui est-ce?”
“Des romaines et leurs pareilles. Et parmi elles, compte Hérodiade, son impudique fille, et aussi d’autres femmes d’Israël… Car des Marie de Magdala, nous en avons beaucoup… Je parle de Marie avant son repentir…”
“Ce sont des malheureuses…”
“Malheureuses? C’est nous qui sommes malheureux, nous qui ne les lapidons pas pour purifier Israël de celles qui sont corrompues et qui nous apportent les malédictions de Dieu.”
Pendant ce temps d’autres barques se détachent et le lac rougit des lumières des barques des jouisseurs.
“Tu sens cette odeur de résines? Ils s’enivrent avec la fumée pour commencer, puis ils font le reste au cours des banquets. Ils sont capables d’aller aux sources chaudes de l’autre rive… Dans ces Thermes… Ce sont des choses infernales qui y arrivent! Ils reviendront à l’aube, à l’aurore, peut être plus tard… ivres, entassés les uns sur les autres comme des sacs, hommes et femmes, et les esclaves les porteront à l’intérieur de leurs maisons pour que passe l’orgie… Justement toutes les belles barques sortent ce soir! Regarde! Regarde!… Mais j’ai plus de colère contre les juifs qui s’y trouvent que contre eux. Eux… on le sait! Animaux sans vergogne. Mais nous!…
438.5 - Femme, tu le sais qu’il y a ici Judas l’apôtre?”
“Je le sais.”
“Il ne donne pas le bon exemple, sais-tu?”
“Pourquoi? Il va avec ces gens?”
“Non… mais… de mauvais compagnons… et une femme. Moi, je ne l’ai pas vu… Aucun de nous ne l’a vu en cette compagnie. Mais des pharisiens nous ont raillé en nous disant; “Votre apôtre a changé de maître. Maintenant il a une femme et il se trouve en bonne compagnie avec des publicains”.
“Ne porte pas de jugement, Joseph, d’après ce que tu as seulement entendu dire. Tu sais que les pharisiens ne vous aiment pas et qu’ils ne louent pas non plus le Maître.”
“C’est vrai… Mais le bruit court… et cela fait du tort…”
“Comme il est né, il tombera. Toi, ne pèche pas contre ton frère. Où loge-t-il? Le sais-tu?”
“Oui. Chez un ami, je crois. Quelqu’un qui a un commerce de vin et d’épices. Le troisième magasin à l’est du marché, après la fontaine…”