“Etes-vous passés par Cana?”

“Non. Nous ne voulions pas allonger le chemin… Mais malgré cela, il a été quand même très long. Et le poisson s’en allait… Nous l’avons donné dans une maison, pour nous abriter pendant quelques heures, les plus chaudes. Et nous sommes partis après l’heure de none au milieu de l’heure suivante 15h00 + 1 = 16h00. … Un vrai four…!”

“Vous pouviez vous épargner tout cela. Moi, je n’aurais pas tardé de venir…”

“Quand?”

“Après que le soleil serait sorti du Lion.”

“Et il te semble que l’on pouvait rester si longtemps sans Toi? Mais nous aurions défié mille chaleurs comme celle-là pour venir à Toi et te voir. Notre Maître! Notre Maître adoré!” Et Pierre embrasse son Trésor retrouvé.

“Et penser que quand nous sommes ensemble, vous ne faites que vous plaindre du temps, de la longueur du chemin…”

“Parce que nous sommes sots. Parce que quand on est ensemble, on ne se rend pas bien compte de ce que tu es pour nous…

Mais nous voici ici. Nous avons déjà une place: qui chez Marie d’Alphée, qui chez Simon d’Alphée, qui chez Ismaël, qui chez Aser, qui chez Alphée, tout près d’ici. Maintenant on se repose, et demain soir on repart, plus contents.”

435.5 - “Au dernier sabbat, nous avons eu Myrta et Noémi, venues pour revoir la fillette” dit Thomas.

“Tu vois que l’on vient ici dès qu’on le peut?”

“Oui, Pierre. Et vous, qu’avez-vous fait pendant ce temps-là?”

“Pêché… verni les barques… réparé les filets… À présent Margziam sort souvent avec les garçons, ce qui fait diminuer les reproches de ma belle-mère contre “le paresseux qui fait mourir de faim sa femme après même lui avoir amené un bâtard”. Et penser que Porphyrée n’a jamais été aussi bien que maintenant qu’elle a Margziam, pour le cœur et… pour tout le reste. Les brebis de trois sont devenues cinq, et bientôt il y en aura davantage… Ce n’est pas peu utile pour une petite famille comme la nôtre! Et Margziam, avec la pêche, supplée à ce que je ne fais plus que bien rarement, mais cette femme a une langue de vipère, bien que sa fille en ait une de colombe… Mais Toi aussi, tu as travaillé, je vois…”

“Oui, Simon. Nous avons travaillé, tous. Mes frères dans leur maison, Moi, avec eux dans la mienne, pour faire plaisir à nos mères et les faire reposer.”

“Eh bien! Nous aussi” disent les fils de Zébédée.

“Et moi, mon épouse, en travaillant aux ruches et aux vignes” dit Philippe.

“Et toi, Mathieu?”

“Moi, je n’ai personne à qui faire plaisir… et alors, je me suis fait plaisir à moi-même en écrivant les choses dont il me plaît davantage de me souvenir…”

“Oh! alors nous te dirons la parabole du vernis, C’est moi qui l’ai provoquée, qui suis un peintre très inexpérimenté…” dit le Zélote.

“Mais tu as eu vite appris le métier. Regardez Comme il a bien lissé ce siège!” dit le Thaddée.

L’accord entre eux est parfait La tradition les donne très proches l'un de l'autre. Ils subirent le martyre en Perse. . Et Jésus, avec un visage plus reposé depuis qu’il est dans sa maison, étincelle de joie, d’avoir autour de Lui ses chers apôtres.

435.6 - Aurea entre et elle reste toute surprise sur le seuil.

“Oh! la voilà! Mais regarde comme elle est bien! Vraiment elle semble une petite israélite avec ce vêtement!”

Aurea devient pourpre et ne sait que dire, mais Pierre est si débonnaire et paternel, qu’elle se reprend ensuite et dit:

“Je m’efforce de le devenir et… avec ma Maîtresse, j’espère l’être bientôt… Maître, je vais dire à ta Mère qu’ils sont ici…” et elle se retire de suite.

“C’est une bonne fillette” déclare le Zélote.

“Oui. Je voudrais qu’elle reste pour nous d’Israël. Barthélemy a perdu une bonne occasion et une joie, en la repoussant…” dit Thomas.

“Barthélemy est très attaché aux… formules” dit Philippe pour l’excuser.

“C’est son unique défaut” observe Jésus. Marie entre…

“Paix à toi, Marie” disent ceux qui sont venus de Capharnaüm.

“La paix à vous… Je ne savais pas que vous étiez ici. Maintenant, je vais m’en occuper tout de suite… Venez, en attendant…”

“Notre mère va venir de la maison avec de la nourriture, et aussi Salomé. Ne te préoccupe pas, Marie” dit Jacques d’Alphée.

“Allons au jardin… Le vent du soir se lève et l’on est bien…” dit Jésus.

Et ils entrent dans le jardin, en s’assoyant çà et là, en conversant fraternellement, pendant que les colombes roucoulent en se disputant le dernier repas qu’Aurea répand sur le sol… Puis on arrose les parterres fleuris ou simplement garnis des légumes nécessaires à l’homme. Et ce sont les apôtres qui veulent le faire, joyeusement, pendant que Marie d’Alphée, qui est arrivée, prépare avec Aurea et Marie le repas des hôtes. Et l’odeur des mets qui grésillent se mêle à celui de la terre arrosée, comme les cris des oiseaux qui se disputent vivement une place dans les feuillages se mêlent aux voix graves et aiguës des apôtres…