“Vous serviriez la Patrie au contraire, en la rendant moralement et spirituellement plus forte par la possession et la protection de Dieu, en plus de son armée et de ses richesses. Rome, la Ville mondiale, la Ville de la religion universelle!… Pensez…”

Un silence… Puis Livia dit, en rougissant comme une flamme:

426.6 – “Maître, il y a quelque temps, nous te cherchions aussi dans les pages de notre Virgile Le grand poète Virgile (Publius Vergilius Maro, 70- 26 av. JC) écrit dans la 4ème Eglogue de ses Bucoliques : "Voici les derniers temps marqués par l'oracle de la Sibylle de Cumes : la longue série des siècles recommence. Voici venir la Vierge, et le règne de Saturne. Voici descendre du ciel une race nouvelle. Un enfant nouveau-né sous le règne de l'Empereur Auguste éliminera la génération de fer et suscitera par tout le monde une génération d'or". . Parce que pour nous ont plus de valeur les… prophéties de ceux qui sont vierges de toute la foi d’Israël, que celles de vos prophètes, chez lesquels on pourrait sentir l’influence de croyances millénaires… Et entre nous, on discute… En confrontant ceux qui en tout temps, en toute nation et religion, t’ont pressenti.

Mais personne ne t’a pressenti aussi justement que notre Virgile. Combien en avons nous parlé ce jour-là même avec Diomède, l’affranchi grec, astrologue, cher à Claudia! Lui soutenait que cela arrivait parce que les temps étaient plus proches et que les astres parlaient par leurs conjonctions… Et à l’appui de sa thèse, il apportait le fait des trois Sages des trois pays d’Orient, venus pour t’adorer enfant, en provoquant

le massacre qui horrifia Rome… Mais nous n’avons pas été convaincues parce que… pendant plus de cinquante ans, aucun des sages du monde entier n’a plus parlé de Toi en invoquant les astres, bien qu’ils fussent plus proches encore de ta manifestation actuelle. Claudia s’est écriée: “Il nous faudrait le Maître! Lui donnerait la parole de vérité et nous saurions le lieu et le destin immortel de notre plus grand poète!” Voudrais-tu nous dire… pour Claudia… Un cadeau pour nous montrer qu’elle ne t’est pas odieuse pour avoir douté de Toi.”

“J’ai compris sa réaction de romaine et je ne lui ai pas gardé rancune. Rassurez-la, et écoutez. Virgile n’a pas été grand uniquement comme poète, n’est-ce pas?”

“Oh! non! Comme homme aussi. Au milieu d’une société déjà corrompue et vicieuse, il fut lumineux de pureté spirituelle. Personne ne peut dire l’avoir vu luxurieux, amateur d’orgies et de débauches. Ses écrits sont chastes, mais plus chaste fut son cœur. C’est au point que dans les lieux qu’il habitait le plus, on l’appelait “la jeune fille”, les vicieux par mépris, les bons par vénération.”

“Et donc, dans l’âme limpide d’un homme chaste, Dieu n’aurait pas pu se refléter, même si cet homme était païen? La Vertu parfaite n’aurait pas aimé l’homme vertueux? Et si l’amour et la vue du Vrai lui ont été accordés à cause de la pure beauté de son esprit, ne pourra-t-il pas avoir eu un éclair prophétique? D’une prophétie qui n’est pas autre chose que la vérité qui se révèle à celui qui mérite de connaître le Vrai pour le récompenser et le pousser à une vertu toujours plus grande?”

“Alors… il t’a réellement prophétisé?”

“Son esprit enflammé de pureté et de génie s’est élevé jusqu’à la connaissance d’une page qui me concerne, et on peut l’appeler le poète païen et juste, un esprit prophétique et préchrétien récompensant ses vertus.”

“Oh! Notre Virgile!! Et il sera récompensé?”

“J’ai dit: “Dieu est juste”. Mais vous, n’imitez pas le poète en vous arrêtant à ses limites. Allez de l’avant, parce qu’à vous la Vérité ne s’est pas manifestée par intuition ni partiellement, mais complètement, et elle vous a parlé.”

426.7 – “Merci, Maître… Nous nous retirons. Claudia nous a dit de te demander si elle pouvait t’être utile dans une question morale” dit Plautina, sans donner suite à la remarque de Jésus.

“Et elle vous a dit de m’en parler, si je n’étais pas un usurpateur…”

“Oh! Maître! Comment le sais-tu?”

“Je suis plus que Virgile et que les prophètes…”

“C’est vrai! Tout est vrai! Pouvons-nous te servir?..”

“Pour Moi, je n’ai besoin que de foi et d’amour. Mais il y a une créature qui est en grand danger et dont l’âme sera tuée ce soir. Claudia pourrait la sauver.”

“Ici? Qui? Une âme tuée?”

“Un de vos patriciens donne un festin et…”

“Ah! Oui! Ennius Cassius, Mon mari aussi est invité…” dit Livia.

“Et le mien aussi…”

“Et nous aussi, vraiment. Mais puisque Claudia s’abstient d’y aller, nous aussi nous nous en abstiendrons. Dans le cas où nous y serions allées, nous avions décidé de nous retirer tout de suite après le souper… Car… Nos soupers finissent en orgies… que nous ne pouvons plus supporter… Et avec le dédain d’épouses négligées, nous y laissons nos maris…” dit Livia.

“Pas avec dédain… Mais avec pitié de leur misère morale” corrige Jésus.

“C’est difficile, Maître. Nous savons ce qui s’y passe…”