“Ah! j’ai compris. Mais… vous êtes lépreuses?”
“Non.”
“Qui me le prouve?”
“Lui-même. Demande-le-lui.”
L’homme hésite… Puis il dit:
“Bien. Je ferai un acte de foi et Dieu me protégera… Je vais l’appeler. Restez ici.”
Les femmes, quatre, ne bougent pas, groupe grisâtre et muet, que regardent avec étonnement et une crainte manifeste les cordiers qui se sont réunis à quelques pas de distance.
426.3 – L’homme va dans le magasin et touche Jésus, qui dort.
“Maître… Viens dehors. On te cherche.”
Jésus s’éveille et il se lève tout de suite en demandant:
“Qui?”
“Je ne sais pas!… Des femmes grecques… toutes couvertes… Elles disent qu’elles ne sont pas lépreuses et que tu peux me le certifier…”
“Je viens de suite” dit Jésus en laçant ses sandales qu’il avait enlevées et le col de son vêtement et en renouant sa ceinture qu’il avait défaite pour être plus libre pendant le sommeil.
Et il sort avec le cordier. Les femmes esquissent le geste d’aller à sa rencontre.
“Restez là, vous dis-je! Je ne veux pas que vous marchiez là où jouent mes enfants… D’abord je veux que Lui dise que vous êtes saines.”
Les femmes s’arrêtent. Jésus les rejoint. La plus grande, non celle qui auparavant a parlé en grec, dit un mot à mi-voix. Jésus se tourne vers le cordier:
“Simon, tu peux être tranquille. Les femmes sont saines et j’ai besoin de les écouter en paix. Puis-je entrer dans la maison?”
“Non. La vieille est bavarde et curieuse plus qu’une pie. Va là, au fond, sous le hangar des bassins. Il y a une petite pièce où tu seras seul et tranquille.”
426.4 – “Venez…” dit Jésus aux femmes.
Et il va avec elles au fond de la place, sous le hangar empuanti, dans une pièce étroite comme une cellule où se trouvent des outils en mauvais état, des chiffons, des déchets de chanvre, des araignées géantes, et où l’odeur du rouissage et de moisi est si forte qu’elle prend à la gorge. Jésus, qui est très sérieux et très pâle, a un léger sourire en disant:
“Ce n’est pas un endroit qui flatte vos goûts… Mais je n’en ai pas d’autre…”
“Nous ne voyons pas l’endroit parce que nous regardons Celui qui l’habite en ce moment” répond Plautina en enlevant son voile et son manteau, imitée par les autres qui sont Lydia, Valeria, et l’affranchie Albula Domitilla.
“Je conclus de cela que, malgré tout, vous me croyez encore un juste.”
“Plus qu’un juste. Et Claudia nous envoie justement parce qu’elle croit que tu es plus qu’un juste et qu’elle ne tient pas compte des paroles qu’elle a entendues. Cependant elle veut que tu le confirmes pour doubler la vénération qu’elle te porte.”
“Ou me l’enlever si je lui apparais sous le jour où ils ont voulu me faire voir. Mais rassurez-la: je n’ai pas de visées humaines. Mon ministère et mon désir sont totalement et seulement surnaturels. Oui, je veux réunir dans un royaume unique tous les hommes. Mais quoi, des hommes? La chair et le sang? Non. Cela, je le laisse, matière instable, aux monarchies instables, aux empires incertains. Je ne veux réunir sous mon sceptre que les esprits des hommes, esprits immortels dans un royaume immortel. Je répudie tout autre sens de ma volonté, donné par qui que ce soit, et différent de celui-là, Et je vous prie de croire et de dire à celle qui vous envoie que la Vérité n’a qu’une seule parole…”