Pourquoi ne nous traites-tu pas bien? Il ne t’a pas suffi de nous avoir confinés dans le royaume de l’enfer? Il ne te suffit pas de venir, d’être venu pour nous arracher l’homme? Pourquoi nous repousses-tu là-bas? Laisse-nous habiter dans nos proies! Toi, grand et puissant, passe et conquiers, si tu le peux, mais laisse-nous jouir et nuire. C’est pour cela que nous existons. Oh! mau… Non! Je ne peux pas le dire! Ne te le fais pas dire! Ne te le fais pas dire! Je ne puis te maudire! Je te hais! Je te persécute! Je t’attends pour te torturer! Je te hais, Toi et Celui de qui tu procèdes, et je hais Celui qui est votre Esprit. L’Amour, je le hais, moi qui suis la Haine! Je veux te maudire! Je veux te tuer! Mais je ne peux pas. Je ne peux pas! Je ne peux pas encore! Mais je t’attends, ô Christ, je t’attends. Je te verrai mort! Oh, heure de joie! Non! Pas de joie! Toi, mort? Non, pas mort. Et moi vaincu! Vaincu! Toujours vaincu!… Ah!!!…”

Le paroxysme est à son comble.

Jésus s’avance vers le possédé en le tenant sous le rayonnement de ses yeux magnétiques. Il est tout seul, maintenant, Jésus. Les apôtres et le peuple sont restés en arrière; celui-ci derrière les apôtres et les apôtres à une trentaine de mètres au moins de Jésus.

Des habitants du village, qui paraît très peuplé et qui me paraît aussi riche, sont sortis, attirés par les cris, et ils regardent la scène, tout prêts eux aussi à s’enfuir comme l’autre groupe. Voici la disposition de la scène: au centre le possédé et Jésus, à quelques mètres désormais l’un de l’autre; en arrière de Jésus, à gauche, les apôtres et des gens du peuple; à droite, derrière le possédé, les citadins.

420.5 – Jésus, après lui avoir commandé de se taire, n’a plus parlé. Il fixe seulement le possédé. Mais maintenant Jésus s’arrête et lève les bras, les tend vers le possédé, il va parler. Les cris deviennent vraiment infernaux. Le possédé se contorsionne, saute à droite, à gauche, en l’air. Il semble qu’il veuille ou s’enfuir ou s’élancer, mais il ne le peut. Il est cloué là et, en dehors de son continuel tortillement, aucun mouvement ne lui est permis.

Quand Jésus tend les bras, les mains tendues comme s’il faisait un serment, le fou crie plus fort et après avoir fait tant d’imprécations, ri et blasphémé, il se met à pleurer et à supplier.

“À l’enfer, non! Non, pas à l’enfer! Ne m’y envoie pas! Elle est horrible ma vie même ici, dans cette prison d’homme, car je voudrais parcourir le monde et mettre en pièces tes créatures. Mais là, là, là!… Non! Non! Non! Laisse-moi dehors!…”

“Sors de lui. Je te le commande.”

“Non!”

“Sors!”

“Non!”

“Sors!”

“Non!”

“Au nom du Dieu vrai, sors!”

“Oh! Pourquoi tu me vaincs? Mais je ne sors pas, non. Tu es le Christ, Fils de Dieu, mais moi je suis…”

“Qui es-tu?”

“Je suis Belzébuth, je suis Belzébuth, le maître du monde, et je ne me soumets pas. Je te défie, ô Christ!”

Le possédé s’immobilise tout à coup, raide, presque hiératique, et il fixe Jésus de ses yeux phosphorescents, remuant à peine les lèvres pour prononcer des paroles inintelligibles, les mains vers les épaules et les coudes pliés, il fait de légers mouvements.

Jésus aussi s’est arrêté; maintenant, les bras croisés sur la poitrine, il le fixe. Jésus aussi remue à peine les lèvres, mais je n’entends pas de paroles.

420.6 – Les spectateurs attendent, mais ils ne sont pas tous du même avis:

“Il n’y arrive pas!”

“Si, maintenant le Christ y arrive.”

“Non, c’est l’autre qui a le dessus.”

“Il est vraiment fort.”

“Oui.”