“Et tu es son Fils.”

“Comment peux-tu le savoir?”

“Hé! on le dit, et puis nous sommes du fleuve et nous savons ce que tu as fait, il y a trois lunes. Qui arrête une crue, s’il n’est pas Fils de Dieu Cf. EMV 361. ?”

“Et Moïse? Et Josué?”

“Ils agissaient au nom de Dieu et pour sa gloire, et ils l’ont pu, parce qu’ils étaient saints. Tu l’es plus qu’eux.”

“Le feras-tu, Maître?”

“Je le ferai si nous le rencontrons.”

420.3 – Ils continuent leur route. La chaleur qui augmente les amène à quitter la route et à chercher du repos dans un bouquet d’arbres qui sont le long du fleuve, qui n’est plus troublé comme quand il était en crue. Mais bien qu’il soit encore riche en eaux, les eaux sont tranquilles et bleues et toutes scintillantes sous le soleil.

Le sentier s’élargit et l’on aperçoit un groupe de maisons blanches. On doit approcher d’un village. Aux abords se trouvent des petites constructions très blanches et avec une seule ouverture dans une paroi; une partie sont ouvertes, les autres sont fermées hermétiquement. Autour, il n’y a personne. Elles sont éparses sur un terrain aride et inculte qui semble abandonné. Il n’y a que des mauvaises herbes et des cailloux.

“Va-t-en! Va-t-en! Recule ou je te tue!”

“Voilà le possédé qui nous a vus! Moi, je m’en vais.”

“Et moi, aussi.”

“Et moi, je vous suis.”

“Ne craignez rien. Restez et voyez.”

Jésus montre tant d’assurance que les hommes… courageux obéissent. Pourtant, ils se mettent derrière Jésus. Les disciples aussi restent en arrière. Jésus s’avance seul et solennel comme s’il ne voyait et n’entendait rien.

“Va-t-en!”

Le cri est déchirant: il participe du grondement et du hurlement. Il paraît impossible qu’il puisse sortir d’une gorge humaine.

“Va-t-en! En arrière! Je te tue! Pourquoi me poursuis-tu? Je ne veux pas te voir!”

Le possédé bondit, complètement nu, brun, avec la barbe et les cheveux longs et ébouriffés. Les mèches noires et hirsutes remplies de feuilles sèches et de poussière, retombent sur ses yeux torves, injectés de sang, qui roulent dans leurs orbites, jusque sur la bouche ouverte dans ses cris et ses éclats de rire de fou, qui semblent un cauchemar, sur la bouche qui écume et saigne car le forcené la frappe avec une pierre pointue et il dit:

“Pourquoi je ne peux pas te tuer? Qui lie ma force? Toi? Toi?”

420.4 – Jésus le regarde et avance.

Le fou se roule sur le sol, il se mord, écume encore davantage, se frappe avec son caillou, se redresse, pointe son index vers Jésus qu’il fixe bouleversé et il dit:

“Écoutez! Écoutez! Celui qui vient, c’est…”

“Tais-toi, démon de l’homme! Je te le commande.”

“Non! Non! Non! Je ne me tais pas, non, je ne me tais pas. Qu’y a-t-il entre nous et Toi?