“Non.”
Jésus desserre ses bras. Son visage est un éclat impérieux. Sa voix est un tonnerre.
“Sors. Pour la dernière fois, sors, ô Satan! C’est Moi qui commande!”
“Aaaaah!”
(c’est le cri prolongé d’un déchirement infini. Plus que celui de quelqu’un que l’on transperce lentement d’une épée). Et puis le cri se transforme en paroles:
“Je sors, oui, tu m’as vaincu. Mais je me vengerai. Tu me chasses, mais tu as un démon à ton côté et j’entrerai en lui pour le posséder, en l’assaillant de tout mon pouvoir. Et ce ne sera pas ton commandement qui l’arrachera à moi. En tout temps, en tout lieu, je m’engendre des fils, moi, l’auteur du Mal. Et comme Dieu s’est engendré de Lui-même, moi, voilà que je m’engendre de moi-même. Je me conçois dans le cœur de l’homme, et lui m’enfante, il enfante un nouveau Satan qui est lui-même, et j’en jubile, je jubile d’avoir une pareille descendance! Toi et les hommes, vous trouverez toujours ces créatures qui m’appartiennent, qui sont autant d’autres moi-même. Je vais, ô Christ, prendre possession de mon nouveau royaume, comme tu veux, et je te laisse cette loque maltraitée par moi. En échange de celui que je te laisse, aumône que Satan te fait à Toi, Dieu, j’en prends pour moi mille et dix mille maintenant, et tu les trouveras quand Toi tu seras une loque dégoûtante de chair exposée à la risée des chiens. Dans la succession des temps j’en prendrai dix mille et cent mille pour en faire mon instrument et ton tourment. Tu crois me vaincre en levant ton Signe? Les miens l’abattront et je vaincrai… Ah! non, je ne te vaincs pas! Mais je te torture en Toi et dans les tiens!…”
On entend un fracas comme un coup de foudre mais il n’y a pas de lueur d’éclair ni de grondement de tonnerre, seulement un éclatement sec et déchirant et, alors que le possédé tombe comme mort sur le sol et y reste, près des disciples un gros tronc tombe à terre, comme si à environ un mètre du sol il avait été scié par une scie foudroyante. Le groupe apostolique a juste le temps de s’écarter, puis les gens du peuple s’enfuient de tous côtés.
420.7 – Mais Jésus, qui s’est penché sur l’homme jeté à terre et l’a pris par la main se retourne, restant ainsi penché et avec la main de l’homme délivré dans la sienne, il dit:
“Venez. Ne craignez rien!”
Les gens s’approchent, craintifs.
“Il est guéri. Apportez un vêtement.”
Quelqu’un part en courant.
L’homme revient à lui tout doucement. Il ouvre les yeux et rencontre le regard de Jésus. Il se met assis. Avec sa main libre, il s’essuie la sueur, le sang et la bave, il rejette en arrière ses cheveux, se regarde, se voit nu devant tant de gens et il a honte de lui. Il se recroqueville sur lui-même et demande:
“Qu’est-ce qu’il y a? Qui es-tu? Pourquoi suis-je ici, nu?”
“Rien, ami. Maintenant, on va t’apporter des vêtements et tu vas retourner à ta maison.
“D’où est-ce que je viens? Et Toi, d’où viens-tu?” Il parle avec la voix fatiguée et blanche d’un malade.
“Moi, je viens de la Mer de Galilée.”
“Et comment me connais-tu? Pourquoi me secours-tu? Comment t’appelles-tu?”
Des hommes arrivent avec un vêtement qu’ils présentent au miraculé, et arrive une pauvre vieille en pleurs qui serre l’homme guéri sur son cœur.
“Mon fils!”
“Maman, pourquoi m’as-tu laissé si longtemps?”
La pauvre vieille pleure plus fort, l’embrasse et le caresse. Peut-être lui dirait-elle d’autres paroles, mais Jésus la domine du regard et lui en inspire d’autres, plus affectueuses:
“Tu as été si malade, mon fils! Loue Dieu qui t’a guéri et son Messie qui a opéré au nom de Dieu.”
“Lui? Comment s’appelle-t-il?”
“Jésus de Galilée, mais son nom est Bonté. Baise-lui les mains, fils, dis-lui qu’il te pardonne pour ce que tu as fait ou dit… Certainement tu as parlé dans ta…”