“Mais ils t’empêcheront d’aller!”

“Non. Ils me persécuteront en me faisant marcher pour étudier chacun de mes pas, en me faisant parler pour scruter chaque parole, en me surveillant comme les limiers suivent leur proie pour avoir… quelque chose, qui puisse paraître une faute… et tout leur servira…”

Marthe, toujours si réservée, éprouve tant de pitié qu’elle lève la main comme pour une caresse sur la joue amaigrie, mais elle s’arrête en rougissant, et elle dit:

“Pardon! Tu m’as fait la même peine que me fait notre Lazare! Pardonne-moi, Seigneur, de t’avoir aimé comme un frère souffrant!”

“Je suis le frère souffrant… Aimez-moi d’un pur amour de sœurs…

415.3 – Mais Lazare que fait-il?”

“Il languit, Seigneur…” répond Marie.

Et elle donne libre cours aux larmes qui déjà lui piquent les yeux avec cet aveu qui se joint à la peine de voir son Maître ainsi affligé.

“Ne pleure pas, Marie, ni pour lui ni pour Moi. Nous faisons la divine volonté. On doit pleurer sur ceux qui ne savent pas faire cette volonté…”

Marie se penche pour prendre la main de Jésus et elle baise l’extrémité des doigts.

Pendant ce temps, ils sont arrivés à la maison et ils entrent en allant tout de suite trouver Lazare, pendant que les apôtres se reposent en se rafraîchissant avec ce que leur apportent les serviteurs.

Jésus se penche sur Lazare qui est émacié, de plus en plus émacié, et il l’embrasse en souriant pour soulager la tristesse de son ami.

“Maître, comme tu m’aimes! Tu n’as même pas attendu le soir pour venir à moi, par cette chaleur…”

“Mon ami, Moi je jouis de toi, et toi de Moi. Le reste n’est rien.”

“C’est vrai, ce n’est rien. Même ma souffrance n’est rien pour moi… Maintenant je sais pourquoi je souffre, et ce que je puis avec ma souffrance.”

Lazare sourit d’un sourire intime, spirituel.

“C’est ainsi, Maître. On dirait presque que notre Lazare voit avec plaisir la maladie et…” et un sanglot brise la voix de Marthe qui se tait.

“Mais oui, dis-le simplement: et la mort. Maître, dis-leur qu’elles doivent m’aider comme font les lévites auprès des prêtres.”

“À quoi, mon ami?”

“À consommer le sacrifice…”

“Et pourtant la mort te faisait trembler, il y a peu de temps! Tu ne nous aimes donc plus? Tu n’aimes plus le Maître? Tu ne veux pas le servir…?” lui demande Marie avec plus de force, mais toute pâle de chagrin.

Et elle caresse la main jaunâtre de son frère.

“Et c’est toi qui le demandes, justement toi, âme ardente et généreuse? Ne suis-je pas ton frère? N’ai-je pas le même sang que toi et les mêmes amours que tu as: Jésus, les âmes, et vous, sœurs aimées?… Mais depuis Pâque, mon âme a accueilli une grande parole. Et j’aime la mort. Seigneur, je te l’offre pour tes intentions mêmes Se sauver soi-même ? C'est peu (EMV 376.3) .” “Tu ne me demandes donc plus la guérison?”

“Non, Rabbouni. Je te demande ta bénédiction pour savoir souffrir et… mourir… et, si ce n’est pas trop demander, et racheter…C’est Toi qui l’as dit… C'est Toi qui l'as dit en EMV 376.3.

“Je l’ai dit et je te bénis pour te donner toute force” et il lui impose les mains et puis l’embrasse.