“Un membre peut-il se séparer de l’autre membre?”
“Non. Une gangrène seule, ou une lèpre, ou un malheur peuvent couper un membre du reste du corps.”
“Très bien. Par conséquent seule une chose douloureuse ou mauvaise peut séparer ce qui de par la volonté de Dieu, n’est qu’une unité?”
“C’est ainsi, Maître.”
409.5 – “Et alors, pourquoi toi, convaincu de ces choses, n’aimes-tu pas ta chair, et pourquoi la hais-tu au point de faire naître une gangrène entre l’un et l’autre membre à cause de laquelle le membre mortifié, le membre le plus faible se sépare et te laisse seul?”
Jean baisse la tête silencieusement en tordant les franges de son vêtement.
“Je vais te dire le pourquoi. C’est que Satan est entré, perturbateur comme toujours, entre toi et ton épouse. Ou plutôt: il est entré en toi avec un amour désordonné pour ton épouse. L’amour, quand il est désordonné, devient de la haine, Jean. Satan a travaillé ta sensualité de mâle pour arriver à te faire pécher. C’est par là qu’a commencé ton péché. Par un désordre qui a produit de plus en plus de nouveaux et graves désordres. En ton épouse, tu n’as pas vu seulement la bonne compagne et la mère de tes enfants, mais aussi un objet de plaisir, et cela a fait devenir tes pupilles comme celles du bœuf qui voit tout altéré. Tu as vu comme tu voyais. C’est ainsi que tu as vu ton épouse. Objet de plaisir pour toi, tu l’as jugée telle aussi pour les autres, d’où ta jalousie fiévreuse, ta peur sans raison, ta tyrannie coupable qui a fait d’elle une apeurée, une prisonnière, une torturée, une calomniée. Et qu’importe si tu ne lui donnes pas des coups de bâton, si tu ne lui fais pas des reproches publics? Mais ton soupçon est bâton! Mais ton doute est calomnie! Tu la calomnies en pensant qu’elle est capable d’arriver à te trahir. Qu’importe si tu la traites comme son rang te l’impose? Mais elle est pour toi pire qu’une esclave dans l’intimité de la maison, à cause de ta luxure bestiale qui l’avilit plus que tout, qu’elle a toujours supporté en silence et avec docilité, espérant te calmer, te persuader, te rendre bon, et qui n’a servi qu’à t’exaspérer de plus en plus, jusqu’à faire de ta maison un enfer où rugissent les démons de la luxure et de la jalousie. La jalousie! Mais que veux-tu qu’il y ait de plus calomnieux pour une femme que la jalousie? Et quelle chose indique plus clairement l’état réel d’un cœur que la jalousie? Crois bien que là où elle se niche, si sotte, si déraisonnable, si dénuée de fondements, si outrageante, si obstinée, non, il n’existe pas d’amour du prochain ni de Dieu, mais il y a l’égoïsme. C’est de cela, pas d’une fin de sabbat violée, que tu dois te tourmenter! Pour que l’on te pardonne, tu dois remédier à la dévastation que tu as provoquée…”
409.6 – “Mais Anne veut s’en aller désormais… Viens la persuader, Toi… Toi seul, en l’entendant parler, tu peux juger si elle est réellement innocente et…”
“Jean!! Tu veux guérir et tu ne veux pas croire ce que je te dis?”
“Tu as raison, Seigneur. Change-moi le cœur. C’est vrai: je n’ai pas de motif d’un soupçon fondé. Mais je l’aime tant… luxurieusement, c’est vrai… Tu as bien vu… et tout me porte ombrage…”
“Entre dans la Lumière, sors de la fièvre ardente des sens si atroce. Cela te coûtera au début… Mais il te coûterait beaucoup plus de perdre une bonne épouse et de gagner l’enfer pour payer ton péché de manque d’amour, de calomnie et d’adultère, et le sien, car je te rappelle que celui qui pousse une femme au divorce se met et la met sur le chemin de l’adultère. Si tu sais résister pendant une lune, au moins pendant une lune à ton démon, Moi, je te promets que ton cauchemar sera fini. Me le promets-tu?”
“Oh! Seigneur! Seigneur! Je voudrais… mais c’est un feu… Éteins-le-moi, Toi, Toi qui es puissant…!”
Le sanhédriste Jean est glissé à genoux devant Jésus et il pleure la tête dans ses mains qu’il appuie au sol.
“Je vais te l’apaiser, te le circonscrire. Je vais mettre un frein et des limites à ce démon. Mais tu as beaucoup péché, Jean, et tu dois travailler par toi-même à te relever. Ceux que j’ai convertis sont venus à Moi avec une volonté entière de devenir nouveaux, libres… Ils avaient déjà opéré, par leurs seules forces, le commencement de leur rédemption. Ainsi Mathieu, ainsi Marie de Lazare et d’autres encore. Tu es venu ici seulement pour savoir si elle était coupable et pour que je t’aide à ne pas perdre la source où s’abreuvait ton plaisir. Je circonscrirai le pouvoir de ton démon, non pendant une lune mais pendant trois lunes. Pendant ce temps, médite et élève-toi. Propose-toi de prendre une nouvelle vie d’époux, une vie d’homme doté d’une âme, et non la vie de brute que tu as menée jusqu’à présent. Et fortifie-toi par la prière et par la méditation, par la paix que je te donne pour trois mois, sache lutter et te conquérir la Vie éternelle et te reconquérir l’amour et la paix de ton épouse et de ta maison. Va!”
409.7 – “Mais que vais-je dire à Anne? Peut-être je vais la trouver déjà prête à partir… Quelles paroles après tant d’années… d’offenses, pour la persuader que je l’aime et que je ne veux pas la perdre? Viens, Toi…”
“Je ne puis. Mais c’est si simple… Sois humble. Prends-la à part et avoue ton tourment. Dis-lui que tu es venu à Moi parce que tu veux que Dieu te pardonne. Et dis-lui de te pardonner car le pardon de Dieu te sera donné seulement si elle le demande pour toi et d’abord te le donne…
Oh! malheureux! Quel bien, quelle paix tu as perdus avec ta fièvre! Quel mal crée l’indiscipline des sens, le désordre dans les affections! Allons, lève-toi, et va tranquille. Mais ne comprends-tu pas qu’elle, parce qu’elle est bonne et qu’elle t’est fidèle, est plus déchirée que toi à la pensée de te quitter et qu’elle n’attend qu’une parole de toi pour te dire: “Tout est pardonné”? Allons, va. Le crépuscule est accompli désormais. Tu ne commets donc pas de péché en retournant à la maison… Et de l’avoir fait pour venir à ton Sauveur, ton Sauveur t’en absout. Va en paix, et ne pèche plus.”
“Oh! Maître! Maître… je ne mérite pas ces paroles!… Maître… moi… Je voudrais t’aimer désormais…”
“Oui, oui. Va. Ne tarde pas. Et souviens-toi de cette heure, à l’heure où je serai l’Innocent calomnié Jean refusera, comme quelques autres, de tremper dans la machination tramée lors du procès de Jésus. Cf. EMV 604.10. .”
“Que veux-tu dire?”
“Rien. Va. Adieu.”
Et Jésus se retire en quittant les deux sanhédristes émus et enflammés de le juger vraiment saint et sage, comme Dieu seul peut l’être.