410 – Provocations de Judas dans le groupe des apôtres

5 avril 1946 / 27 septembre 1944

Le vendredi 5 avril 1946.

410.1 – “J’ai hâte d’arriver sur les montagnes!” s’écrie Pierre haletant et essuyant la sueur qui coule le long des joues et du cou.

“Comment? Toi qui haïssais les montagnes, tu les désires maintenant?” demande, sarcastique, Judas l’Iscariote.

Voyant s’évanouir la peur d’être découvert Découvert dans les tractations secrètes avec les romains pour la prise de pouvoir. Voir la référence de la note 4 ci-dessous. , il est redevenu prétentieux et insolent.

“Oui, vraiment, maintenant je les désire. En cette saison, elles sont favorables. Jamais comme ma mer… Elle, ah!… Mais d’ailleurs… je ne sais pas pourquoi les champs sont plus chauds après la moisson. C’est toujours le même soleil, pourtant…”

“Ce n’est pas qu’ils soient plus chauds. C’est qu’ils sont plus tristes et que l’on se lasse de les voir ainsi plus que quand ils ont les blés” répond avec bon sens Matthieu.

“Non, Simon a raison. Ils sont chauds de manière insupportable après la moisson. On n’a jamais eu pareille chaleur” dit Jacques de Zébédée.

“Jamais? Et que fais-tu de celle que nous avons ressentie en allant chez Nikê Une marche harassante dans une chaleur torride. Cf. EMV 382.1. ?” réplique Judas.

“Jamais comme celle-ci” lui répond André.

“Bien sûr! L’été est en avance de quarante jours et le soleil tape en conséquence” insiste Judas.

“C’est un fait que les chaumes dégagent plus de chaleur que les champs couverts d’épis, et cela aussi s’explique. Le soleil, qui auparavant s’arrêtait sur la surface des épis, échauffe maintenant directement le sol dénudé et brûlé. Ce dernier réverbère sa chaleur vers le haut, au contraire du soleil dont les rayons descendent vers le bas et l’homme se trouve entre deux feux” dit sentencieusement Barthélemy.

L’Iscariote rit ironiquement et il fait un grand salut à son compagnon en disant:

“Rabbi Nathanaël, je te salue et je te remercie de ta docte leçon.”

Il est insolent comme jamais. Barthélemy le regarde… et se tait. Mais Philippe le défend:

“Il n’y a pas de quoi ironiser! Son explication est juste! Tu ne voudrais sûrement pas nier une vérité que des millions de cerveaux de bon sens ont jugée vraie, logique, facile à constater.”

Mais oui, mais oui! Je le sais, je le sais que vous êtes doctes, expérimentés, pleins de bon sens, bons, parfaits… Vous êtes tout! Tout! Moi seul suis la brebis noire du blanc troupeau!… Moi seul suis l’agneau bâtard, l’opprobre qui se révèle et prend des cornes de bélier… Moi seul suis le pécheur, l’imparfait, la cause de tout le mal parmi nous, en Israël, dans le monde… peut-être aussi dans les étoiles… Je n’en puis plus! Je n’en puis plus de voir que je suis le dernier, de voir que des nullités comme ces deux imbéciles qui parlent avec le Maître sont admirés comme deux oracles saints, je suis las de…”

“Écoute, mon garçon…” se met à dire Pierre qui est rouge plus par l’effort qu’il fait pour se contenir que par la chaleur.

Mais Jude Thaddée l’interrompt:

“Tu mesures les autres avec ta mesure? Toi, cherche à être une “nullité” comme le sont mon frère Jacques et Jean de Zébédée, et il n’y aura plus d’imperfections dans le groupe apostolique.”

“Mais, n’ai-je pas raison! L’imperfection, c’est moi. Ah! c’en est trop! Mais c’en est…”

“Oui, en effet je crois que Joseph nous a fait boire trop de vin… et avec cette chaleur, cela fait mal… Cela fait tourner le sang…” dit calmement, très calmement Thomas pour faire tourner en plaisanterie la dispute qui s’enflamme.

410.2 – Mais Pierre a épuisé ses ressources de patience. Serrant les dents, fermant les poings, pour continuer de se dominer, il dit:

“Écoute, mon garçon. Pour toi, il n’y a qu’un conseil à te donner: sépare-toi pour un peu de temps…”