407 – Dans le domaine de Nicodème. La parabole des deux fils
29 mars 1946
Le vendredi 29 mars 1946.
407.1 – Jésus y arrive par une fraîche aurore. Et elles sont belles ces fertiles campagnes du bon Nicodème aux premiers rayons du soleil. Belles, bien que beaucoup de champs soient déjà fauchés et présentent le même aspect des champs après la mort des blés, qui en meules d’or ou encore étendus comme des cadavres sur le sol, attendent d’être transportés sur les aires. Et avec eux meurent les bleuets étoiles couleur de saphir, les gueules-de-loup violettes, les corolles minuscules des scabieuses, les calices fragiles des campanules, les corolles riantes des camomilles et des marguerites, les coquelicots aux couleurs criardes, et cent autres fleurs en étoiles, en épis, en grappes, en corolles, riaient auparavant là où s’étend maintenant la couleur jaune des chaumes. Mais pour consoler le deuil de la terre dépouillée des blés il y a les frondaisons des arbres fruitiers de plus en plus pimpants avec leurs fruits qui grossissent et prennent des teintes variées et qui, en ce moment, brillent d’une poussière de diamants formée par la rosée que le soleil n’a pas encore évaporée.
Le 29 mars 1946 commence un nouveau cahier autographe. En face de la page, et donc sur la partie intérieure de la couverture, Maria Valtorta a tracé le dessin que nous reproduisons. On y lit, du haut en bas et de gauche à droite: Plaine, Monts élevés, Emmaüs de la plaine, Plaine, Petite hauteur, Monts assez hauts, Béther, Colline peu élevée.
Les paysans sont déjà au travail, heureux d’arriver à la fin du pénible travail de la moisson. Ils chantent tout en fauchant et rient gaiement rivalisant à qui sera le plus agile et le plus adroit à manier la faux et lier les gerbes… De nombreux bataillons de paysans bien nourris qui sont heureux de travailler pour un bon maître. Et, aux bords des champs ou derrière ceux qui lient les gerbes, des enfants, des veuves, des vieillards qui attendent pour glaner et qui attendent sans inquiétude, parce qu’ils savent qu’il y en aura pour tout le monde, comme toujours, “par ordre de Nicodème” comme l’explique une veuve à Jésus qui l’interroge.
“Lui surveille, dit-elle, pour qu’on laisse exprès de nombreux épis hors des gerbes, pour nous. Et non content encore d’une telle charité, après avoir pris une quantité convenable proportionnée à la semence, il nous distribue le reste. Oh! il n’attend pas pour le faire l’année sabbatique L'ANNÉE SABBATIQUE concluait une série de sept ans. On observait alors les prescriptions indiquées en Exode 21,2-6 | Exode 23, 10-11 | Lévitique 25,3-7.20-22 | Deutéronome 15. L'institution de l'année sabbatique est liée à celle du sabbat, c'est-à-dire du repos du septième jour, comme le prescrivent Exode 20, 8-11 | Exode 23, 12 | Exode 31, 12-17 | Lévitique 23, 3 | Lévitique 25, 1-2 | Deutéronome 5, 15. L'œuvre de Maria Valtorta parle fréquemment de la loi du sabbat, auquel un discours est consacré en EMV 125.2/4. Elle fut confirmée par le prophète Néhémie (comme on le lit en EMV 50.8) et allait jusqu'à établir la distance maximale qu'il était permis de parcourir (comme le rappellent EMV 84.1 | EMV 472.4 | EMV 585.1). ! Mais toujours il fait bénéficier le pauvre de son blé et il fait de même pour les oliviers et les vignes.
C’est pour cela que Dieu le bénit par des récoltes miraculeuses. Les bénédictions des pauvres sont comme la rosée sur les graines et sur les fleurs et font que chaque graine produise plus d’épis et qu’aucune fleur ne tombe sans qu’un fruit se forme.
407.2 – Puis, cette année, il nous a fait savoir que tout est pour nous, parce que c’est une année de grâce. De quelle grâce parle-t-il, je ne sais pas. Si ce n’est qu’on dit entre nous les pauvres et parmi ses heureux serviteurs, que lui est secrètement un disciple de Celui qui se dit le Christ qui prêche l’amour pour les pauvres pour témoigner de l’amour à Dieu… Peut-être Toi tu le connais si tu es un ami de Nicodème… Car les amis ont habituellement les mêmes affections… Joseph d’Arimathie, par exemple, est un grand ami de Nicodème et on dit aussi de lui qu’il est un ami du Rabbi… Oh! Qu’ai-je dit! Que Dieu me pardonne! J’ai nui à deux bons de la plaine!…”
La femme est consternée.
Jésus sourit et demande:
“Pourquoi, femme?”
“Parce que… Oh! Dis-moi, es-tu un véritable ami de Nicodème et de Joseph, ou es-tu quelqu’un du Sanhédrin, un des faux amis qui nuiraient aux deux bons s’ils avaient la certitude qu’ils sont des amis du Galiléen?”
“Rassure-toi. Je suis un véritable ami des deux bons. Mais tu sais beaucoup de choses, ô femme! Comment les sais-tu?”
“Oh! nous les connaissons tous! Ceux de la haute avec haine, les petits gens avec amour. Parce que, même si nous ne le connaissons pas, nous aimons le Christ, nous les abandonnés que Lui seul aime et qu’il apprend à aimer. Et nous tremblons pour Lui… Si perfides sont les juifs, les pharisiens, les scribes et les prêtres!…
Mais je te scandalise… Pardonne-moi. C’est une langue de femme et qui ne sait pas se taire… Mais c’est parce que toute la douleur nous vient d’eux, les puissants qui nous oppriment sans pitié et qui nous obligent à des jeûnes que ne prescrit pas la Loi, mais qui sont imposés par la nécessité de trouver de l’argent pour payer toutes les dîmes qu’eux, les riches, ont mises sur les pauvres… Et c’est pour cela que tout l’espoir est dans le Royaume de ce Rabbi qui, s’il est si bon maintenant qu’il est persécuté, que sera-t-il donc quand il pourra être roi?”
407.3 – “Son Royaume n’est pas de ce monde, ô femme. Lui n’aura ni palais ni armées. Il n’imposera pas de lois humaines. Il ne distribuera pas de l’argent, mais il apprendra aux meilleurs à le faire. Et les pauvres trouveront non pas deux ou dix ou cent amis parmi les riches, mais tous ceux qui croient dans le Maître uniront leurs biens pour aider leurs frères sans biens. Car, désormais, on n’appellera plus “prochain” son semblable, mais “frère”, au nom du Seigneur.”
“Oh!…”
La femme est stupéfaite en songeant à cette ère d’amour. Elle caresse ses enfants, sourit, puis elle lève la tête, et elle dit:
“Alors tu m’assures que je n’ai pas nui à Nicodème… en parlant avec Toi? Cela m’est venu si spontanément… Tes yeux sont si doux!… Si serein est ton aspect!… Je ne sais pas… Je me sens en sécurité comme si j’étais près d’un ange de Dieu… C’est pour cela que j’ai parlé…”
“Tu ne lui as pas nui, sois-en certaine. Au contraire tu as donné à mon ami une grande louange pour laquelle je le féliciterai, et il me sera plus cher que jamais. Tu es de cette région?”
“Oh! non, Seigneur. Je suis d’entre Lida et Bettegon. Mais quand il s’agit d’être soulagé, Seigneur, on court, même si la route est longue! Plus longs sont les mois d’hiver et de faim…”
“Et plus longue que la vie est l’éternité. Il faudrait avoir pour l’âme la sollicitude que l’on a pour la chair, et courir là où sont les paroles de vie…”
“C’est ce que je fais avec les disciples du Rabbi Jésus, cet homme bon, sais-tu? Le seul qui soit bon des trop nombreux rabbins que nous avons.”
“Tu fais bien, femme” dit Jésus en souriant.