406.8 – Il sort. Il se présente à la porte qui donne sur la route. Dans le crépuscule, il y a une quantité d’hommes qui attendent.

“La paix soit avec vous. Vous voulez me voir?”

“Salut, Maître!”

C’est un vieillard imposant qui parle enveloppé dans un vêtement romain qui dépasse d’un petit manteau rond avec un capuchon relevé sur la tête.

“Nous avons parlé aujourd’hui avec tes disciples, mais ils n’ont pas su nous donner beaucoup d’explications. Nous voudrions parler avec Toi.”

“Vous êtes ceux de la riche obole? Merci pour les pauvres de Dieu.”

Jésus s’adresse à la maîtresse de maison et lui dit:

“Femme, je sors avec eux. Dis aux miens qu’ils viennent me retrouver près de la rive car, si je vois juste, ces gens sont des commerçants des magasins…”

“Et des navigateurs, Maître. Tu as vu juste.”

Ils sortent tous ensemble sur la route illuminée par un beau clair de lune.

“Vous venez de loin?”

Jésus est au milieu du groupe avec, à côté de Lui, le vieillard qui a parlé le premier, un beau vieillard avec un net profil latin. De l’autre côté se trouve un autre d’un certain âge, au visage nettement hébraïque, et puis autour deux ou trois plutôt maigres au teint olivâtre, aux yeux éveillés et un peu ironiques, et d’autres plus robustes d’âges variables. Une dizaine de personnes.

“Nous sommes des colonies romaines de Grèce et d’Asie. En partie des juifs et en partie des gentils… Nous n’osions pas venir à cause de cela… Mais on nous a assuré que tu ne méprises pas les gentils… comme font les autres… Les juifs scrupuleux, je veux dire, ceux d’Israël, car ailleurs il y a aussi des juifs… moins rigides. Si bien que moi, romain, j’ai pour épouse une juive de Lycaonie, alors que lui a pour épouse une romaine, lui hébreu d’Éphèse.”

“Je ne méprise personne, mais il faut être indulgent envers ceux qui ne savent pas encore penser que: le Créateur étant un, tous les hommes sont d’un même sang.”

“Nous savons que tu es grand parmi les philosophes. Et ce que tu dis le confirme: grand et bon.”

“Est bon celui qui fait le bien, non celui qui parle bien.”

“Tu parles bien et tu agis bien. Tu es donc bon.”

406.9 – “Que voulez-vous savoir de Moi?”

“Aujourd’hui, Maître, pardonne-nous si nous te fatiguons par notre curiosité. Mais il y a une curiosité qui est bonne parce qu’elle cherche la Vérité… Aujourd’hui nous voulions savoir des tiens la vérité sur une doctrine déjà ébauchée par les philosophes de l’Antiquité grecque et que Toi, nous dit-on, tu reviens enseigner plus vaste et plus belle. Eunique, mon épouse, a parlé avec des juifs qui t’ont entendu, et elle m’a répété ces paroles. Tu sais, Eunique qui est grecque, est cultivée et elle connaît les paroles des sages de sa patrie. Elle a trouvé des correspondances entre tes paroles et celles d’un grand philosophe grec, et même les paroles que tu as dites sont arrivées à Éphèse. Aussi, venus dans ce port, les uns pour le commerce, les autres pour les rites, nous nous sommes retrouvés entre amis et nous avons parlé. Les affaires n’empêchent pas de penser aussi à des choses plus élevées. Ayant rempli les magasins et chargé les bateaux, nous avons le temps de résoudre ce doute. Tu dis que l’âme est éternelle. Socrate a dit qu’elle est immortelle. Connais-tu les paroles du maître grec?”

“Non. Je n’ai pas étudié dans les écoles de Rome et d’Athènes, mais parle. Je te comprends quand même. Je n’ignore pas la pensée du philosophe grec.”

“Socrate, contrairement à ce que nous de Rome croyons, et contrairement aussi à ce que croient vos sadducéens, admet et soutient que l’homme a une âme et qu’elle est immortelle. Il dit que l’âme étant telle, la mort n’est pour elle qu’une libération et le passage d’une prison à un lieu libre où elle rejoint ceux qu’elle a aimés.

Et là elle connaît les sages, de la pensée desquels elle a entendu parler, et les grands, les héros, les poètes, et elle n’y trouve plus d’injustices ni de douleur, mais une félicité éternelle dans un séjour de paix, ouvert aux âmes immortelles qui ont vécu avec justice. Toi, Maître, qu’en dis-tu?” “En vérité je te dis que le maître grec, tout en étant dans l’erreur d’une religion qui n’est pas vraie, était dans la vérité en disant l’âme immortelle. En quête du Vrai et pratiquant la Vertu, il sentait au fond de son esprit murmurer la Voix du Dieu inconnu, du Vrai Dieu, du Dieu Unique: le Père très Haut, d’où je viens pour amener les hommes à la Vérité.

406.10 – L’homme a une âme, Une, Vraie, Éternelle, Maîtresse, capable de mériter la récompense ou le châtiment. Toute sienne, créée par Dieu, destinée dans la Pensée Créatrice à retourner à Dieu. Vous, gentils, vous vous adonnez trop au culte de la chair, œuvre admirable en vérité, sur laquelle se trouve la marque du Pouce éternel. Vous admirez trop l’intelligence, joyau renfermé dans l’écrin de votre tête et faisant couler de là ses rayons sublimes. Grand don, don supérieur du Dieu Créateur qui vous a formés selon sa Pensée et conforme à elle, et donc œuvre parfaite d’organes et de membres, et vous a donné la ressemblance avec sa Pensée et avec son Esprit. Mais la perfection de la ressemblance se trouve dans l’esprit. Car Dieu n’a pas les membres et l’opacité de la chair, comme Il n’a pas les sens et le foyer de la luxure. Mais c’est un Esprit très pur, éternel, parfait, immuable, infatigable en son action, se renouvelant sans cesse dans ses œuvres qu’il adapte paternellement au chemin d’ascension de sa créature. L’esprit, créé pour tous les hommes à partir d’une même Source de puissance et de bonté, ne connaît pas de différence de perfection initiale. Il n’y a qu’un seul Esprit Incréé, parfait et resté tel. Il y a trois esprits créés parfaits… L'esprit créé… jusqu'à les esprits créés parfaits… a été réécrit par Maria Valtorta sur une page dactylographiée de la façon suivante : L'esprit, créé pour tous les hommes à partir d'une même Source de puissance et de bonté, ne connaît pas de différence de perfection "initiale", mais il en connaît beaucoup dès qu'il est uni à la chair. Il y a un seul Esprit incréé et parfait, et qui l'est toujours resté. Il y a trois esprits créés parfaits et… La réponse suivante de Jésus, qui commence par "Non, pas moi" a été entièrement réécrite par Maria Valtorta sur une copie dactylographiée de la manière suivante : J'ai dans ma chair l'Esprit divin, incréé, mais engendré par le Père par surabondance d'amour. Et j'ai l'âme que le Père m'a créée puisque je suis, maintenant, l'Homme. C'est une âme parfaite, comme cela convient à l'Homme-Dieu. Mais je parle d'autres esprits. Toujours sur la même copie dactylographiée, Maria Valtorta a ajouté cette note : Il parle ici en tant que Dieu-Verbe "par qui tout a été fait", même son âme d'Homme. S'il parlait en tant qu'homme, il dirait que Dieu — donc encore lui-même — a créé "l'unique esprit parfait" pour l'unir à sa chair de Verbe incarné, en qui se concentrent toutes les perfections. Et il s'adresse à des païens, donc d'une manière adaptée à leur ignorance en la matière. Il faut aussi tenir compte de notre note en EMV 17.2 sur l'usage parfois ambigu des termes "âme" et "esprit". À la lumière de ce que Jésus dit de lui en EMV 80.9 et en EMV 272.4, on peut affirmer que l'esprit (une des trois parties qui constituent l'homme : corps, âme et esprit), créé (et infusé) par le Père pour tout homme, a été, dans le cas du Christ, engendré (et non pas créé) par le Père. Par conséquent, l'âme du Christ est créée et son esprit incréé.

“Tu es l’un d’eux, Maître.”