406 – À Joppé, Jésus s’adresse à Judas de Kérioth et à des païens

20 septembre 1944

Le mercredi 20 septembre 1944.

406.1 – Je vois Jésus assis dans la cour intérieure d’une maison d’aspect convenable sans être luxueuse. Il paraît très fatigué. Il est assis sur un banc de pierre situé près d’un puits aux rebords peu élevés, que recouvre l’arceau d’une tonnelle verte. Les grappes de raisin commencent à se former. La fleur doit être tombée depuis peu et les grains semblent être des grains de mil suspendus à des pédoncules verts. Jésus tient sur son genou droit la pointe du coude droit et il appuie son menton dans le creux de la main. Parfois, comme pour trouver une position plus confortable, il appuie son bras replié sur le rebord du puits et sa tête repose sur son bras, comme s’il voulait dormir. Alors ses cheveux voilent son visage fatigué, qui autrement apparaît pâle et sérieux entre les boucles d’un blond roux.

Une femme va et vient les mains enfarinées, en passant d’une pièce de la maison à un cagibi situé du côté opposé de la cour et où doit se trouver le four. A chaque fois, elle regarde Jésus, mais elle ne trouble pas son repos. Le soir doit être proche car le soleil effleure à peine le haut de la terrasse au-dessus du toit, de moins en moins, jusqu’à ce qu’il la quitte.

406.2 – Une dizaine de colombes descendent en roucoulant dans la cour pour leur dernier repas. Elles tournoient autour de Jésus comme pour voir quel est cet inconnu et, défiantes, elles n’osent se poser sur le sol. Jésus quitte ses réflexions, il sourit, tend une main, la paume en dessus, et il dit: “Vous avez faim? Venez” comme s’il parlait à des humains. La plus audacieuse se pose sur cette main et, après elle, une autre et une autre. Jésus sourit.

“Je n’ai rien, Moi” dit-il devant leur roucoulement insistant. Et puis il appelle à haute voix:

“Femme! Tes colombes ont faim. As-tu du grain pour elles?”

“Oui, Maître. Il est dans un sac sous le portique. J’arrive.”

“Laisse-moi faire. Je vais le donner. Cela me plaît.”

“Elles ne viendront pas. Elles ne te connaissent pas.”

“Oh! J’en ai sur les épaules et jusque sur la tête!…”

Jésus, en fait, marche avec son étrange plumet fait d’une colombe à la poitrine couleur de plomb qui semble une cuirasse précieuse aux reflets changeants.

La femme, incrédule, se montre et dit:

“Oh!”

“Tu le vois? Les colombes sont meilleures que les hommes. Elles comprennent qui les aime. Les hommes… non.”

“Ne pense pas, Maître, à ce qui est arrivé. Il y en a peu ici qui te haïssent. Les autres, à peu près tous, t’aiment, te respectent au moins.”

“Oh! Je ne me trouble pas pour cela. Je le dis pour te faire remarquer que souvent les bêtes sont meilleures que les hommes.”

Jésus a ouvert le sac, y a plongé sa longue main et il en a sorti du grain blond qu’il a mis dans un repli de son manteau. Il referme le sac et revient au milieu de la cour en se défendant contre l’invasion des colombes qui veulent se servir elles-mêmes. Il ouvre le pli de son manteau et jette le grain sur le sol, et il rit de voir la lutte et les rixes des oiseaux goulus. Le repas est vite consommé, et les colombes boivent à un plat creux qui est près du puits, en regardant encore Jésus.

“Allez maintenant, il n’y a plus rien.”

Les bestioles volettent encore un peu sur les épaules et les genoux de Jésus, et puis elles retournent à leurs nids. Jésus retombe dans sa méditation.

406.3 – Des coups violents à la porte. La femme court ouvrir: ce sont les disciples.

“Venez, dit Jésus. Avez-vous distribué l’argent aux pauvres?”

“Oui, Maître.”

“Jusqu’à la dernière piécette? Rappelez-vous que ce qui nous est donné n’est pas pour nous, mais pour la Charité. Nous sommes pauvres et nous vivons de la pitié d’autrui. Malheureux, l’apôtre qui exploite sa mission à des fins humaines!”