“Ce serait beau si l’homme était parfait comme le veut le Père des Cieux. Parfait dans toutes ses pensées, ses affections, ses actes. Mais l’homme ne sait pas être parfait et il use mal des dons de Dieu qui a donné à l’homme la liberté d’agir, en lui commandant pourtant les choses bonnes, en lui conseillant les parfaites pour que l’homme ne puisse pas dire: “Je ne savais pas”.

Comment l’homme use-t-il de la liberté que Dieu lui a donnée? Comme pourrait en user un enfant pour la plus grande partie de l’humanité, ou comme un sot, ou comme un criminel pour le reste de l’humanité. Mais ensuite vient la mort et l’homme est soumis au Juge qui lui demandera sévèrement: “Comment as-tu usé et abusé de ce que Je t’avais donné?”. Terrible question! Comment alors paraîtront moins que des fétus de paille les biens de la Terre pour lesquels si souvent l’homme se rend pécheur! Pauvre d’une indigence éternelle, dépouillé d’un vêtement que rien ne peut remplacer, il restera humilié et tremblant devant la Majesté du Seigneur, et il ne trouvera pas de mot pour se justifier. Sur la Terre, en effet, il est facile de se justifier en trompant les pauvres hommes mais, au Ciel, il est impossible de tromper Dieu. Jamais. Et Dieu ne s’abaisse pas à des compromis. Jamais.

Comment alors se sauver? Comment faire servir au salut tout, même ce qui est venu de la Corruption qui a enseigné les métaux précieux et les gemmes comme instruments de la richesse, qui a allumé les désirs de puissance et les appétits charnels? Est-ce que l’homme ne pourra pas lui qui, si pauvre qu’il soit peut toujours pécher en désirant immodérément l’or, les honneurs et les femmes — et alors il devient voleur pour avoir ce que le riche possédait — l’homme riche ou pauvre ne pourra-t-il jamais se sauver? Si, il le peut. Et comment? En faisant servir les richesses au Bien, en faisant servir la misère au Bien. Le pauvre qui n’envie pas, qui ne fait pas d’imprécations, qui ne porte pas atteinte à ce qui appartient à autrui, mais se contente de ce qu’il a, fait servir son humble état à l’obtention de sa sainteté future et, en vérité, la majorité des pauvres sait agir ainsi. Moins savent le faire les riches, pour lesquels la richesse est un piège continuel de Satan, de la triple concupiscence.

381.4 – Mais écoutez une parabole et vous verrez que les riches aussi peuvent se sauver tout en étant riches, ou réparer leurs erreurs passées en usant bien des richesses même si elles ont été mal acquises. Car Dieu, le Très Bon, laisse toujours de nombreux moyens à ses fils pour qu’ils se sauvent.

Il y avait donc un riche qui avait un intendant. Certains qui étaient ses ennemis parce qu’ils enviaient sa bonne situation, ou bien très amis du riche et par conséquent soucieux de son bien-être, accusèrent l’intendant devant son maître.

“Il dissipe tes biens, ou bien il se les approprie, ou bien il néglige de les faire fructifier. Fais attention! Défends-toi!”

Le riche, après avoir entendu ces accusations répétées, commanda à l’intendant de comparaître devant lui. Et il lui dit:

“On m’a dit de toi telle et telle chose. Pourquoi donc as-tu agi de cette façon? Rends-moi compte de ta gestion, car je ne te permets plus de t’en occuper. Je ne puis me fier à toi et je ne puis donner un exemple d’injustice et de laisser faire qui encouragerait les autres serviteurs à agir comme tu as agi. Va et reviens demain avec toutes les écritures, pour que je les examine afin de me rendre compte de l’état de mes biens avant de les confier à un nouvel intendant”.

Et il renvoya l’intendant qui s’en alla, préoccupé, se disant en lui-même:

“Et maintenant? Comment vais-je faire maintenant que le maître m’enlève l’intendance? Je n’ai pas d’économies parce que, persuadé comme je l’étais de me tirer d’affaire, je dépensais tout ce que je prenais. M’embaucher comme paysan sous un maître, cela ne me va pas car je ne suis plus habitué au travail et alourdi par la bonne chère. Demander l’aumône, cela me va encore moins. C’est trop humiliant! Que faire?”

En réfléchissant longuement, il trouva un moyen de sortir de sa pénible situation. Il dit!

“J’ai trouvé! De la même façon que je me suis assuré jusqu’à présent une existence confortable, désormais je vais m’assurer des amis qui me reçoivent par reconnaissance lorsque je n’aurai plus l’intendance. Celui qui rend service a toujours des amis. Allons donc rendre service pour que l’on me rende service, et allons-y de suite avant que la nouvelle se répande et qu’il soit trop tard”.

Il alla chez plusieurs débiteurs de son maître, et il dit au premier:

“Combien dois-tu à mon maître pour la somme qu’il t’a prêtée au printemps il y a trois ans?”

Et l’autre répondit:

“Cent barils d’huile pour la somme et les intérêts”.

“Oh! mon pauvre! Toi, avec tant d’enfants, toi, avec des enfants malades, devoir tant donner?! Mais ne t’a-t-il pas donné pour une valeur de trente barils?”

“Si. Mais j’étais dans un besoin pressant, et lui me dit: ‘Je te le donne, mais à condition que tu me donnes ce que la somme te rapportera en trois ans’. Elle m’a rapporté une valeur de cent barils, et je dois les donner”.

“Mais c’est un usurier! Non. Non. Lui est riche et tu as à peine de quoi manger. Lui a peu de famille, et toi une famille si nombreuse. Écris que cela t’a rapporté cinquante barils et n’y pense plus. Je jurerai que c’est vrai, et tu en profiteras”.

“Mais tu ne me trahiras pas? S’il vient à savoir?”

“Penses-tu? Je suis l’intendant et ce que je jure est sacré. Fais comme je te dis, et sois heureux”.

L’homme écrivit, signa et il dit: “Sois béni! Mon ami et mon sauveur! Comment t’en récompenser?”

“Mais en aucune façon! Mais si à cause de toi je devais souffrir et être chassé tu m’accueillerais par reconnaissance”.

“Mais bien sûr! Bien sûr! Tu peux y compter”.

L’intendant alla trouver un autre débiteur auquel il tint à peu près le même discours. Celui-ci devait rendre cent boisseaux de grain car pendant trois années la sécheresse avait détruit ses récoltes et il avait dû emprunter au riche pour nourrir sa famille.