Puis il tombe aux pieds de Jésus et puis il se relève et puis il saute en équilibre sur le lit et il crie:

“Le mal me rongeait les os. Le médecin m’avait enlevé les doigts, brûlé la chair, il m’avait entaillé jusqu’à l’os du genou. Regardez! Regardez les marques. Et je serais quand même mort. Et maintenant… Tout est guéri! Mon pied! Mon pied est reconstitué!… Et je ne souffre plus! C’est la force, le bien-être… La poitrine dégagée!… Le cœur sain!… Oh! Maman! Maman! Je viens t’apporter la joie!”

Il se dispose à partir en courant, mais ensuite la reconnaissance l’arrête. Il revient de nouveau vers Jésus et il baise, il baise encore les pieds bénis jusqu’au moment où Jésus lui dit en caressant ses cheveux:

“Va! Va trouver ta mère et sois bon.”

378.10 – Puis il regarde ses ennemis anéantis et d’une voix de tonnerre:

“Et maintenant? Que devrais-je vous faire? Que devrais-je faire, ô foules, après ce jugement de Dieu?”

La foule crie:

“À la lapidation ceux qui offensent Dieu! À mort! Assez d’embûches au Saint! Soyez maudits!”

Et ils prennent des mottes de terre, des branches, des petits cailloux, tout près de commencer la lapidation.

Jésus les arrête.

“Voilà la parole de la foule, voilà sa réponse. La mienne est différente. Moi, je dis: Allez! Je ne vais pas me souiller en vous frappant. Que le Très-Haut se charge de vous. C’est Lui ma défense contre les impies.”

Les coupables, au lieu de se taire, malgré la peur qu’ils ont de la plèbe, continuent d’offenser le Maître, et écumant de colère, ils crient:

“Nous sommes juifs et puissants! Nous t’ordonnons de t’en aller. Nous t’interdisons d’enseigner. Nous te chassons. Hors d’ici! Nous en avons assez de Toi. Le pouvoir est en nos mains et nous nous en servons; et nous le ferons toujours plus, ô maudit, ô usurpateur, ô…”

Ils sont sur le point de dire autre chose dans un tumulte de cris, de pleurs, de sifflets, alors que, venue en avant pour se placer entre Jésus et ses ennemis, d’un mouvement rapide et impérieux, le regard et la voix plus impérieux encore, une femme voilée découvre son visage et d’un ton tranchant, cinglant plus qu’un fouet sur des galériens, qu’une hache sur le cou, elle laisse tomber sa phrase:

“Qui oublie qu’il est esclave de Rome?”

C’est Claudia. Elle rabaisse son voile. Elle s’incline légèrement devant le Maître, et revient à sa place. Mais cela a suffi.

Les pharisiens se calment tout à coup. Un seul, au nom de tous et avec une servilité rampante, dit:

“Domina, pardon! Mais Lui trouble le vieil esprit d’Israël. Toi, qui es puissante, tu devrais l’empêcher, le Lui faire interdire par le juste et brave Proconsul. À lui longue vie et santé!”

“Cela ne nous concerne pas. Il suffit qu’il ne trouble pas l’ordre de Rome. Et il ne le fait pas!” répond dédaigneusement la patricienne.

Elle donne un ordre sec à ses compagnes, elles s’éloignent vers un bouquet d’arbres qui est au bout du sentier derrière lequel elles disparaissent pour reparaître sur le char couvert qui grince et dont Claudia fait descendre tous les rideaux.

378.11 – “Tu es content de nous avoir fait insulter?” demandent en revenant à l’attaque les juifs, pharisiens, scribes et compagnie.

La foule crie dédaigneuse. Joseph, Nicodème et tous ceux qui se sont montrés amis — et avec eux, sans s’y unir mais avec les mêmes réflexions, se trouve le fils de Gamaliel — tous sentent le besoin d’intervenir en blâmant les autres qui dépassent la mesure. La discussion passe des ennemis de Jésus aux deux groupes opposés, en laissant de côté Celui qui y est le plus intéressé.

Et Jésus se tait, les bras croisés, alors, je crois, qu’il dégage une force pour retenir la foule et particulièrement les apôtres qui deviennent bleus de colère.

“Nous devons nous défendre et défendre” crie un énergumène juif.

“Cela suffit de voir les foules fascinées à sa suite” dit un autre.