“Oui, s’ils le méritent.”

“Attends-nous alors” et ils s’en vont vivement en ricanant.

“Maître, attention! Ils te tendent un piège!” disent plusieurs.

378.8 – Jésus fait un geste comme pour dire: “Laissez-les faire!”

Et il se penche pour caresser des enfants qui tout doucement, quittant leurs parents, se sont approchés de Lui. Quelques mères les imitent en Lui apportant des enfants dont la marche n’est pas sûre, ou qui sont encore au sein.

“Bénis nos enfants, Toi béni, pour qu’ils soient des amis de la Lumière!” disent les mères.

Et Jésus leur impose les mains pour les bénir. Cela produit un remous dans la foule. Tous ceux qui ont des enfants veulent la même bénédiction. Ils poussent et crient pour qu’on leur fasse place.

Les apôtres, en partie parce qu’ils sont énervés par les méchancetés habituelles des scribes et des pharisiens, en partie par pitié pour Lazare qui risque d’être renversé par les flots de parents qui apportent les petits à la divine bénédiction, se fâchent et crient, en grondant tel ou tel, en repoussant l’un ou l’autre, surtout les enfants venus seuls. Mais Jésus, doux, affectueux, leur dit:

“Non, non! Ne faites pas cela! N’empêchez jamais les enfants de venir à Moi, ni leurs parents de me les apporter. C’est justement à ces innocents qu’appartient le Royaume. Eux seront innocents du grand Crime et ils grandiront dans ma Foi. Laissez-les donc pour que je les consacre à elle. Ce sont leurs anges qui me les conduisent.”

Jésus est maintenant au milieu d’une couronne d’enfants qui le regardent extasiés; tant de petits visages levés, tant d’yeux innocents, tant de bouches souriantes…

Les femmes voilées ont profité de la confusion pour faire le tour derrière la foule et venir derrière Jésus comme si la curiosité les y poussait.

378.9 – Les pharisiens, scribes et compagnie reviennent avec deux hommes qui paraissent très souffrants. L’un des deux surtout gémit sur son brancard tout couvert par son manteau. L’autre, en apparence est moins souffrant, mais il est très malade car il est décharné et haletant.

“Voici nos amis, guéris-les! Ils sont vraiment malades, celui-ci surtout!” et ils montrent l’homme qui gémit.

Jésus abaisse les yeux sur les malades et puis il les relève sur les juifs. Il darde sur ses ennemis un regard terrible. Tout droit derrière la haie des enfants qui ne lui arrivent qu’au-dessous de la taille, il semble se lever d’un buisson de pureté, pour être le Vengeur, comme si c’était de cette pureté qu’il tirait sa force pour l’être. Il ouvre les bras et il crie:

“Menteurs! Celui-ci n’est pas malade! C’est Moi qui vous le dis. Découvrez-le! Ou il sera réellement mort dans un instant pour l’escroquerie essayée contre Dieu.”

L’homme bondit hors du brancard en disant:

“Non, non! Ne me frappe pas! Et vous, maudits, prenez votre argent!”

Et il jette une bourse aux pieds des pharisiens, s’enfuyant à toutes jambes…

La foule murmure, rit, siffle, applaudit…

L’autre malade dit:

“Et moi, Seigneur? J’ai été tiré de force de mon lit et, depuis ce matin, je subis cette violence… Mais je ne savais pas que j’étais aux mains de tes ennemis…”

“Toi, pauvre fils, sois guéri et béni!”

Et il lui impose les mains en fendant la haie vivante des enfants.

L’homme lève un instant la couverture étendue sur son corps, il regarde je ne sais quoi… Puis il se dresse debout. Ainsi il apparaît nu des cuisses jusqu’aux pieds. Et il crie, il crie à en perdre la voix:

“Mon pied! Mon pied! Mais qui es-tu, qui es-tu pour rendre les choses perdues?”