“Nous sommes les puissants! Nous seuls! Et il n’y a que nous que l’on doive écouter et suivre” claironne un scribe.

“Qu’il s’en aille d’ici! Jérusalem est à nous!” braille un prêtre, rouge comme un dindon.

“Vous êtes des perfides!”

“Vous êtes plus qu’aveugles!”

“Les foules vous abandonnent parce que vous le méritez.”

“Soyez saints si vous voulez que l’on vous aime. Ce n’est pas en commettant des injustices que l’on conserve le pouvoir, car il s’appuie sur l’estime du peuple pour ceux qui le gouvernent!” crient à leur tour ceux du parti opposé et plusieurs de la foule.

“Silence!” impose Jésus. Et quand il est établi, il dit:

“La tyrannie et les contraintes ne peuvent changer les affections et les conséquences du bien reçu. Moi, je récolte ce que j’ai donné: l’amour. Vous, avec vos persécutions, vous ne faites qu’accroître cet amour qui veut me dédommager de votre manque d’amour.

Ne savez-vous pas, avec toute votre sagesse, que de persécuter une doctrine ne sert qu’à accroître sa puissance, surtout quand elle correspond dans les faits à ce qui est enseigné?

Écoutez une de mes prophéties, ô vous d’Israël. Plus vous persécuterez le Rabbi de Galilée et ceux qui le suivent, en essayant d’anéantir par la tyrannie sa Doctrine qui est divine, et plus vous la rendrez prospère et plus elle s’étendra dans le monde. Chaque goutte de sang des martyrs que vous ferez, en espérant triompher et régner par vos lois et vos préceptes corrompus et hypocrites qui ne correspondent plus à la Loi de Dieu, chaque larme des saints que vous piétinez sera une semence de futurs croyants. Et vous serez vaincus lorsque vous vous croirez triomphateurs.

Allez. Moi aussi, je m’en vais. Que ceux qui m’aiment me cherchent aux frontières de la Judée et au-delà du Jourdain, ou qu’ils m’y attendent, car comme l’éclair qui va de l’orient à l’occident, rapide sera le déplacement du Fils de l’homme, jusqu’au moment où il montera sur l’autel et sur le trône, Pontife et nouveau Roi, et s’y tiendra solidement en présence du monde, de la création et des Cieux, dans l’une de ses si nombreuses épiphanies que seuls les bons savent comprendre.”

378.12 – Les pharisiens hostiles s’en sont allés avec leurs compagnons. Les autres restent. Le fils de Gamaliel lutte en lui-même pour venir à Jésus, mais ensuite il s’en va sans parler…

“Maître, tu ne nous haïras pas parce que nous sommes des mêmes castes?” demande Eléazar.

“Je ne frappe pas d’anathème un particulier parce que sa classe est coupable. Ne crains pas” répond Jésus.

“Maintenant ils vont nous haïr…” murmure Joachim.

“C’est un honneur pour nous de l’être!” s’exclame le synhédriste Jean.

“Que Dieu fortifie ceux qui vacillent et bénisse les forts. Je vous bénis tous au nom du Seigneur” et, les bras ouverts, il donne la bénédiction mosaïque à tous ceux qui sont présents.

Puis il fait ses adieux à Lazare et à ses sœurs, à Maximin, aux femmes disciples et il commence sa marche…

Les vertes campagnes qui bordent la route en direction de Jéricho l’accueillent dans leur verdure que rougit un crépuscule fastueux.