“Des soldats d’Hérode?”

Mais alors que l’agitation s’étend, apparaît Lévi, le gardien du palais:

“Pardonne, ô Rabbi, dit-il. Il y a un homme qui te demande. Il est dans l’entrée. Il paraît très affligé. Il est âgé et me semble être du peuple. Il te veut, Toi, et vite.”

“Oh! là, là! Ce n’est pas un soir de miracles! Qu’il revienne demain…” dit Pierre.

“Non. Toute soirée est une heure de miracles et de miséricorde” dit Jésus.

Il se lève et descend de son siège pour aller vers l’atrium.

“Tu vas seul? Je viens moi aussi” dit Pierre.

“Non. Toi, reste où tu te trouves.”

Il sort à côté de Lévi.

Au fond, près du lourd portail, dans l’atrium à demi obscur, car on a éteint les lampes qui éclairaient auparavant, il y a un vieillard très agité. Jésus l’aborde.

“Arrête-Toi, Maître. J’ai peut-être touché un mort, et je ne veux pas te contaminer. Je suis le parent de Samuel, l’époux d’Annalia. Nous consommions la cène et Samuel buvait, buvait… comme il n’est pas permis de le faire. Mais le jeune homme me paraissait fou depuis quelque temps. C’est le remords, Seigneur! À moitié ivre, il disait en buvant de nouveau: “Ainsi je ne me rappelle plus de Lui avoir dit que je le hais. Car moi, sachez-le, j’ai maudit le Rabbi”. Et il me semblait être Caïn parce qu’il répétait: “Mon iniquité est trop grande. Je ne mérite pas le pardon! Il faut que je boive! Boire pour ne pas me rappeler! Car il est dit En Lévitique 24,15-16. que celui qui maudit son Dieu portera son péché et qu’il est passible de mort”. Il délirait déjà ainsi, quand est entré dans la maison un parent de la mère d’Annalia pour demander raison de la répudiation. Samuel, à moitié ivre, a réagi par de mauvaises paroles et l’homme le menaça de l’amener devant le magistrat pour le tort qu’il fait à l’honneur de la famille. Samuel commença par le gifler. Ils en vinrent aux mains… Moi, je suis vieux, et ma sœur est âgée, le serviteur et la servante sont âgés. Que pouvions-nous faire, nous quatre et les deux filles, les sœurs de Samuel? Nous pouvions crier! Essayer de les séparer! Rien de plus… Et Samuel prit la hache à l’aide de laquelle nous avions préparé le bois pour l’agneau et il en asséna un coup sur la tête de l’autre… Il ne lui fendit pas la tête car il frappa avec le revers, pas avec la lame. Mais l’autre chancela en gargouillant et tomba… Nous n’avons plus crié… pour… pour ne pas attirer les gens… Nous nous sommes barricadés dans la maison… Atterrés… Nous espérions que l’homme reviendrait à lui, en lui jetant de l’eau sur la tête. Mais il gargouille, il gargouille. Certainement il va mourir. Par moments il semble déjà mort. Je me suis enfui pour t’appeler à un de ces moments. Demain… peut-être avant, les parents vont chercher l’homme. Et chez nous, car ils savent certainement qu’il est venu et ils vont le trouver mort… Et Samuel, selon la Loi, sera tué… Seigneur! Seigneur! Le déshonneur est déjà sur nous… Mais cela, non! Pitié pour ma sœur, Seigneur! Lui t’a maudit… Mais sa mère t’aime… Que devons-nous faire?”

“Attends-moi ici. Je viens”.

Jésus revient vers la salle en appelant de la porte:

“Judas de Kérioth, viens avec Moi.”

“Où, Seigneur?” dit Judas en obéissant aussitôt.

“Tu vas le savoir. Vous, restez en paix et amour. Nous serons bientôt de retour.”

375.7 - Ils sortent de la salle, du vestibule, de la maison. Les rues désertes et sombres sont vite parcourues. Ils arrivent à la maison fatale.

“La maison de Samuel?! Pourquoi…”

“Silence, Judas. Je t’ai pris parce que j’ai confiance en ton bon sens.”

Le vieillard s’est fait reconnaître. Ils entrent. Ils montent à la pièce du cénacle où on a traîné celui qui a été frappé.

“Un mort?! Mais, Maître! Nous allons nous contaminer!”

“Il n’est pas mort. Tu vois qu’il respire et tu entends qu’il râle. Maintenant je vais le guérir…”

“Mais il a un coup à la tête! Ici, il y a eu un crime! Qui l’a frappé?… Et le jour de l’agneau!” Judas est terrifié.

“C’est lui” dit Jésus en montrant Samuel, qui s’est jeté dans un coin pelotonné sur lui-même, plus mourant que le mourant lui-même, râlant de terreur comme l’autre râle dans l’agonie, un pan de son manteau sur la tête pour ne pas voir et n’être pas vu. Tous le regardent avec horreur, à l’exception de la mère qui, à l’horreur de l’homicide, unit le déchirement pour son fils coupable et condamné d’avance par la loi de fer d’Israël.

“Tu vois à quoi conduit un premier péché? À cela, ô Judas! Il a commencé par être parjure à sa femme, puis à Dieu; puis il est devenu calomniateur, menteur, blasphémateur, puis il s’est adonné au vin et maintenant il est homicide. C’est ainsi que l’on devient la possession de Satan, ô Judas. Gardes-en toujours le souvenir…”