Son visage est vraiment divin et royal pendant qu’il parle ou écoute ceux qui l’entourent. Même les plus humbles, qu’il a voulus très proches, se sentant aimés par les autres comme des frères, parlent avec assurance en disant leurs espérances et leurs ennuis avec simplicité et foi.
375.5 - Mais le plus heureux parmi tant d’heureux, c’est le grand-père de Marziam! Il ne quitte pas son petit-fils un seul instant et il se délecte à le regarder, à l’écouter… De temps à autre, assis près de Marziam qui est debout, il penche sa tête chenue sur la poitrine de son petit-fils qui la caresse.
Jésus le voit faire plusieurs fois et il interpelle le vieillard:
“Père, ton cœur est heureux?”
“Oh! très heureux, mon Seigneur! Et cela ne me semble même pas vrai. Je n’ai plus qu’un désir…”
“Lequel?”
“Celui que j’ai dit à mon fils, mais lui ne l’approuve pas.”
“Quel désir est-ce?”
“C’est que je voudrais, si possible, mourir dans cette paix. Bientôt, au moins. Car désormais le plus grand bien je l’ai eu. Une créature ne peut en avoir davantage sur la Terre. M’en aller… ne plus peiner… Aller… Comme tu l’as bien dit au Temple, Seigneur! “Celui qui offre un sacrifice avec le bien des pauvres est comme celui qui égorge un fils sous les yeux de son père” Siracide 34,20-22 : Offrir un sacrifice avec les biens d'un pauvre, c'est égorger un fils sous les yeux de son père. Le pauvre gagne difficilement son pain ; l'en priver, c'est être un meurtrier. C'est tuer son prochain que de lui prendre ses moyens d'existence. C'est commettre un assassinat que de priver un ouvrier de son salaire - voir EMV 373.5, interpellation d'Ismaël. . Seule la crainte que tu lui inspires retient Yokhanan de rivaliser avec Doras. Il est en train de perdre le souvenir de ce qui est arrivé à l’autre. Ses champs prospèrent, et il les fertilise avec notre sueur. La sueur n’est-elle pas peut-être le bien du pauvre, son propre lui-même qu’il épuise dans des fatigues supérieures à ses forces? Il ne nous frappe pas, il nous donne seulement de quoi résister au travail. Mais ne nous exploite-t-il pas plus que des bœufs? Dites-le, vous, mes compagnons…”
Les paysans anciens et nouveaux de Yokhanan acquiescent.
“Hum! Je crains que… Oui, que tes paroles le rendent plus vampire que jamais, et à leur détriment… Pourquoi les as-tu dites, Maître” demande Pierre.
“Parce qu’il les méritait déjà. N’est-ce pas, vous des champs?”
“Oh! oui! Les premiers mois… cela allait bien. Mais maintenant… c’est pire qu’avant” affirme Michée.
“Le seau du puits descend par son propre poids” dit sentencieusement le prêtre Jean.
“Oui, et le loup se lasse vite de faire l’agneau” renchérit Hermas.
Les femmes murmurent entre elles, apitoyées. Jésus, les yeux dilatés par la pitié, regarde les pauvres paysans, affligé de son impuissance à les soulager.
Lazare dit:
“J’avais offert des sommes folles pour avoir ces champs et leur donner la paix. Mais je n’ai pas réussi à les avoir. Doras me hait, semblable en tout à son père.”
“Eh bien… nous mourrons ainsi. C’est notre sort. Mais il viendra bien le repos dans le sein d’Abraham!” s’exclame Saul, un autre paysan de Yokhanan.
“Dans le sein de Dieu, fils! Dans le sein de Dieu. La Rédemption sera accomplie, les Cieux seront ouverts et vous vous irez au Ciel et…”
375.6 - Mais voilà qu’au portail on frappe des coups vigoureux qui retentissent fortement. Toute l’assemblée est en état d’alerte.
“Qui est-ce?”
“Qui circule un soir de Pâque?”
“Des troupes?”
“Des pharisiens?”