Marie laisse la main de la jeune fille pour embrasser la femme et lui dire doucement:
“Ne pèche pas par ta pensée et tes paroles. Ce n’est pas un malheur que de donner à Dieu un fils, mais c’est une gloire bien grande. Tu m’as dit un jour que tu souffrais de n’avoir eu qu’une fille car tu aurais aimé avoir un garçon consacré au Seigneur. Ce n’est pas un garçon, mais un ange que tu as, un ange qui précédera le Sauveur dans son triomphe. Et tu veux te dire malheureuse? Ma mère me consacra spontanément au Seigneur dès la première palpitation qu’elle perçut dans son sein, de moi, qu’elle avait conçue tardivement. Et elle ne me garda que pendant trois ans. Et moi, je ne l’ai possédée que dans mon cœur. Cependant ce fut sa paix à sa mort de m’avoir donnée à Dieu… Allons, viens au Temple pour chanter les louanges de Celui qui t’a aimée au point de choisir ta fille pour son épouse. Aie dans ton cœur une véritable sagesse. La vraie sagesse c’est de ne pas mettre de limites à sa propre générosité envers le Seigneur.”
La femme ne pleure plus, elle écoute… Puis elle se décide. Elle prend son manteau et s’en enveloppe. Mais en passant devant sa fille, elle soupire:
“Ah! d’abord la maladie, puis le Seigneur… Ah! je ne devais pas te posséder!…”
“Non, maman. Ne parle pas ainsi! Jamais tu ne m’as possédée comme maintenant. Toi et Dieu. Dieu et toi. Vous seuls, jusqu’à la mort…”
Et elle l’embrasse doucement en lui demandant:
“Une bénédiction, mère! Une bénédiction… parce que j’ai tant souffert de devoir te faire souffrir. Mais Dieu me voulait ainsi…”
Elles s’embrassent en pleurant. Puis elles sortent, précédées de Jésus et de Marie et elles ferment la maison pour se joindre aux femmes disciples…
368.5 – …”Pourquoi entrons-nous par ici, Seigneur? Ne valait-il pas mieux entrer de l’autre côté?” demande Jacques de Zébédée.
“Parce que, en passant par ici, nous passons devant l’Antonia.”
“Et tu espères… Fais attention, Maître!… Le Sanhédrin t’espionne” dit Thomas.
“Comment le sais-tu?” demande Barthélemy.
“Il suffit de réfléchir à l’intérêt des pharisiens pour comprendre. Vous me dites qu’avec mille excuses ils viennent continuellement observer ce que nous faisons!… Dans quel but, sinon pour trouver le Maître en faute?”
“Tu as raison. Alors, Maître, ne passons pas par l’Antonia. Si les romains ne te voient pas, tant mieux.”
“Et dans cette raison, il n’y a pas tant de préoccupation pour Moi que de mépris pour eux, n’est-ce pas Barthélemy? Comme tu serais plus sage si tu ôtais de ton cœur ces misères!” répond Jésus qui poursuit son chemin sans écouter personne.
Pour aller à l’Antonia, ils doivent passer par le Siste où se trouve le palais de Jeanne et celui d’Hérode, peu éloignés l’un de l’autre. Et Jonathas est sur la porte du palais de Kouza et dès qu’il voit Jésus, il le signale à ceux de la maison. Kouza sort tout de suite et s’incline. Jeanne le suit déjà toute prête pour rejoindre le groupe des femmes disciples.
Kouza parle:
“J’ai appris qu’aujourd’hui tu es chez Jeanne. Accorde à ton serviteur de t’avoir comme hôte dans un banquet.”
“Oui, mais à condition que tu me permettes d’en faire un banquet de charité pour les pauvres et les malheureux.”
“Comme tu veux, Seigneur. Commande et je ferai ce que tu veux.”
“Merci. La paix soit avec toi Kouza.”
Jeanne demande:
“As-tu des ordres pour Jonathas? Il est à ta disposition.”
“Je les donnerai quand je serai passé au Temple. Allons parce que nous sommes attendus.”
Ils passent peu après près du beau et cruel palais d’Hérode. Mais il est fermé comme s’il était inhabité. Ils passent près de l’Antonia. Les soldats observent le petit cortège du Nazaréen.