“À Jésus de Nazareth, honneur et bénédiction. À Marie de Nazareth, bénédiction et paix. Aux frères saints, paix et salut. Au bien-aimé Marziam, paix et caresses.
Ce sont des larmes et des sourires qui sont dans mon cœur, alors que je m’assois afin d’écrire cette lettre pour vous tous. Souvenirs nostalgiques, espérance et paix du devoir accompli, tout cela me remplit. Tout le passé qui pour moi a de la valeur, c’est-à-dire celui qui a commencé il y a douze mois, est devant moi, et un psaume de reconnaissance pour Dieu, qui a eu trop de pitié pour le coupable, jaillit de mon cœur. Que Tu sois béni et avec Toi la Sainte qui t’a donné au monde, et l’autre mère dont je me souviens comme de la compassion incarnée, et avec Toi les bénis Pierre, Jean, Simon, Jacques et Jude et l’autre Jacques, et André et Mathieu, et enfin, en le prenant sur mon cœur pour le bénir, mon très cher Marziam, pour tout ce que vous m’avez donné depuis le moment où je vous ai connus jusqu’à celui où je vous ai quittés! Oh! ce n’était pas par ma volonté! Que Dieu pardonne à ceux qui m’ont arraché à vous! Que Dieu leur pardonne, et qu’il augmente en moi la capacité de le faire, de moi-même. Pour le moment, avec son secours, je puis le faire avec Lui. Mais par moi seul, non, je ne pourrais encore le faire, parce qu’elle est trop vive la blessure qu’ils m’ont faite en m’arrachant à ma vraie Vie, à Toi, Très Saint. Trop vive encore bien que tes réconforts soient une pluie continuelle et balsamique sur moi…”
366.7 - Jésus parcourt plusieurs lignes sans les lire, et il reprend:
“Ma vie…” mais Pierre, pour permettre au Maître d’y voir clair, a pris un rameau embrasé et le tient élevé, en restant près du Maître et en allongeant le cou pour voir ce qui est écrit, dit:
“Non, ce n’est pas cela! Pourquoi ne lis-tu pas, Maître? Il y a autre chose au milieu! Je suis bête, mais pas au point de ne pas savoir lire du tout. Moi, je lis: “Tes promesses ont dépassé les espérances…”
“Mais tu es terrible! Pire qu’un enfant!” dit Jésus en souriant.
“Bien sûr! Je suis presque un vieillard! C’est pourquoi j’ai plus de malice qu’un enfant.”
“Tu devrais aussi avoir davantage de prudence.”
“C’est bon avec les ennemis. Ici, nous sommes entre amis. Ici Jean dit de belles choses de Toi. Je voudrais les savoir, pour me guider moi aussi quand tu m’expédies ailleurs comme une marchandise. Allons, lis tout! Mère, dis-lui qu’il n’est pas juste de nous donner les nouvelles en les triant comme autant de petits poissons. Dehors! Dehors! Les algues, la boue, le menu fretin, les poissons de choix. Tout! Aidez-moi, vous autres! Vous semblez autant de statues. Vous me dépitez! Et ils rient!”
Il est difficile de ne pas rire devant l’agitation de Pierre qui saute ça et là comme un poulain emballé, en secouant son rameau flamboyant sans se préoccuper des étincelles qui lui pleuvent dessus.
Jésus doit céder pour le calmer et avancer dans la lecture.
“Tes promesses ont dépassé les espérances que j’avais dans tes promesses. Oh! Maître saint! Quand dans cette triste matinée d’hiver tu m’as promis que tu serais venu consoler ton triste disciple, je n’ai pas compris la véritable portée de ta promesse. La souffrance et les limites de l’homme accablaient les facultés de l’esprit et il était fermé à la compréhension de la portée de ta promesse.
Sois béni, spirituel Visiteur de mes nuits qui ainsi ne sont pas désolation et souffrance comme je le prévoyais, mais attente de Toi, ou joyeuse rencontre avec Toi. La nuit, horreur des malades, des exilés, des esseulés, des coupables, pour moi Félix, vraiment heureux de faire ta volonté et de te servir, est devenue l’attente des vierges sages pour l’arrivée de l’époux. Ma pauvre âme a même davantage encore. Elle a la béatitude d’être l’épouse attendant son Amour, qui vient dans la chambre nuptiale pour lui donner chaque fois la joie de la première rencontre et l’extase fortifiante de la fusion.
Oh! mon Maître et Seigneur, tout en te bénissant du si grand don que tu me fais, je te prie de te rappeler les deux autres promesses que tu m’as faites. La plus importante, pour l’homme trop faible que je suis, est de ne pas me laisser en vie pour l’heure de ta souffrance. Tu connais ma faiblesse! Ne fais pas que celui qui pour ton amour s’est dépouillé de la haine doive, à cause de la haine envers les hommes tes bourreaux, vêtir de nouveau les épineux et brûlants uniformes de la haine. La seconde promesse, c’est pour ton pauvre disciple, encore trop faible et inachevé dans la perfection: sois près de moi, comme tu me l’as dit, à l’heure de ma mort. Maintenant que je sais comment pour Toi n’existent pas les distances, les mers, les montagnes, les fleuves et que les desseins des hommes ne t’empêchent pas de donner à ceux qui t’aiment le réconfort de ta présence sensible, je ne doute plus de pouvoir te posséder à mon dernier soupir. Viens, Seigneur Jésus! Et viens vite pour m’introduire dans la paix.
366.8 - Et maintenant que je t’ai parlé de mon esprit, je vais te donner des nouvelles de mon travail.
J’ai beaucoup d’élèves, de toutes races et de tous pays. Pour ne pas blesser les uns ou les autres, je leur ai réparti les jours, en alternant un jour pour les païens, un pour les fidèles, avec grand profit, étant donné l’absence ici de pédagogues. Le gain je le donne aux pauvres, et ainsi je les attire au Seigneur. J’ai repris mon ancien nom, non parce que je l’aime, mais par prudence. Aux heures où j’appartiens au monde, je suis ‘Félix’. Aux heures où j’appartiens à Jésus, je suis seulement ‘Jean’: la grâce de Dieu Jean (Yohanân) signifie : Dieu a fait grâce. Il s'agit donc d'un nom théophore (composé avec le Nom divin) : Yo et Anan qui signifie grâce. Anan est à l'origine du prénom Anne. Yohanan est l'inverse de Hanania (Ananie) qui a la même signification. Didier Fontaine remarquait que les noms théophores comportant le Nom divin en tête se prononçait Yo (Yého) et Ya en finale. . J’ai expliqué à Philippe que mon vrai nom était Félix et que l’on ne m’appelait Jean que pour me distinguer parmi les frères. Et la chose n’a produit aucune surprise étant donné la facilité avec laquelle nous changeons de nom ou nous nous appelons par des surnoms.
J’espère faire ici beaucoup de travail pour préparer la voie aux frères saints. Si j’avais plus de force, je voudrais me répandre dans ces campagnes pour faire connaître ton Nom. Mais peut-être le pourrai-je au début de l’été ou aux fraîches journées de l’automne. Et il me suffira de le pouvoir pour le faire. L’air pur d’Antigonea, ces jardins si tranquilles et si beaux, les fleurs, les enfants, les poulettes, l’affection des jardiniers, et surtout cette grande, sage filiale Syntica me donnent beaucoup de joie. Je dirais que je vais mieux.
Ce n’est pas l’avis de Syntica, bien que sa pensée ne se manifeste que par les soins empressés et continuels dont elle m’entoure, pour ma nourriture, pour mon repos, pour m’empêcher de prendre froid… Mais je me sens mieux. Ce n’est peut-être qu’une impression qui me vient du devoir héroïquement accompli? C’est ce que dit Syntica. Et je voudrais savoir si elle a raison. Car le devoir c’est une chose morale alors que la maladie c’est chose charnelle.
Et je voudrais aussi savoir si c’est bien Toi qui viens réellement ou si tu n’apparais qu’aux sens spirituels, mais si parfaitement que cela ne me permet pas de savoir où finit la réalité matérielle de ta Présence.
Maître chéri et béni, ton Jean s’agenouille pour te demander ta bénédiction. À la Mère, à Marie, aux frères saints, paix et bénédiction. À Marziam un baiser pour qu’il se souvienne de m’envoyer les saintes paroles, pain des exilés qui travaillent dans la vigne du Seigneur”.
C’est la lettre de Jean… Qu’en dites-vous?”
Les impressions s’entrecroisent… Mais domine celle de la présence de Jésus. Ils l’accablent de questions… sur la manière dont cela peut se produire, sur sa possibilité, sur une participation de Syntica, et cetera.
366.9 - Jésus fait signe que l’on se taise et il ouvre le rouleau de Syntica. Il lit:
“Syntica au Seigneur Jésus, avec tout l’amour dont elle est capable. À la Mère bénie, vénération et louange. Aux frères dans le Seigneur, reconnaissance et bénédiction. À Marziam, le baiser de sa sœur lointaine.
Jean t’a dit, ô Maître, notre vie. Il t’a dit très en abrégé ce qu’il fait et ce que moi je fais, en qualité de femme. J’ai ma petite école pleine de fillettes, et je gagne beaucoup spirituellement, parce que je te les gagne, ô mon Seigneur, en parlant du vrai Dieu, à l’occasion du travail lui-même.