366 – Vers Gethsémani avec Simon le Zélote, Marziam et la nouvelle femme disciple. Lettres d’Antioche
22 janvier 1946
Le mardi 22 janvier 1946
366.1 - Jésus a quitté Béthanie avec ceux qui étaient avec Lui, c’est-à-dire Simon le Zélote et Marziam. Mais à eux s’est jointe Anastasica qui toute voilée chemine à côté de Marziam, alors que Jésus est un peu en arrière avec Simon. Les deux groupes marchent tout en parlant, chacun pour son compte, et de ce qui lui tient le plus à cœur.
Anastasica dit à Marziam, en continuant une conversation déjà commencée:
“J’ai hâte de la rencontrer.” Peut-être la femme parle d’Élise de Beth-Çur (Bethsur). “Crois bien que je n’étais pas si émue quand je me suis mariée, ou quand on me déclara lépreuse. Comment vais-je la saluer?”
Et Marziam, avec un sourire doux et sérieux:
“Oh! par son vrai nom! Mère La jeune Anastasica, lépreuse guérie, est confiée à Élise de Bethsour, une veuve ayant perdu récemment ses deux fils. Mais auparavant, elle va rencontrer "la Mère" : la Vierge Marie. !”
“Mais moi, je ne la connais pas! N’est-ce pas trop de familiarité? Qui suis-je, enfin, pour elle?”
“Ce que j’étais l’an dernier. Et même toi, tu es bien plus que moi! Moi, j’étais un pauvre orphelin sale, apeuré, grossier. Et pourtant elle m’a toujours appelé fils, dès le premier instant Marziam est confié à Porphyrée, l'épouse stérile de Pierre. Elle accueille l'orphelin par ce cri d'affection : "Oh ! mon chéri ! Viens mon trésor, que je t'embrasse !" (EMV 228.4). Marziam avait d'abord été accueilli par la Vierge Marie qui lui avait donné le nom qu'il porte actuellement (EMV 198.8). La rencontre avec la Vierge Marie a bien eu lieu le 25 mars 28, il y a donc presque un an, mais la rencontre avec Porphyrée, n'a eu lieu que le 30 mai. , et elle a toujours été pour moi une vraie mère. L’an dernier c’était moi qui éprouvais une agitation craintive en attendant de la voir. Mais ensuite rien que de la voir, je n’ai plus eu de crainte. Elle est disparue toute cette épouvante qui m’était restée dans le sang depuis que j’avais vu avec mes yeux d’enfant, d’abord la fureur de la nature qui avait tout détruit de ma maison et de ma famille, et puis… et puis, de mes yeux d’enfant j’avais pu, j’avais dû voir comment l’homme est un fauve plus cruel que le chacal et le vampire… Toujours trembler… toujours pleurer… sentir ici un nœud qui vous serre durement, un nœud douloureux de peur, de peine, de haine, de tout… En quelques mois, j’ai connu tout le mal et toute la souffrance et la férocité qui existe dans le monde… Et je ne pouvais croire qu’il y avait encore de la bonté, encore de l’amour, encore de la protection…”
“Mais comment! Quand le Maître t’a pris?!… Et quand tu as été parmi ses disciples, si bons!?”
“J’ai encore tremblé, ma sœur… et j’ai encore haï. Oh! il a fallu du temps pour me persuader de ne pas avoir peur… Et il m’en a fallu encore davantage pour arriver à ne pas haïr ceux qui ont fait souffrir mon âme en lui faisant connaître ce que peut être un homme: un démon qui se présente comme un fauve. On ne souffre pas sans en subir longtemps les conséquences surtout quand on est enfant… La trace en demeure parce que notre cœur est encore tendre et encore tiède des baisers de la mère, affamé de baisers plus encore que de pain. Et au lieu de baisers il se voit donner des coups…”
“Pauvre enfant!”
“Oui. Pauvre. Tellement pauvre! Je n’avais même plus l’espoir en Dieu ni le respect de l’homme… J’avais peur de l’homme. Même près de Jésus, même dans, les bras de Pierre, j’avais peur… Je me disais: “Est-ce possible? Oh! cela ne durera pas. Eux aussi se lasseront d’être bons…” Et je soupirais après Marie. Une mère est toujours une mère, n’est-ce pas? Et en effet, quand je l’ai vue, quand j’ai été dans ses bras, je n’ai plus craint. J’ai compris que vraiment tout le passé était fini et que de l’enfer j’étais passé au paradis… La dernière souffrance fut de voir qu’on me laissait de côté… Je soupçonnais toujours du mal. J’ai beaucoup pleuré. Oh! alors… Avec quel amour elle m’a pris! Non. Je n’ai plus pleuré ma mère à partir de ce moment-là, je n’ai plus tremblé… Marie est la douceur et la paix des malheureux…”
“Et de douceur et de paix, j’ai besoin moi aussi…” soupire la femme.
“Et bientôt tu l’auras. Tu vois cette verdure là-bas? Elle est cachée là, dans la maison du Gethsémani.”
“Et y aura-t-il aussi Élise? Mais que vais-je leur dire? Que me diront-elles?”
“Je ne sais pas si Élise sera là. Elle était malade.”
“Oh! Ne mourra-t-elle pas?! Qui alors me prendrait pour fille?”
“Ne crains pas. Lui a dit: “Tu auras une mère et une maison”. Et il en sera ainsi. Avançons un peu vite. Moi, je ne sais pas ralentir quand je suis proche de Marie.”
Ils se hâtent, et je n’entends plus leur conversation.
366.2 - Le Zélote les voit presque courir sur la route très fréquentée, et il fait observer à Jésus:
“On dirait des frères. Regarde comme ils sont bons amis.”
“Marziam sait se faire à tous. C’est une vertu difficile et si nécessaire pour sa future mission Marziam, sous le nom de Martial, deviendra un évangélisateur de la Gaule, notamment de la région du Limousin. Martial fut déclaré "apôtre de l'Aquitaine" par le pape Clément VI (XIVème siècle). Un homonyme du IIIème siècle est malencontreusement venu perturber cette tradition en instillant des anachronismes et en la reléguant de ce fait au rang de légende pour certains. David Gasseling lui a consacré son étude : "Saint Martial, apôtre des Gaules et de l'Aquitaine d'après les visions de Maria Valtorta et les traditions limousines" RSI édition, 2014. . Je prends soin de faire grandir en lui cette heureuse disposition parce qu’elle lui servira beaucoup.”
“Lui, tu le façonnes à ton goût, n’est-ce pas, Maître?”