“Oui. Son âge me le permet.”
“Et pourtant même le vieux Jean Félix, tu as pu le façonner…”
“Oui. Parce qu’il s’est laissé détruire et recréer complètement par Moi.”
“C’est vrai. J’ai remarqué que les plus grands pécheurs quand ils se convertissent nous dépassent en justice, nous hommes d’une culpabilité relative. Pourquoi cela?”
“Parce que, en eux, la contrition est en proportion de leur péché. Immense. Pour cela elle les brise sous le poids de la souffrance et de l’humilité. “Mon péché est toujours contre moi” dit le psalmiste Psaume 50 (Hébreu 51), 5. . Cela garde l’esprit dans l’humilité. C’est un bon souvenir, quand il est joint à l’espérance et à la confiance dans la Miséricorde. Les perfections moyennes, ou celles qui sont encore moins que moyennes, bien souvent s’arrêtent parce qu’elles n’ont pas l’aiguillon du remords d’avoir péché gravement et de devoir réparer pour avancer vers la vraie perfection. Elles s’arrêtent comme des eaux stagnantes. Elles se regardent comme satisfaites d’être limpides. Mais même l’eau la plus limpide, si par le mouvement elle ne se purifie pas des poussières, des débris que le vent lui apporte, finit par devenir fangeuse et corrompue.”
366.3 - “Et les imperfections que nous laissons exister et persister en nous, sont-elles des poussières et des détritus?”
“Oui, Simon. Vous êtes trop stagnants encore. Votre mouvement vers la perfection est presque imperceptible. Ne savez-vous pas que le temps passe vite? Ne pensez-vous pas que dans le court espace de temps qui vous reste, vous devriez vous efforcer de devenir parfaits? Si vous ne possédez pas la force de la perfection, conquise par une volonté résolue dans ce temps qui avance, comment pourrez-vous résister à la tempête que Satan et ses fils vont déchaîner contre le Maître et sa Doctrine? Un jour va venir où vous vous demanderez: “Mais comment avons-nous pu être bouleversés, nous qui avons été avec Lui pendant trois années?” Oh! la réponse est en vous, dans votre manière d’agir! Plus quelqu’un s’efforcera de devenir parfait dans ce temps qui reste, plus il sera capable d’être fidèle.”
“Trois ans… Mais alors… Oh! mon Seigneur!… C’est donc au printemps prochain que nous allons te perdre?”
“Ces arbres ont leurs petits fruits et moi, je les goûterai quand ils seront mûrs. Mais jamais plus je ne goûterai, après les fruits de cette année, les nouvelles récoltes… Ne te désole pas, Simon. La désolation est stérile. Sache te fortifier dans la justice et en avoir la préoccupation pour pouvoir être fidèle au moment redoutable.”
“Oui, je le ferai. Avec toutes mes forces. Puis-je dire cela aux autres pour qu’ils se préparent eux aussi?”
“Tu peux le dire. Mais tiendra celui qui aura une forte volonté.”
“Et les autres? Perdus?”
“Non, mais ils seront durement éprouvés par leur conduite. Ils seront comme quelqu’un qui se croyait fort et qui se trouve terrassé et vaincu. Étonnés. Humiliés. Humbles finalement! Parce que, crois-le Simon, s’il n’y a pas d’humilité, on n’avance pas.
L’orgueil est la pierre qui sert de piédestal à Satan. Pourquoi la garder dans le cœur? Est-ce un maître agréable cet être horrible?”
“Non, Maître.”
“Et pourtant vous gardez dans votre cœur son point d’appui, la chaire pour ses instructions. Vous êtes pétris d’orgueil. Vous en avez pour tout et pour tous les motifs. Même d’être “miens” c’est pour vous de l’orgueil. Mais, sots que vous êtes, n’êtes-vous pas guéris en comparant ce que vous êtes avec Celui qui vous a choisis?
Ce n’est pas parce que je vous ai appelés que vous serez saints. C’est parce que vous le serez devenus après mon appel. La sainteté est une construction que chacun élève par lui-même. La Sagesse peut en indiquer la méthode et le plan. Mais le travail matériel, c’est vous que cela concerne.”
“C’est vrai. Alors, pourtant, nous ne nous perdrons pas? Après l’épreuve, nous serons plus saints parce que humbles?…”
“Oui.” Le oui est sec et sévère.
“C’est ainsi que tu le dis, Maître?”
“C’est ainsi.”
“Tu voudrais pour nous la sainteté avant l’épreuve…”
“Oui, c’est ce que je voudrais. Et pour tous.”
“Pour tous! Nous ne serons pas pareils dans l’épreuve?”
“Pas pareils, ni avant, ni pendant, ni après. Et pourtant à tous j’ai donné la même parole…”