“Il n’était pas que cela, mais en cela il n’était pas mauvais. Il n’était donc pas complètement mauvais.”
“Et même Judas n’est pas mauvais?”
“Non.”
“Mais il n’est pas bon, cependant!”
“Il n’est pas totalement bon comme il n’est pas totalement mauvais. N’es-tu pas convaincu de ce que je dis?”
“Je suis convaincu que Toi, tu es totalement bon et que tu es absolument exempt de méchanceté. Cela, oui. Tu l’es tellement que tu ne trouves jamais d’accusation pour personne…”
“Oh! mon fils! Si je disais la première syllabe d’un mot d’accusation, vous vous jetteriez tous comme des fauves sur l’accusé!… Moi, j’évite que vous vous souilliez du péché de jugement en agissant ainsi. Comprends-moi, Marziam. Ce n’est pas que je ne vois pas le mal là où il est. Ce n’est pas que je ne vois pas le mélange de mal et de bien qu’il y a dans certains. Ce n’est pas que je ne comprends pas quand une âme monte ou descend du niveau où je l’ai amenée. Ce n’est pour rien de tout cela, mon fils. Mais c’est de la prudence pour éviter les manques de charité en vous. Et j’agirai toujours ainsi. Même dans les siècles à venir quand je devrai me prononcer sur une créature.
Tu ne sais pas, fils, que parfois une parole de louange, d’encouragement vaut mieux que mille reproches? Tu ne sais pas que sur cent cas très mauvais, signalés comme relativement bons, au moins la moitié deviennent réellement bons parce qu’alors, après ma parole bienveillante, ne fait pas défaut l’aide des bons qui autrement fuiraient l’individu signalé comme pervers? Il faut soutenir les âmes, ne pas les accabler. Mais si Moi, je ne suis pas le premier à les soutenir, à voiler ce qu’il y a de mauvais, à susciter en vous bienveillance et secours pour elles, jamais vous ne vous donneriez à elles avec une miséricorde active. Rappelle-toi, Marziam…”
“Oui, Seigneur… (un profond soupir). Je m’en souviendrai… (nouveau soupir)… Mais c’est bien difficile devant certaines évidences…”
365.4 – Jésus le regarde fixement, mais du garçon il ne voit que le haut du front, car il baisse beaucoup le visage.
“Marziam, lève ton visage. Regarde-moi. Et réponds-moi. Quelle est l’évidence qu’il est difficile de négliger?”
Marziam s’embrouille… Il rougit sous sa peau un peu brune…
Il répond:
“Mais… il y en a tant, Seigneur…”
Jésus le presse:
“Pourquoi as-tu nommé Judas? Parce que c’est une “évidence”. Peut-être celle qu’il t’est le plus difficile de surmonter… Que t’a fait Judas? En quoi t’a-t-il scandalisé?”
Et Jésus met sa main sur les épaules du garçon qui maintenant est tout empourpré tant il est rouge.
Marziam le regarde, les yeux brillants, puis il se dégage et s’échappe en criant:
“C’est un profanateur, Judas!… Mais je ne puis dire… Respecte-moi, Seigneur!…”
Et il va se cacher tout en larmes, appelé en vain par Jésus qui a un geste de douleur découragée.
365.5 – Son cri a pourtant attiré l’attention des gens de la maison du Gethsémani, et sur le seuil de la cuisine apparaît Jonas et la Mère de Jésus, et en arrière les femmes disciples: Marie de Cléophas, Marie Salomé et Porphyrée. Elles voient Jésus et se mettent à marcher vers Lui.
“La paix à vous toutes! Me voici, Maman!”
“Seul? Pourquoi?”
“Je suis accouru en avant. Les autres, je les ai quittés au Temple… Mais j’étais avec Marziam…”
“Et où est maintenant mon fils que je ne vois pas?” demande Porphyrée un peu inquiète.