De l’antre misérable et sombre arrive une femme encore jeune, aveugle, aux manières aisées parce qu’elle connaît son entourage.

“Déjà de retour, mon fils? Les oboles ont été assez nombreuses pour te faire revenir alors qu’il fait encore grand jour?”

“Maman, j’ai trouvé quelqu’un qui connaît Jésus de Nazareth et qui dit qu’il va me conduire à Lui pour être guéri. Il est très bon. Me laisses-tu aller, maman?”

“Mais oui, Jaia! Même si je dois rester seule, va, va, béni, et regarde-le aussi pour moi, le Sauveur!”

L’adhésion, la foi de la femme est absolue. Jésus sourit. Il dit:

“Tu ne doutes pas de Moi, femme, ni du Sauveur?”

“Non. Si tu le connais et si tu es son ami, tu ne peux être que bon. Lui enfin! Va, va, fils! Ne tarde pas un moment. Donnons-nous un baiser et va avec Dieu.”

Ils s’embrassent se trouvant à tâtons. Jésus met sur la table grossière un pain et des pièces de monnaie.

“Adieu, femme. Il y a ici de quoi te procurer de la nourriture. La paix soit avec toi.”

358.10 – Ils sortent. La troupe reprend sa marche. La pluie commence à tomber.

“Mais nous ne nous arrêtons pas? Il pleut…” disent les apôtres.

“Nous nous arrêterons à Jabès Galaad. Marchez.”

Ils mettent leurs manteaux sur la tête et Jésus étend le sien sur la tête du garçon. La mère de Marc de Josias les suit sur sa monture, avec ses serviteurs. Il semble qu’elle ne puisse se séparer de Lui.

Ils sortent de Pella. Ils pénètrent dans une campagne verte et triste en cette journée pluvieuse.

Ils font au moins un kilomètre, puis Jésus s’arrête. Il prend la tête du petit aveugle dans ses mains et il dépose un baiser sur ses yeux éteints en disant:

“Et maintenant, retourne sur tes pas. Va dire à ta mère que le Seigneur récompense celui qui a foi, et va dire à ceux de Pella que celui-ci est le Seigneur.” Il le laisse aller et s’éloigne rapidement.

Mais il ne se passe pas trois minutes que le garçon crie:

“Mais moi, j’y vois! Oh! ne t’enfuis pas! Tu es Jésus! Fais que je voie Toi en premier!”

Et il tombe à genoux sur la route trempée par la pluie.

La femme de Gerasa et ses serviteurs d’un côté, les apôtres de l’autre, accourent pour voir le miracle. Jésus aussi revient lentement en souriant. Il se penche pour caresser le garçon.

“Va, va, trouver ta maman, et sache croire en Moi, toujours.”

“Oui, mon Seigneur… Mais pour maman rien?! Elle restera dans le noir, elle qui croit comme moi?”

Jésus sourit d’un sourire encore plus lumineux. Il regarde autour de Lui. Il voit sur le bord de la route une touffe de marguerites trempées par la pluie. Il se penche, les cueille et les donne à l’enfant.

“Passe-les sur les yeux de ta mère et elle verra. Moi, je n’y retourne pas, je vais de l’avant. Que celui qui est bon me suive avec son esprit et qu’il parle de Moi à ceux qui doutent. Toi, parle de Moi à Pella dont la foi vacille. Va! Dieu est avec toi.”

Et puis il se tourne vers la femme de Gerasa:

“Et toi, suis-le. Ceci est la réponse de Dieu à tous ceux qui tentent de diminuer la foi des hommes dans le Christ. Et que cela raffermisse ta foi et celle de Josias. Va en paix.”

Ils se séparent. Jésus reprend sa marche vers le sud. L’enfant, la Gérasénienne et ses serviteurs, vers le nord. Un voile de pluie les sépare comme un voile de fumée…