“Si tu as la foi, oui.”

“Et j’ai la foi. Où vas-tu, Toi qui es bon?”

“À Jérusalem, pour la Pâque.”

“Oh! prends-moi avec Toi! Je ne te causerai pas d’ennuis. Je dormirai à la belle étoile et il me suffira d’un quignon de pain! Allons à Pella… Tu y vas n’est-ce pas? On le dit à la mère, et puis on va… Oh! Voir! Sois bon, Seigneur!…” Et l’enfant s’agenouille pour chercher les pieds de Jésus et les baiser.

“Viens. Je t’amènerai à la lumière.”

“Béni sois-tu!”

358.5 – Ils reprennent leur marche, et la main effilée de Jésus tient l’enfant par un bras pour le conduire avec sollicitude. Et l’enfant parle:

“Toi, qui es-tu? Un disciple du Sauveur?”

“Non.”

“Mais tu le connais, au moins?”

“Oui.”

“Et tu crois qu’il me guérira?”

“Je le crois.”

“Mais… il demandera de l’argent? Je n’en ai pas. Les médecins en veulent tant! Nous avons souffert de la faim pour nous guérir…”

“Jésus de Nazareth ne veut que la foi et l’amour.”

“Il est très bon, alors. Pourtant Toi aussi, tu es bon” dit l’enfant et pour prendre et caresser la main qui le conduit, il palpe la manche du vêtement. “Quel bel habit tu as! Tu es un seigneur! Tu n’as pas honte de moi, dépenaillé comme je suis?”

“Je n’ai honte que des fautes qui déshonorent l’homme.”

“Moi, j’ai celle de maudire mon état, et de désirer des habits chauds, du pain, et surtout la vue.”

Jésus le caresse:

“Ce ne sont pas des fautes déshonorantes. Cependant cherche à ne pas avoir même ces imperfections, et tu seras saint.”

“Mais si je guéris, je ne les aurais plus… Ou bien… je ne guéris pas et Toi, tu le sais, et tu me prépares à mon sort et tu m’instruis pour me sanctifier comme Job?”

“Tu guériras. Mais après, surtout après, tu dois être content de ton état, même s’il n’est pas des plus heureux.”

Ils sont arrivés à Pella. Les potagers qui précèdent toujours les villes, montrent la fécondité de leur sol par la luxuriance de leur verdure.

Des femmes, occupées au travail dans les sillons ou encore aux cuves de lessive, saluent Jaia et lui disent:

“Tu reviens vite aujourd’hui, cela a bien marché?” ou encore: “Tu as trouvé un protecteur, pauvre enfant?”