357 – Jean et les fautes de Judas Iscariote. Les pharisiens et la question du divorce
11 décembre 1945
Le mardi 11 décembre 1945
357.1 - Les magnifiques étoiles d’une sereine nuit de mars resplendissent dans le ciel d’Orient, si visibles et si vives que le firmament semble s’être abaissé comme un baldaquin sur la terrasse de la maison qui a accueilli Jésus. C’est une maison très haute et située à un des endroits les plus élevés de la ville de sorte qu’un horizon infini s’ouvre devant et autour dans toutes les directions. Et si la terre disparaît. dans l’obscurité de la nuit que n’égaie pas encore la lune qui décroît, le ciel resplendit de mille et mille lumières.
C’est vraiment la revanche du firmament qui présente victorieusement ses parterres d’astres, ses prairies de la Voie Lactée, ses planètes gigantesques, ses bosquets de constellations en face des éphémères végétations de la terre qui, même séculaires, ne sont toujours qu’une heure par rapport à ce que sont les étoiles depuis le moment où le Créateur a fait le firmament. Et quand on se perd en regardant là-haut, en promenant les regards à travers les routes splendides où les plantes sont les étoiles, il semble que l’on entend les voix, les chants de ces forêts de splendeurs, de cet orgue énorme de la plus sublime des cathédrales, où il me plaît d’imaginer que les soufflets et les registres sont les vents des courses des astres et que les voix sont les étoiles lancées sur leurs trajectoires. Cette impression s’impose d’autant plus à moi que le silence nocturne de Gadara endormie est absolu. Pas une fontaine qui chante, pas un chant d’oiseau. Le monde est endormi et aussi les créatures. Les hommes dorment, moins innocents que les autres créatures, leur sommeil plus ou moins tranquille dans leurs maisons enténébrées.
357.2 - Mais de la porte qui donne sur la terrasse inférieure - car il y a une terrasse plus élevée au-dessus de la pièce plus haute - débouche une ombre grande, à peine visible dans la nuit mais où se devine la blancheur du visage et des mains qui ressort sur le vêtement sombre. Elle est suivie d’une autre plus petite. Ils marchent sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller ceux qui peut-être dorment dans la pièce inférieure, et sur la pointe des pieds ils montent l’escalier extérieur qui va à la plus haute terrasse.
Puis ils se prennent par la main et ils vont ainsi s’asseoir sur un banc qui longe le parapet très haut entourant la terrasse. À cause du banc très bas et du parapet très haut, tout disparaît à leurs yeux. Même s’il y avait le plus beau clair de lune, descendue pour éclairer le monde, pour eux ce serait comme rien. La ville est cachée toute entière par le parapet, et avec elle les ombres les plus sombres, dans l’obscurité de la nuit, des montagnes voisines. Seul le ciel se découvre à eux avec les constellations du printemps et les magnifiques étoiles d’Orion, de Rigel et de Bételgeuse, d’Aldébaran, de Persée, et d’Andromède et de Cassiopée, et les Pléiades unies comme des sœurs, et Vénus couleur de saphir et éclatante comme le diamant, et le pâle rubis de Mars et le topaze de Jupiter, sont les rois du peuple astral et palpitent, palpitent comme pour saluer le Seigneur, multipliant leurs palpitations de lumière en l’honneur de la Lumière du monde.
Jésus lève la tête pour les admirer en l’appuyant contre le haut muret et Jean l’imite en perdant ses regards là-haut où l’on peut ignorer le monde… Puis Jésus dit:
“Et maintenant que nous nous sommes purifiés au spectacle des étoiles, prions.” Il se lève et Jean l’imite. Une prière prolongée, silencieuse, pressante, toute âme, les bras en croix, le visage levé, tourné vers l’orient où s’annonce une première lueur lunaire. Et ensuite le “Pater” qu’ils disent ensemble, lentement, non pas une fois mais trois, et avec toujours plus d’insistance dans leur demande, que leur voix manifeste clairement. Une supplication qui sépare l’âme de la chair, si ardente qu’elle les laisse sur les chemins de l’Infini.
Puis c’est le silence. Ils s’assoient où ils étaient avant, alors que la lune éclaire toujours plus la terre endormie.
357.3 - Jésus passe un bras autour des épaules de Jean et il l’attire à Lui en disant: “Dis-moi donc les choses que tu sens devoir me dire. Quelles sont les choses que mon Jean a vues avec l’aide de la Lumière spirituelle dans l’âme ténébreuse du compagnon?”
“Maître… je me suis repenti de t’avoir dit cela. Je ferais deux péchés…”
“Pourquoi?”
“Parce que je te ferai souffrir en te révélant ce que tu ne sais pas, et… parce que… Maître, c’est un péché de dire le mal que nous voyons dans un autre? Oui, n’est-ce pas? Et alors comment pourrais-je dire cela, en blessant la charité!…” Jean est angoissé.
Jésus éclaire son âme:
“Écoute, Jean. Qu’est-ce qui compte le plus pour toi, le Maître ou le condisciple?”
“Le Maître, Seigneur. C’est Toi qui comptes le plus.”
“Et que suis-je pour toi?”
“Le Commencement et la Fin. Tu es Tout.”
“Crois-tu que Moi, puisque je suis Tout, je sais aussi tout ce qui existe?”
“Oui, Seigneur. Et à cause de cela, je suis très embarrassé. Car je pense que tu sais et que tu souffres. Et parce que je me souviens que tu m’as dit un jour que parfois tu es l’Homme, seulement l’Homme, et que par conséquent le Père te fait connaître ce que c’est que d’être homme, un homme qui doit se conduire selon la raison. Et je pense aussi que Dieu, par pitié pour Toi, pourrait te cacher ces laides réalités…”
“Tiens-toi à cette pensée, Jean, et parle. Avec confiance. Confier à Celui qui pour toi est “Tout”, ce que tu sais, ce n’est pas un péché. Car le “Tout” ne se scandalise pas, ne médit pas et ne manquera pas de charité, pas même en pensée, à l’égard du malheureux. Ce serait un péché si tu disais ce que tu sais à quelqu’un qui ne peut être tout amour, à tes compagnons par exemple, qui seraient médisants et même attaqueraient le coupable sans miséricorde, nuisant ainsi à lui et à eux-mêmes. En effet, il faut avoir de la miséricorde, une miséricorde toujours d’autant plus grande que l’on se trouve devant une pauvre âme qui souffre de tous les maux. Un médecin, un infirmier compatissant, ou bien une mère, s’il s’agit d’un simple malaise s’impressionnent peu et ne se préoccupent pas de la guérison. Mais si l’enfant ou l’homme est très malade, en danger de mort, déjà gangrené et paralysé, comme ils luttent, en surmontant les répugnances et les fatigues, pour le guérir! N’est-ce pas ainsi?”
“C’est ainsi, Maître” dit Jean qui a pris sa pose habituelle, le bras enlacé au cou de son Maître et la tête appuyée sur son épaule.
“Eh bien, ce n’est pas tout le monde qui sait être miséricordieux pour les âmes malades. On doit donc être prudent pour révéler leurs maux, pour que le monde ne les fuie pas et ne leur nuise pas par son mépris. Un malade qui se voit méprisé s’assombrit et devient plus malade. Mais, au contraire, si on le soigne avec bonne humeur il peut guérir, car la bonne humeur confiante de celui qui l’assiste le pénètre et aide l’efficacité du remède. Mais tu sais que je suis la Miséricorde et que je ne mortifierai pas Judas. Parle donc sans scrupules. Tu n’es pas un espion. Tu es un fils qui confie à son père, avec une affectueuse anxiété, le mal découvert dans son frère pour que le père le soigne. Allons …”
357.4 - Jean pousse un profond soupir, puis il baisse encore plus la tête en la laissant glisser sur la poitrine de Jésus, et il dit: