“Mais parle! Pourquoi n’en ai-je pas la terreur?”
Jésus se tait.
“Tu ne réponds pas, Maître? Pourquoi? As-tu peur?”
“Non. Je suis la Charité. Et la Charité retient son jugement jusqu’à ce qu’elle soit obligée de le donner… Laisse-moi, et retire-toi” dit-il enfin parce que Judas essaye de l’embrasser, et il termine en un souffle, serré de force dans les bras du blasphémateur: “Tu m’inspires du dégoût! Satan, tu ne le vois ni ne le sens car il n’est qu’un avec toi. Va-t’en démon!”
Judas, effronté, le baise et rit, comme si le Maître lui avait dit en secret quelque louange. Il revient vers les autres qui se sont arrêtés abasourdis, et il leur dit:
“Vous voyez? J’ai su ouvrir le cœur du Maître et je le rends heureux parce que je Lui montre ma confiance et j’en reçois une instruction. Vous, au contraire!… Vous n’osez jamais parler. C’est que vous êtes des orgueilleux. Oh! moi, j’apprendrai de Lui plus que tous. Et je pourrai parler…”
356.6 – Ils sont arrivés aux portes de la ville. Ils y entrent tous ensemble car Jésus les a attendus. Mais alors qu’ils franchissent l’entrée, Jésus commande:
“Que mes frères et Simon aillent en avant rassembler les gens.”
“Pourquoi pas moi, Maître? Tu ne me donnes plus de missions? Elles ne sont plus nécessaires maintenant? Tu m’en as donné deux de suite et qui ont duré des mois…”
“Et tu t’en es plaint disant que je voulais t’éloigner. Maintenant tu te plains parce que je te garde auprès de Moi?”
Judas ne sait que répondre et il se tait. Il va en avant avec Thomas, le Zélote, Jacques de Zébédée et André. Jésus s’arrête pour laisser passer Philippe, Barthélemy, Mathieu et Jean, comme s’il voulait rester seul. Ils le laissent faire.
Mais le cœur affectueux de Jean, dont les yeux plusieurs fois ont eu des larmes qui y ont brillé pendant les discussions et les blasphèmes de Judas, peu après le fait se retourner à temps pour voir que Jésus, ne se sachant pas observé dans la ruelle solitaire et assombrie par les archivoltes successives qui la cachent, se porte les mains au front en un geste de douleur, se courbant comme quelqu’un qui souffre beaucoup. Le blond Jean quitte ses compagnons et il revient vers son Maître:
“Qu’as-tu, mon Seigneur? Tu souffres encore tant, comme quand nous t’avons retrouvé à Aczib? Oh! mon Seigneur! Les apôtres, de retour d'Antioche, découvrent un Jésus amaigri qui à souffert pour et à cause de Judas (EMV 325.4 et EMV 317.5). ”
“Ce n’est rien, Jean, rien! Aide-moi par ton amour, et tais-toi avec les autres, et prie pour Judas.”
“Oui, Maître. Il est très malheureux, n’est-ce pas? Il est dans les ténèbres, et il ne sait pas qu’il s’y trouve. Il croit avoir trouvé la paix… Est-ce la paix que la sienne?”
“Il est très malheureux” dit jésus accablé.
“Ne sois pas ainsi accablé, Maître. Pense au grand nombre de pécheurs, endurcis dans le péché, qui sont redevenus bons. Ainsi fera Judas. Oh! Tu le sauveras certainement! Cette nuit je la passerai en prière pour lui.
Je dirai au Père de faire de moi quelqu’un qui sait seulement aimer, je ne veux plus que cela. Je songeais à donner ma vie pour Toi, ou à faire briller ta puissance à travers mes œuvres. Maintenant plus rien de cela. Je renonce à tout, je choisis la vie la plus humble et la plus commune et je demande au Père de donner tout ce que j’ai à Judas… pour le satisfaire… et pour qu’ainsi il se tourne vers la sainteté… Seigneur… je devrais te dire des choses… Je crois savoir pourquoi Judas est ainsi.”
“Viens cette nuit. Nous prierons ensemble et nous parlerons.”
“Et le Père m’écoutera? Il acceptera mon sacrifice?”
“Le Père te bénira. Mais tu en souffriras…”
“Oh! non! Il suffit que je te voie content… et que Judas… et que Judas…”
“Oui, Jean.
356.7 – Ils nous appellent. Courons.”
La ruelle fait place à une belle route. La route devient une artère ornée de portiques et de fontaines et elle est ornée de places plus belles l’une que l’autre. Elle croise une artère pareille et il y a sûrement au fond un amphithéâtre.
Et des gens atteints de diverses infirmités sont déjà rassemblés dans un coin des portiques en attendant le Sauveur.
Pierre vient à la rencontre de Jésus:
“Ils ont conservé la foi en ce que nous avons dit de Toi, au mois d’Etamin. Ils sont venus tout de suite.”
“Et Moi, je vais tout de suite récompenser leur foi. Allons.”
Et dans le crépuscule déjà avancé qui teint les marbres de rouge, il va guérir ceux qui l’attendent avec foi.