“Comme il est pénible de parler de corruption!… Seigneur… Judas est impur… et il cherche à m’amener à l’impureté. Que lui me méprise, cela ne m’importe pas. Mais je suis affligé qu’il vienne vers Toi, souillé par ses amours.
Depuis son retour, il m’a tenté plusieurs fois. Quand le hasard nous laisse seuls - et il essaie de toutes manières que cela arrive - il ne fait que parler de femmes… et j’en éprouve le dégoût que j’aurais si on m’immergeait dans une pourriture qu’on essaierait de m’introduire dans la bouche…”
“Mais en es-tu troublé au plus profond de toi-même?”
“Troublé, comment? Mon âme frémit. Ma raison crie contre ces tentations… Moi, je ne veux pas être corrompu…”
“Mais ta chair, qu’éprouve-t-elle?”
“Elle frissonne d’horreur.”
“Cela seulement?”
“Oui, Maître. Et alors je pleure car il me semble que Judas ne pourrait faire une plus grande offense à quelqu’un qui s’est consacré à Dieu. Dis-moi: cela portera-t-il atteinte à mon offrande?”
“Non, pas plus qu’une poignée de boue jetée sur une plaque de diamant. Elle ne raie pas la plaque, elle ne la pénètre pas. Il suffit d’une coupe d’eau pure que l’on jette sur elle pour la rendre nette. Et elle est plus belle qu’auparavant.”
“Purifie-moi, alors.”
“Ta charité te purifie et aussi ton ange. Rien ne reste sur toi. Tu es un autel purifié sur lequel Dieu descend.
357.5 - Et qu’est-ce que Judas fait d’autre?”
“Seigneur, lui… Oh! Seigneur!” La tête de Jean glisse encore plus bas.
“Quoi?”
“Lui… Ce n’est pas vrai que c’est son argent qu’il te donne pour les pauvres. C’est de l’argent des pauvres qu’il dérobe pour lui, pour qu’on le loue d’une générosité qui n’est pas vraie. Tu l’as rendu furieux parce qu’au retour du Thabor tu lui as enlevé tout l’argent. Et il m’a dit: “Il y a des espions parmi nous”. Je lui ai dit: “Pour espionner quoi? Tu voles, peut-être?” “Non” m’a-t-il répondu, “mais pourtant je suis prévoyant et j’ai deux bourses. Quelqu’un l’a dit au Maître et Lui m’a imposé de tout donner, il me l’a imposé si fortement que j’ai été pour ainsi dire obligé de le faire”. Mais ce n’est pas vrai, Seigneur, qu’il fait cela par prévoyance. Il le fait pour avoir de l’argent. Je pourrais l’affirmer avec la quasi-certitude de dire la vérité.” Jean 12,6.
“Quasi-certitude! Ce doute, oui, cela est une légère faute. Tu ne peux l’accuser d’être un voleur, si tu n’en es pas absolument certain. Les actions des hommes ont parfois une apparence fâcheuse, tout en étant bonnes.”
“C’est vrai, Maître. Je ne l’accuserai plus, pas même en pensée. Mais pourtant qu’il ait deux bourses et que celle qu’il dit lui appartenir et qu’il te donne est encore la tienne et qu’il le fait pour être loué, c’est vrai. Et moi je ne ferais pas cela. Je sens qu’il n’est pas bien de le faire.”
“Tu as raison.
357.6 - Que dois-tu dire encore?”
Jean lève un visage épouvanté, il est sur le point de parler mais puis se tait et il glisse à genoux en cachant son visage dans le vêtement de Jésus qui met une main sur ses cheveux.
“Allons, donc! Tu pourrais avoir mal vu. Je t’aiderai à bien voir. Tu dois aussi me dire ce que tu penses des causes probables du péché de Judas.”
“Seigneur, Judas se sent privé de la force qu’il voudrait pour faire des miracles… Tu le sais qu’il a toujours ambitionné… Tu te souviens d’Endor? Et au contraire… c’est lui qui en fait le moins. Depuis qu’il est revenu, il ne réussit plus à rien…et la nuit même il s’en lamente en songe comme si c’était un cauchemar et… Maître, mon Maître!”
“Allons, parle. Va jusqu’au bout.”
“Et il lance des imprécations… et il fait de la magie. Cela n’est ni mensonge ni doute. Moi je l’ai vu. Il m’a choisi comme compagnon parce que je dors profondément, ou plutôt parce que je dormais profondément. Maintenant, je l’avoue, je le surveille et mon sommeil est moins profond car, dès qu’il remue, je l’entends… J’ai mal fait, peut-être. Mais j’ai feint de dormir pour voir ce qu’il faisait. Et deux fois je l’ai vu et entendu faire des choses qui ne conviennent pas. Je ne m’y connais pas en magie, mais c’est bien cela dont il s’agit.”
“Seul?”