Jean revient à sa question:

“Alors ce ne sont pas des bouches de l’enfer ces sources?”

“Non. Au contraire, ce sont de bonnes choses mises là par le Créateur pour ses enfants.

L’enfer n’est pas renfermé dans la terre. Il est sur la terre, Jean. Dans le cœur des hommes. Et il se complète ailleurs.”

356.4 – “Mais l’Enfer existe-t-il réellement?” demande l’Iscariote.

“Mais que dis-tu?” demandent ses compagnons scandalisés.

“Je dis: existe-t-il vraiment? Moi, je n’y crois pas, et je ne suis pas le seul Judas qui fut fonctionnaire du Temple avant d'être disciple, partageait les croyances des sadducéens, majoritaires dans la classe sacerdotale, la plus puissante. Les sadducéens ne croyaient ni à l'enfer, ni à Satan. Ils s'en tenaient à une lecture restrictive de la Torah et refusaient toute interprétation. C'est ainsi qu'ils niaient l'immortalité de l'âme, non mentionnée explicitement dans l'Écriture. Pour eux, il n'y avait ni châtiments, ni récompenses dans l'autre monde. De même ils niaient l'existence des anges et des esprits. Il n'existait que la vie terrestre durant laquelle il convenait de respecter les lois sacrées pour jouir d'un bonheur terrestre. .”

“Païen!” crient-ils avec horreur.

“Non. Israélite. Nous sommes nombreux en Israël à ne pas croire à cette blague.”

“Mais alors comment fais-tu pour croire au Paradis?”

“Et à la justice de Dieu?”

“Où mets-tu les pécheurs?”

“Comment expliques-tu Satan?” crient-ils nombreux.

“Je dis ce que je pense. On m’a reproché, tout à l’heure, d’être un menteur. Je vous montre que je suis sincère, même si vous en êtes scandalisés et si cela me rend odieux à vos yeux. Du reste je ne suis pas le seul en Israël, depuis qu’Israël a fait des progrès dans le domaine de la science par ses relations avec les hellénistes et les romains, qui sont de cet avis. Et le Maître, le seul dont je respecte le jugement, ne peut le reprocher ni à moi ni à Israël, Lui qui protège les grecs et les romains et en est ouvertement l’ami… Moi, je pars de ce concept philosophique: si tout est contrôlé par Dieu, tout ce qui est fait par nous est le fait de sa volonté, et par conséquent Il doit nous récompenser tous de la même façon puisque nous ne sommes que des automates mus par Lui. Nous sommes des êtres privés de volonté. Le Maître le dit aussi: “La Volonté du Très-Haut. La Volonté du Père”. Voilà l’unique Volonté. Et elle est tellement infinie qu’elle écrase et anéantit la volonté limitée des créatures. Par conséquent aussi bien le Bien que le Mal, qu’il semble que nous faisons, c’est Dieu qui le fait, car c’est Lui qui l’impose.

Par conséquent, Il ne nous punira pas du mal et ainsi Il exercera sa justice parce que nos fautes ne sont pas volontaires mais imposées par Celui qui veut que nous les fassions Pour qu’il y ait le Bien et le Mal sur la terre. Celui qui est méchant sert pour l’expiation de ceux qui le sont moins. Et il souffre par lui-même de ne pouvoir être considéré comme bon et c’est ainsi qu’il expie sa part de faute. Jésus l’a dit. L’enfer est sur la terre et dans le cœur des hommes. Satan, moi je ne le sens pas. Il n’existe pas. J’y croyais autrefois, mais depuis quelque temps, je suis sûr que tout cela c’est de la blague. Quand on en est persuadé, on arrive à la paix.”

Judas débite ces… théories avec un tel aplomb qu’il en coupe le souffle aux autres…

356.5 – Jésus se tait, et Judas le taquine:

“N’ai-je pas raison, Maître?”

“Non.”

Et son “non” est tellement sec qu’il semble une explosion.

“Et pourtant moi… Satan, je ne le sens pas et je n’admets pas le libre arbitre, le Mal. Et tous les sadducéens sont avec moi, et avec moi il y en a beaucoup d’autres, d’Israël ou non. Non. Satan n’existe pas.”

Jésus le regarde, d’un regard qui est si complexe que l’on ne peut l’analyser. C’est le regard d’un Juge, d’un Médecin, de quelqu’un qui souffre, qui est stupéfait… c’est tout à la fois…

Judas, désormais lancé, dit pour terminer:

“C’est sans doute que je suis meilleur que les autres, plus parfait, que j’ai surmonté la terreur des hommes pour Satan.”

Et Jésus se tait. Et lui l’excite: