“Oui, Barthélemy. J’en souris parce que les fautes n’existent plus, et parce que, avec les fautes, j’ai connu le nom de la rédemptrice. L’apôtre a été une femme dans ce cas.”
“Ta Mère!” disent plusieurs.
Et d’autres:
“Jeanne de Kouza! S’il allait souvent à, Tibériade, peut-être il la connaît.”
Jésus hoche la tête. Ils Lui demandent:
“Qui, alors?”
“Marie de Lazare” répond Jésus.
“Elle est venue ici? Pourquoi ne s’est-elle pas fait voir à quelqu’un de nous?”
“Elle n’est pas venue. Elle a écrit à son ancien complice. J’ai lu les lettres. Toutes lui adressent la même supplication: de l’écouter, de se racheter comme elle-même s’est rachetée, de la suivre dans le Bien comme il l’avait suivie dans la faute, et avec des paroles de larmes, elles le priaient de soulager l’âme de Marie du remords d’avoir séduit son âme. Et elle l’a converti, à tel point qu’il s’était retiré dans sa maison de campagne pour vaincre les tentations de la ville. La maladie, qui venait davantage de ses remords que de son état physique, a fini de le préparer à la Grâce. Voilà. Êtes-vous contents maintenant? Comprenez-vous maintenant pourquoi je souris?”
“Oui, Maître” disent-ils tous.
Et ensuite, voyant que Jésus allonge le pas, comme pour s’isoler, ils se mettent à bavarder entre eux…
352.3 - Ils sont déjà en vue de Capharnaüm lorsque, au carrefour de la route qu’ils suivent avec celle qui côtoie le lac en venant de Magdala, ils croisent les disciples venus à pied en évangélisant de Tibériade. Tous, sauf Marziam, les bergers et Manahen, qui sont allés de Nazareth à Jérusalem avec les femmes. Et même les disciples sont plus nombreux à cause de quelques éléments qui se sont unis à eux au retour de leur mission et qui amènent avec eux de nouveaux prosélytes de la doctrine chrétienne.
Jésus les salue avec douceur, mais tout de suite s’isole de nouveau dans une méditation et une oraison profonde, en s’avançant de quelques pas.
Les apôtres, de leur côté, s’unissent aux disciples surtout aux plus influents, à savoir: Étienne, Hermas, le prêtre Jean, Jean le scribe, Timon, Joseph d’Emmaüs, Hermastée (qui d’après ce que je comprends vole sur le chemin de la perfection), Abel de Bethléem de Galilée dont la mère se trouve dans la foule avec d’autres femmes. Les disciples et les apôtres échangent questions et réponses sur ce qui est arrivé depuis qu’ils se sont quittés. C’est ainsi qu’ils parlent de la guérison et de la conversion d’aujourd’hui, et du miracle du statère dans la bouche du poisson… Ce dernier, en raison des circonstances qui sont à son origine, produit une grande conversation qui se propage d’un rang à l’autre comme un feu qui prend dans des feuilles sèches…
352.4 - Jésus dit:
“Vous placerez ici la vision du 7 mars 1944: “Le petit Benjamin de Capharnaüm”, sans le commentaire. Et vous poursuivrez avec le reste de la leçon et de la vision. Continue.”
Je vous avertis tout d’abord que j’omets la dernière phrase: “La vision s’arrête ici, etc.” Ce serait hors propos puisque la vision reprend.
Le (mardi) 7 mars 1944.
352.5 - Je vois Jésus qui suit un chemin de campagne suivi et entouré de ses apôtres et des disciples.
Le lac de Galilée brille pas très loin tranquille et azuré sous un beau soleil de printemps ou d’automne car il n’est pas violent comme un soleil d’été. Mais je dirais que c’est le printemps car la nature est très fraîche et elle n’a pas ces tons dorés et mourants que l’on voit en automne.
Il semble qu’à l’approche du soir, Jésus se retire dans la maison hospitalière et se dirige par conséquent vers la ville que l’on voit apparaître déjà. Jésus, comme il arrive souvent, est à quelques pas en avant des disciples. Deux ou trois, pas plus, mais assez pour pouvoir s’isoler dans ses pensées, ayant besoin de silence après une journée d’évangélisation. Il chemine absorbé, avec dans la main droite un rameau vert, certainement cueilli dans quelque buisson avec lequel il fouette légèrement, perdu dans ses pensées, les herbes de la berge.
Derrière Lui, au contraire, les disciples parlent avec animation. Ils rappellent les événements de la journée et ils n’ont pas la main trop légère pour apprécier les défauts d’autrui et les méchancetés d’autrui. Tous critiquent plus ou moins le fait que ceux qui sont chargés de la perception du tribut pour le Temple aient voulu être payés par Jésus.
Pierre, toujours véhément, soutient que c’est un sacrilège parce que le Messie n’est pas tenu de payer le tribut:
“C’est comme si on voulait que Dieu se paie Lui-même, dit-il. Et cela n’est pas juste. Si, ensuite, ils croient que Lui n’est pas le Messie, cela devient un sacrilège.”
Jésus se tourne un instant et il dit: