Ils n’ont même plus leur misérable paix d’auparavant, paix de porcs rassasiés de ripailles, qui étouffent les reproches de leurs consciences dans l’ébriété ou la débauche. Il n’y a plus rien qui les apaise… Ils sont persécutés… Et ils se haïssent après les heures de débauche, dégoûtés l’un de l’autre, se rejetant mutuellement la culpabilité du crime qui les trouble, un crime qui a dépassé la mesure.

Quant à Salomé, elle est comme possédée par un démon, et en proie à un érotisme qui serait dégradant pour une esclave. Le palais royal exhale plus de puanteur qu’un égout.

Hérode m’a questionné plusieurs fois sur Toi. Chaque fois j’ai répondu: ”Pour moi, c’est le Messie, le Roi d’Israël de l’unique souche royale: celle de David. C’est le Fils de l’homme annoncé par les Prophètes, c’est le Verbe de Dieu, celui qui, étant le Christ, l’Oint de Dieu, a le droit de régner sur tous les vivants”. Et Hérode blêmit de peur en sentant en Toi le Vengeur. Et il repousse la peur, le cri de sa conscience que le remords déchire en disant - car les courtisans, pour le réconforter, lui disent que Toi, tu es Jean que l’on a cru faussement mort, et avec cela ils le font plus que jamais défaillir d’horreur, ou bien Elie, ou quelque autre prophète du temps passé - en disant: “Non, ce ne peut être Jean! Je l’ai fait décapiter et Hérodiade garde sa tête en lieu sûr. Et ce ne peut être l’un des prophètes: on ne revit pas, une fois mort. Mais ce ne peut être non plus le Christ. Qui le dit? Qui dit que c’est Lui? Qui ose me dire qu’il est le Roi de l’unique souche royale? C’est moi qui suis le roi! Et pas d’autres. Le Messie a été tué par Hérode le Grand. Il a été noyé dès sa naissance dans une mer de sang. Il a été égorgé comme un agneau… et il n’avait que quelques mois… L’entends-tu comme il pleure? Son bêlement ne cesse de résonner dans ma tête en même temps que le rugissement de Jean: ‘Il ne t’est pas permis’… Il ne m’est pas permis?! Si, tout m’est permis car je suis ‘le roi’. Ici le vin et les femmes, si Hérodiade se refuse à mes embrassements, et que danse Salomé pour éveiller mes sens apeurés par tes récits effrayants”.

Et il s’enivre au milieu des mimes de la Cour, pendant que dans ses appartements sa femme folle crie ses blasphèmes au Martyr et des menaces à ton adresse. Pendant ce temps, Salomé expérimente ce que c’est que d’être née du péché de deux débauchés et d’avoir participé à un crime obtenu en abandonnant son corps aux fantaisies lubriques d’un dégoûtant.

Mais ensuite Hérode revient à lui-même et veut être informé sur Toi, et il voudrait te voir. Et pour cela il favorise mes venues vers Toi dans l’espoir que je t’amène à lui. C’est une chose que je ne ferai jamais d’amener ta sainteté dans une caverne de bêtes immondes. Hérodiade voudrait t’avoir pour te frapper, et elle le crie avec son stylet dans les mains… Et voudrait t’avoir Salomé qui t’a vu à ton insu, à Tibériade, au dernier Etanim Etanim ou Tichri (mois de septembre-Octobre) – Rencontre qui se situe quelque part entre EMV 276 et EMV 279. , et qui est folle de Toi…

Voilà ce qu’est le Palais royal, Maître! Mais moi j’y reste pour surveiller ainsi leurs desseins sur Toi.”

“Je t’en suis reconnaissant et le Très-Haut t’en bénit. Cela aussi c’est servir les décrets de l’Eternel”

“Je l’ai pensé, et c’est pour cela que je suis venu.”

“Manahen, je te demande instamment une chose, puisque tu es venu. Descends vers Jérusalem, pas avec Moi, mais avec les femmes. Moi, je vais avec eux par un chemin inconnu et ils ne pourront me faire du mal. Mais elles ce sont des femmes et sans défense, et celui qui les accompagne a l’âme douce et il a appris à présenter la joue à qui l’a déjà frappé. Ta présence sera une sûre protection. C’est un sacrifice, je le comprends, mais nous serons ensemble en Judée. Ne me le refuse pas, ami.”

“Seigneur, tout désir de Toi est une loi pour ton serviteur. Je suis au service de ta Mère et des femmes disciples qui l’accompagnent dès ce moment et jusqu’à quand tu voudras.” “Merci. Cette obéissance aussi sera inscrite dans le Ciel.

348.4 – Maintenant, en attendant que les barques arrivent pour tous, consacrons le temps à guérir les malades qui m’attendent.”

Et Jésus descend dans le jardin où sont les brancards ou les infirmes et il les guérit rapidement, tout en recevant l’hommage de Jaïre et des amis peu nombreux de Capharnaüm.

Parmi les femmes, il y a Porphyrée et Salomé et en plus la femme âgée de Barthélemy, et celle moins âgée de Philippe avec ses jeunes filles. Elles s’occupent des vivres pour la troupe nombreuse des disciples que l’on va rassasier avec les paniers de pois- sons offerts par Bethsaïda et Capharnaüm. C’est une grande éventration de poissons argentés qui frétillent encore, un grand rinçage de poissons dans les chaudrons, un grand grésillement sur les grils qui s’opère dans la cuisine, pendant que Marziam, avec d’autres disciples, alimente les feux et porte des brocs d’eau pour aider les femmes.

Le repas est vite prêt et vite consommé. Et comme les barques sont maintenant réunies pour transporter tout ce peuple, il ne reste qu’à s’embarquer pour Magdala sur un lac enchanté, tant il est serein, angélique, dans le chaton d’émeraude de ses rives.

Les jardins et la maison de Marie de Magdala s’ouvrent hospitaliers dans le midi ensoleillé pour accueillir le Maître et ses disciples, et Magdala toute entière s’amène pour saluer le Rabbi qui va vers Jérusalem.

348.5 – Et les pentes fraîches des collines galiléennes entendent la marche agile et joyeuse de la troupe fidèle, suivie d’un char commode où se trouvent Jeanne avec Porphyrée, Salomé, la femme de Barthélemy et celle de Philippe avec ses deux jeunes filles et en plus tout souriants Marie et Mathias, difficiles à reconnaître tant ils ont changé depuis cinq mois. Marziam marche bravement avec les adultes et même, comme le veut Jésus, il est justement dans le groupe apostolique, entre Pierre et Jean, et il ne perd pas un mot de ce que dit Jésus.

Le soleil brille dans un ciel très pur et des rafales tièdes apportent des odeurs de bois, de menthe, de violettes, des premiers muguets, des rosiers toujours plus fleuris et, par-dessus tout, cette odeur fraîche, légèrement amère des fleurs des arbres à fruits qui répandent partout une neige de pétales sur l’herbe. Tous en ont dans les cheveux pendant qu’ils avancent au milieu d’un continuel gazouillis d’oiseaux, au milieu des chants séduisants et des appels trépidants d’un buisson à l’autre entre les mâles audacieux et les femelles pudiques, pendant que les brebis broutent, grossies par leur maternité, et que les premiers agneaux heurtent leurs museaux roses contre les mamelles arrondies pour augmenter la sécrétion du lait, ou bien gambadent dans les prés d’herbe tendre comme des enfants heureux.

348.6 – Comme Nazareth arrive vite après Cana, où Suzanne se joint aux autres femmes en apportant avec elle les produits de sa terre dans des paniers et des vases, et une branche entière de roses rouges en boutons prêts à s’ouvrir, “pour les offrir à Marie” dit-elle.

“Moi aussi, tu vois?” dit Jeanne, en ouvrant une espèce de boite où sont rangées de nombreuses roses dans de la mousse humide: “Les premières et les plus belles, toujours un rien pour elle qui nous est si chère!”

Je vois que chaque femme a apporté des vivres pour le voyage pascal et avec eux, qui une fleur, qui une plante pour le jardin de Marie, et Porphyrée s’excuse de n’avoir apporté qu’un pot de camphrier magnifique aux feuilles glauques minuscules qui exhalent leur arôme rien qu’à les effleurer.

“Marie désirait cette plante balsamique…” dit-elle.

Et toutes la louent pour la beauté vigoureuse de l’arbuste.

“Oh! J’en ai pris soin tout l’hiver, en le gardant à l’abri de la gelée et de la grêle dans ma pièce. Marziam m’aidait à la porter au soleil chaque matin, et à la rentrer chaque soir… Et ce cher enfant, s’il n’y avait pas eu la barque et maintenant le char, l’aurait chargée sur ses épaules pour l’apporter à Marie, et lui faire plaisir à elle et aussi à moi”

Ainsi parle l’humble femme qui s’enhardit de plus en plus à cause de la bonté de Jeanne et ne se tient plus de joie d’être en voyage pour Jérusalem, et avec le Maître, son homme et son Marziam.

“Tu n’y es jamais allée?”