“Maître! Maître!…”
Jésus le laisse appeler plusieurs fois. À la fin, il se retourne, l’air sévère et il demande:
“Que veux-tu?”
“Maître, mon frère est affligé… il pleure…”
“Il l’a mérité.”
“C’est vrai, Seigneur. Mais lui, c’est toujours un homme… Il ne peut pas toujours bien parler.”
“En effet aujourd’hui il a très mal parlé” répond Jésus. Mais il est déjà moins sévère et un éclair souriant adoucit son œil divin.
André s’enhardit et prolonge sa plaidoirie en faveur de son frère:
“Mais tu es juste et tu sais que c’est son amour pour Toi qui l’a fait errer…”
“L’amour doit être lumière et non pas ténèbres. Il l’a rendu ténèbres et s’en est enveloppé l’esprit.”
“C’est vrai, Seigneur. Mais les bandes on peut les enlever quand on veut. Ce n’est pas comme d’avoir l’esprit ténébreux. Les ban- des, c’est l’extérieur. L’esprit, c’est l’intérieur, le noyau vivant… L’intérieur de mon frère est bon.”
“Qu’il enlève alors les bandes qu’il s’est mises.”
“Certainement il le fera, Seigneur! Il y est déjà occupé. Retourne-toi et regarde comme il est défiguré par les larmes que tu ne consoles pas. Pourquoi es-tu si sévère avec lui?”
“C’est parce qu’il a le devoir d’être “le premier” comme je lui ai fait l’honneur de l’être. Celui qui reçoit beaucoup doit donner beaucoup…”
“Oh! Seigneur! C’est vrai, oui. Mais ne te souviens-tu pas de Marie de Lazare? De Jean d’En-Dor? D’Aglaé? De la Belle de Corozaïn? De Lévi? À eux tu as tout donné… et eux ne t’avaient donné que l’intention de se racheter… Seigneur!… Tu m’as écouté pour la Belle de Corozaïn et pour Aglaé… Ne m’écouterais-tu pas pour ton et mon Simon qui a péché par amour pour Toi?”
Jésus abaisse ses yeux sur le doux qui se fait audacieux et pressant en faveur de son frère, comme il le fut, silencieusement, pour Aglaé et la Belle de Corozaïn, et son visage resplendit de lumière:
“Va appeler ton frère” dit-il “et amène-le ici.”
“Oh! merci, mon Seigneur! J’y vais…” et il s’éloigne, en courant rapide comme l’hirondelle.
346.8 – “Viens, Simon. Le Maître n’est plus en colère contre toi. Viens, il veut te le dire.”
“Non, non. Moi, j’ai honte… Il y a trop peu de temps qu’il m’a fait des reproches… Il me veut pour m’en faire encore…”
“Comme tu le connais mal! Allons, viens! Tu crois que je pourrais t’amener pour te faire encore souffrir? Si je n’étais pas certain que c’est une joie qui t’attend, je n’insisterais pas. Viens.”
“Mais que vais-je Lui dire?” dit Pierre en se mettant en route un peu à regret, freiné par ses sentiments humains, excité par son esprit qui ne peut se passer de la condescendance de Jésus et de son amour. “Que vais-je Lui dire?” continue-t-il à demander.
“Mais rien! Montre-lui ton visage, et cela suffira” dit André pour encourager son frère.
Tous les disciples, à mesure que les deux les dépassent, regardent les deux frères et sourient, comprenant ce qui arrive.
Ils rejoignent Jésus. Mais Pierre s’arrête au dernier moment. André ne fait pas d’histoires. En le poussant énergiquement comme il le fait à la barque pour la pousser au large, il le pousse en avant. Jésus s’arrête… Pierre lève son visage… Jésus abaisse le sien… Ils se regardent… Deux grosses larmes roulent sur les joues toutes rougies de Pierre…